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Clairin, gin, vodka, mezcal... 5 bouteilles qui pourraient vous faire oublier le whisky

Christine Lambert, mis à jour le 06.10.2013 à 10 h 01

Partez au Mexique, en Haïti, à Londres ou en Russie gorgée après gorgée.

Mise en bouteille de la vodka Chase en Grande-Bretagne. Image Chase.

Mise en bouteille de la vodka Chase en Grande-Bretagne. Image Chase.

Ces tout nouveaux spiritueux échappés de la 4e dimension risquent fort de vous détourner (momentanément) de la sainte eau de vie d’orge maltée. On parie?

1. Le clairin Casimir

La première gorgée vous expédie en Haïti sous les franges des cocotiers mollement caressés par les alizés. La deuxième fait monter la mer en vaguelettes à vos pieds. La troisième vous allongera sur le sable fin pour des heures. Au-delà, vous deviendrez philosophe. On comprend pourquoi les cavistes attendent comme des fous depuis un an ces trois bouteilles de clairin, comme on appelle le rhum haïtien artisanal embouteillé dans des flacons usés, sans dilution, sans vieillissement, directement à la bouche de l’alambic. Présentés au Whisky Live Paris, comme toutes les nouveautés dont nous allons parler, ils arrivent enfin.

 

Trois micro-distilleries dénichées par l’infatigable globe-trotter du rhum Luca Gargano, qui travaillent le jus de canne à sucre bio fermentées avec des levures sauvages. Aucun additif, juste la magie des alambics. Chaque petit producteur a son nom sur l’étiquette: Sajous, Casimir (notre préféré, qui souffle à 53,7°) et Vaval. De la bombe. De la joie qui scintille en bouteille.

70 cl, 39 €.

2. Le gin Dodd’s

«Why not?», répond Darren Rook, le boss de The London Distillery Company, quand on lui demande pourquoi diable trois jeunes Anglais qui ont à peine l’âge d’un whisky décent se sont mis en tête de monter une micro-distillerie dans Londres, cachée derrière les briques blanches, dans le quartier de Battersea.

«Why not», ce devrait être le nom du gin qu’ils y fabriquent, selon un procédé unique qui lui confère un goût... unique. Le gros des ingrédients passe par un alambic en cuivre baptisé du doux nom de Christina, et les plus fragiles sont distillés à froid, sous vide.

Le mariage des deux cuvées qui reposent ensemble plusieurs mois laisse un fond d’arôme de pop corn grillé sur des plantes et épices délicates (angélique, zest de citron, cardamome, feuilles de framboisier, baies de laurier…) envoyé à force 4 (49,9°) pour picoter le palais.

 

Attention, Dodd’s est ce qu’on peut appeler un spiritueux polarisant: on adore ou on déteste; indifférents, passez votre chemin. Les premières bouteilles ont été crachées en avril et arrivent bientôt en France. Et, pour novembre, roulements de tambour: les trois jeunes fous nous promettent un whisky londonien. Why not?

• 50 cl, 48 €, bientôt disponible.

3. Le Polugar

Vous êtes-vous parfois demandé à quoi carburaient les Russes avant l’invention de la vodka (ils en descendent 14 litres par personne et par an), sous les règnes d’Ivan le Terrible ou de Pierre le Grand? A l’évidence, Boris Rodionov s’est lui aussi posé la question.

Cet historien de la vodka a exhumé de ses grimoires le Polugar, une eau de vie qui a traversé les âges à l’est de l’Oural, élaborée à base de céréales —ou de tout ce qui, ma foi, pouvait passer dans les cornets de cuivre une fois fermenté: les petits pois, par exemple! Il en a retenu la recette qui courait aux XVIIe et XVIIIe siècles pour ressusciter le Polugar Wheat, au blé malté et non malté distillé 3 fois et purifié par les blancs d’œufs jetés dans l’alambic à la troisième repasse.

Ce «vin de pain», comme le surnomment les Russes, déploie d’invraisemblables arômes de pain liquide, telle une bonne miche posée sur la table —une miche qui titre à 38,5° tout de même. En cocktail chaud, il aime le thé, le miel, la menthe fraîche et les baies sauvages. La version seigle malté du Single Malt Rye, plus raffinée et briochée, est un luxe pour les jours sans pain. Mais, comme le disait Marie-Antoinette...

70 cl. Wheat, prix inconnu, Classic Rye, 72 €, Single Malt Rye, 145 €, bientôt disponibles.

4. La vodka William Chase

Trois ans déjà que tous les bartenders de la planète sont tombés en pamoison devant cette very british vodka de patates –des King Edward et des Lady Claire, s’il vous plaît, aimablement cultivées à seule fin de finir dans un verre plutôt qu’en salade.

La «meilleure vodka du monde» (un titre obtenu en 2010, et il n’est pas usurpé), la plus pure (distillée 5 fois!) s’est depuis dotée de plusieurs sœurs, dont la plus belle et la plus turbulente, une édition limitée, a vieilli 4 à 5 mois en fûts de Laphroaig, un whisky tourbé de l’île d’Islay, pour s’épanouir en volutes dans la fumée. Sur les fruits de mer et le saumon fumé, vous m’en direz des nouvelles.

Impossible de ne pas mentionner le rejeton de la tribu, l’Elegant Gin. Si vous lui trouvez un goût de pomme, c’est normal. Ces joyeux dingues distillent le cidre issu du verger de la ferme en vodka (pour coudre sur mesure la Naked Apple Vodka), qu’ils repassent en alambics avec genièvre, plantes et épices pour la transformer en gin. Le Martini et les tonics sont tombés amoureux de son fruité et de sa finale au croquant de coriandre. On ne saurait le leur reprocher.

70 cl. Original Vodka, 55 €. Edition limitée Smoked Vodka, 58 €. Elegant Crisp Gin, 58 €.

5. Le mezcal Tobala Del Maguey

Et, pour conclure, non pas une nouveauté mais une rareté. Gageons qu’en raison de sa production très limitée (600 bouteilles remplies chaque année) vous êtes passés à côté de cette merveille 100% bio née dans un village de l’Etat de Oaxaca, au Mexique. Pour la fabriquer, on récolte la tobala, une agave sauvage naine qui ne pousse qu’à l’ombre des chênes sur les hauteurs des canyons (déjà un sport en soi), et lentement qui plus est puisqu’il lui faut quinze ans pour arriver à maturité.

Les cœurs sont cuits à l’étouffé sur des briques chaudes enfouies sous la terre, lentement, pendant des jours et des jours, puis broyés en jus allongé d’eau et distillé. Vous l’aurez compris, la déguster se mérite. Sa finale fruitée, capiteuse et à peine fumée vous fera pleurer. De bonheur.

• 70 cl, 118 €.

Christine Lambert

NB: N'oubliez pas: l'abus d'alcool est dangereux pour la santé

Christine Lambert
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Journaliste
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