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Ô toi qui pleures dans l'avion (ou dans le train, le métro, le bus)! Tu n'es pas seul(e)

Cécile Dehesdin, mis à jour le 03.10.2013 à 16 h 32

The Sky is Crying  /Alan Levine via Flickr CC License By

The Sky is Crying /Alan Levine via Flickr CC License By

Je suis une grande spécialiste des pleurs dans les transports en commun.

Je pleure dans le train en voyant défiler le paysage, je pleure (parfois, sinon le trajet quotidien pour aller et rentrer du travail serait vraiment éprouvant) dans le métro ou dans le bus[1].

Et donc je pleure dans l'avion. En attendant le décollage, ou devant un film (aussi bien une comédie romantique qu'un film d'action), une série comique, ou en tentant de lire un livre. Je pleure parce que je quitte un pays, une ville ou une période de ma vie que j'aime, mais parfois je pleure sans même savoir pourquoi. Grâce à The Atlantic, je sais maintenant que je ne suis pas la seule...

Elijah Wolfson résume cela ainsi:

«Seul dans un tube en métal fermé, 12.000 kilomètres au-dessus de la Terre et de tous ceux que vous connaissez. Entouré de gens qui partagent votre destin mais qui ne font pas attention à vous. Comme vous, ils sont assis dans la même direction, en rangées, se concentrant sur leur propre petit espace. La cabine a une lumière tamisée et ronronne. Vous regardez vos mains croisées, éclairées par un rayon de lumière au-dessus de vous. Il n'y a rien à faire: pas d'email à vérifier, pas de messages à envoyer, et une distraction minimale. Si vous sentiez un vide s'ouvrir à l'intérieur, si vous pensiez que vous n'arriveriez pas à vous en sortir, vous n'auriez aucun moyen de contacter ceux que vous aimez.

Est-ce si difficile d'imaginer qu'un vol commercial est l'un des endroits où l'on se sent le plus seul dans ce monde moderne? Pourquoi est-ce que le siège 27F sur le vol de New York à Los Angeles est l'endroit et le moment parfait pour pleurer un bon coup?»

Il n'y a malheureusement pas de recherche scientifique sur le sujet. Elijah Wolfson note un sondage de Virgin Atlantic, qui a demandé à ses passagers de décrire en 2011 ce qu'ils ressentaient en vol. 55% d'entre eux ont dit ressentir «des émotions plus fortes», et 41% des hommes ont dit s'être «emmitoufflés dans des couvertures pour cacher leurs larmes aux autres passagers».

Pour Ad Vingerhoets, professeur en sciences du comportement aux Pays-Bas et l'un des experts mondiaux des pleurs (oui), on pleure dans «les situations où agir n'aurait pas de sens», quand il n'y a pas besoin d'agir «ou quand on ne peut pas agir parce qu'on se sent désarmé ou désespéré».

«Quand il n'y a pas de raison de se battre ou de fuir, il ne reste qu'à faire face à nos émotions.»

The Atlantic pense que l'avion est l'exemple parfait d'une de ces situations: seul, pas grand-chose à faire, pas de contact avec le reste du monde, et aucun contrôle sur les évènements.

Il n'y a pas pour autant réellement «rien à faire» dans les avions: sur les vols longs, on peut se rabattre sur des films, qui deviennent une façon de plus de pleurer. Dans This American Life, très chouette émission de la radio américaine NPR, Brett Martin racontait ainsi sa séance de larmes devant... Fashion Victime, une comédie romantique avec Reese Witherspoon pas franchement triste. Il s'est mis à pleurer au moment du happy end et ajoute:

«Il me faut ajouter que Fashion Victime n'est pas un très bon film, c'est même plutôt un film vraiment nul. Je ne suis pas particulièrement attaché à Reese Witherspoon, et je ne viens pas du Sud des Etats-Unis. Et puis, c'était la quatrième fois que je le voyais.

Le truc, c'est que je m'appelle Brett Martin, et je pleure devant les films en avion. Pas parfois, tout le temps. Et pas certains films, tous les films.»

Toi qui pleures dans l'avion, en regardant un film pourri et pourtant pas triste, ou en regardant les nuages à travers le hublot, voire avant même que l'engin ait décollé. Toi qui pleures dans le train, dans le métro ou dans le bus, alors même peut-être que tu n'es pas un grand pleureur dans la vie, tu n'es pas seul. Mais que ça ne t'empêche pas de pleurer!

C.D.

[1] J'ai aussi pleuré un jour sur le banc d'un arrêt de bus, jusqu'à ce qu'un vieux monsieur me chante une version de Aïcha devenue «Aïcha, Aïcha ne pleure pas», avec comme effet aussi immédiat que sympathique de me faire sourire. Retourner à l'article

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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