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Twitter: les 4 choses à retenir de ses documents d'entrée en bourse

Matthew Yglesias, mis à jour le 06.10.2013 à 14 h 42

Twitter ne génère pas d'argent, n'appartient pas aux gens qui font tourner l'entreprise, a un produit meilleur que son business, et ne cherche pas à augmenter son capital.

REUTERS/Dado Ruvic

REUTERS/Dado Ruvic

Le contenu des 160 pages du formulaire S-1 fourni par Twitter à la SEC –l'organisme américain de contrôle des marchés financiers– et anticipant son entrée en bourse n'est pas totalement surprenant. Mais il souligne quand même quatre points importants sur l'entreprise.

1. Twitter ne génère pas d'argent

Allez voir ce qu'en dit mon collègue Will Oremus. Mais fondamentalement, les données comptables de Twitter n'ont rien de si terrible. Si vous regardez les trois années passées, il est évident que les revenus croissent beaucoup plus vite que les dépenses.

A l'inverse de Groupon (par exemple), l'entreprise ne se fonde pas sur des mesures comptables peu orthodoxes. Tout ce qu'ils disent, c'est qu'ils vont continuer à croître. La croissance n'a rien d'absolument garanti, mais les investisseurs devraient parier dessus, que l'entreprise soit rentable ou pas.

Néanmoins, c'est un rappel que l'intérêt commercial de Twitter reste une proposition globalement non vérifiée.

2. Twitter n'appartient pas aux gens qui font tourner l'entreprise

Ce n'est pas rare pour une vieille entreprise de séparer propriété et contrôle. Mais dans des entreprises plus jeunes, les actionnaires majoritaires sont en général les mêmes que les dirigeants. Compte-tenu de son âge, Twitter fait figure d'exception.

Son PDG, Dick Costolo, ne détient que 1.6% de Twitter, tandis que Jack Dorsey, un des co-fondateurs du site, en possède 4.9%, tout en étant moins impliqué la gestion de l'entreprise avec son titre de président du conseil d'administration. Mais le premier actionnaire –et de loin– est Evan Williams, autre co-fondateur, qui possède un siège non exécutif au conseil d'administration et détient 12% de l'entreprise, sans rôle quotidien à jouer au niveau de son fonctionnement.

Si vous investissez dans Google, vous devez avoir foi en Larry Page et Sergey Brin. Idem pour Facebook et Mark Zuckerberg. Si vous investissez dans General Electric, là c'est la culture d'entreprise et les mécanismes impersonnels de contrôle des entreprises américaines en qui vous devez avoir confiance. Mais si vous investissez dans Twitter, on ne sait pas vraiment qui sera tenu pour responsable si jamais l'entreprise rencontre des difficultés.

3. Le produit Twitter est toujours meilleur que le business Twitter

Dans la culture mondiale, Twitter demeure une sorte de force miraculeuse. Les documents S-1 le prouvent, en célébrant le tweet par lequel Obama annonce sa réélection, des échanges rigolos entre stars ou encore la Monarchie Britannique qui s'appuie sur Twitter pour tenir le monde informé de l'accouchement de Kate Middleton.

Mais, évidemment, l'influence culturelle du secteur médiatique et des profits en espèces sonnantes et trébuchantes sont deux choses radicalement différentes. Le New York Times demeure, aux États-Unis, le cœur médiatique sur lequel l'élite fonde son ordre du jour, et ce dans de nombreux domaines de pensée. Mais être le plus grand journal du monde ne fait pas forcément de vous la meilleure affaire du monde en termes de pertes et de profits.

En tant qu'investisseur, mieux vaudra sans doute posséder quelque chose de culturellement plus trivial comme une chaîne de télé privée ou les droits de retransmission de Dr. House. Personnellement, j'adore Twitter. Je l'aime plus profondément et plus affectueusement que n'importe quel autre truc «social» d'Internet. Mais entre être adoré et être une machine à profits, il y a une très grosse marge.

4. Entrer en bourse ce n'est pas augmenter son capital

Toute entrée en bourse remarquée est une bonne occasion d'assommer encore un peu plus ce mythe du capitalisme financier. Dans une quelconque réalité délirante, l'«intérêt» de la bourse c'est de permettre aux entreprises d'augmenter leur capital. Les sources privées n'ont pas des réserves infinies, donc au bout d'un moment, si une entreprise veut obtenir le capital nécessaire pour croître et se développer, elle doit offrir des parts au public. Voilà l'histoire, en gros.

Mais l'entrée en bourse de Twitter ne dit en réalité rien sur son besoin de lever X milliards de dollars pour mettre en œuvre une nouvelle stratégie commerciale. Parce qu'en pratique, quasiment personne n'augmente son capital grâce à la bourse. Pour cela, il y a les prêts bancaires, les business angels, les bénéfices non distribués et le marché obligataire.

Doug Henwood de Wall Street vous l'expliquera en long et en large, mais les entreprises technologiques actuelles l'illustrent parfaitement. L'intérêt de l'entrée en bourse de Twitter, c'est d'aider ses gros actionnaires, ses premiers investisseurs et certains de ses premiers employés à sortir leur argent de l'entreprise, pas de permettre à ses dirigeants d'aller chercher les sous d'investisseurs et de les injecter dans l'entreprise.

S'ils voulaient davantage d'argent, ils auraient pu très facilement rester sur une logique privée et en lever de cette manière. S’introduire en bourse, c'est permettre à ceux qui sont déjà dans l'entreprise de vendre plus facilement.

Matthew Yglesias

Traduit par Peggy Sastre

Matthew Yglesias
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