Faut-il mettre des photos de son enfant sur Facebook: le débat

Happy Baby/D. Sharon Pruitt, licence CC BY 2.0

Happy Baby/D. Sharon Pruitt, licence CC BY 2.0

L'article que nous avons publié sur ce sujet la semaine dernière vous a fait réagir, et a lancé des débats passionnants.

Faut-il s’interdire de mettre des photos de son bébé sur Facebook? Vous êtes beaucoup à vous poser la question, à en croire le succès de l’article que nous avons publié à ce sujet vendredi 4 octobre et surtout les discussions qu’il a entraînées.

Dans cet article paru initialement sur Slate.com et que nous avons traduit, la journaliste américaine Amy Webb explique pourquoi elle ne poste absolument rien de sa fille en ligne pour la protéger contre la reconnaissance faciale et l'utilisation future de ses données personnelles.

Un débat passionné et passionnant s’est lancé sur la page Facebook de Slate (quoi, vous n’êtes pas fan? Venez participer aux grandes discussions des lecteurs de Slate sur la vie ici!), notamment entre Marie d’un côté, qui trouve qu’Amy Webb en fait un peu trop, et Jean et Robert de l’autre (les prénoms ont été changés pour respecter leur anonymat numérique relatif), qui sont plutôt d’accord avec l’auteure de l’article et mettent en garde contre les risques potentiels de partager des informations sur ses enfants sur Internet. En voici quelques extraits.

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Marie: Un peu too much et paranoïaque. Il y a une foultitude de paramètres de confidentialité qui permettent de contrôler les contenus que l'on publie.

D'autant plus, si l'enfant n'est pas taggué sur des photos, comment retrouver qu'il s'agit bien de lui des années plus tard... Faudrait-il encore avoir le nom des parents, et accès à leurs albums.

Créer des albums privés et bien définir ses paramètres de confidentialité me semble judicieux.

D'ailleurs, je ne vois pas en quoi une photo de vacances d'enfant en bikini serait compromettante pour l'avenir du futur adulte, si tant est qu'on puisse faire réellement le rapprochement entre la photo et le nouveau profil Facebook de l'adulte.

Jean: Je te jure, pour avoir travaillé dans une grosse SSII [société de services en ingénierie informatique], que l'on peut faire des miracles avec de simples photos! Et ce n'est pas de la SF...

Fais un test, rien qu'en important l'image d'une personne dans Google Image (avec le petit appareil photo sur le côté "Recherche par image"), ça peut être très impressionnant.

Quand aux paramètres de confidentialité de Facebook... ahaha! Dis-toi bien que si c'est gratuit, c'est que tu es le produit! Règle de Marketing.

Marie: J'en suis bien consciente, j'ai déjà fait des recherches, je ne suis pas naïve.

Je dis simplement que ça ne compromet en rien la vie adulte d'une personne, d'avoir des photos de son enfance sur Internet.

Si l'on se place au niveau adulte/adulte où des photos de beuveries et autres scènes de débauche sont publiées, pourquoi pas oui. Mais de là à faire de la parano sur «mon dieu mon enfant va m'en vouloir toute sa vie parce que 45 personnes ont aimé la photo où il est barbouillé de chocolat»... c'est de la beauferie, et s'il y a un problème, c'est un problème d''éducation surtout.

Jean: Qu'en sais-tu? As-tu connu ça étant enfant?

Marie: Pose-toi une question simple: es-tu mal à l'aise de consulter tes photos d'enfant quand tu les ressors d'un placard?

Ou une autre: Penses-tu vraiment que les gens en ont quelque chose à foutre de savoir la gueule que tu avais quand tu avais 3 ans?

Ou encore une autre: Si dans le piiiiiiiiiiiiiiiiiiire des cas, un pédophile venait à s'asticoter sur une photo de toi bébé, mais que tu n'étais JAMAIS au courant de ce fait, qu'est-ce que ça changerait à ta vie?

RIEN. Absolument rien. Ça reste du passé.

Robert: C'est pas un peu contradictoire de poster des photos de son gosse pour ensuite les rendre invisibles?

Marie: Robert, toi qui apparemment n'a ni famille, ni proches et qui te sers de Facebook pour n'être en contact avec personne, sache que rendre invisible à l'extérieur (même si Jean nous explique que ça reste bancal comme confidentialité) ne veut pas dire rendre invisible de l'intérieur. Tu peux cantonner la visibilité d'un contenu à ta famille restreinte par exemple, si tu n'as pas envie de lourder les 3/4 de tes contacts avec les photos de tes gosses.

Robert: L'enfant n'étant pas en mesure de donner son avis ni de prendre de décisions, c'est clairement arbitraire et injuste. Tu parles de beauferie, mais la beauferie c'est surtout de croire qu'on a le droit de l'exposer comme un trophée en se disant qu'il n'en fera pas un cake, tout en ne lui ayant jamais demandé son avis, celui-ci ne comptant que relativement vu son âge....

Jean: Le seul problème c'est que c'est une question de choix, que les enfants n'ont pas finalement!

On passe notre temps à contrôler notre image numérique et je pense que demain, la vie sera encore pire sur ce domaine-là (pourtant je bosse dans le web social). Mais, je ne suis pas sûr que tu aies envie que tout le monde connaisse ton numéro (je me suis amusé: je connais le tien, et ton adresse d’ailleurs je pense), ton soundcloud. Mais si je connais ça, bientôt je saurai bien d'autres choses! Mais toi, tu les as mises sciemment, ou les a vues passer, ce ne sera pas le cas de tous.

Marie: Mais Jean, moi aussi je sais faire une recherche sur les pages blanches, et d'ailleurs, mon nom et mon prénom ne sont pas banals, je suis la seule à m’appeler comme ça sur tout le département, voire la région.

Et donc, je dois avoir peur de quoi? De mes goûts musicaux, sans doute? Ou des participations à certains forums?

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