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La vraie recette du «ti punch», toute une histoire

A Marie Galante, près de la Guadeloupe, en 2008. REUTERS/Charles Platiau

A Marie Galante, près de la Guadeloupe, en 2008. REUTERS/Charles Platiau

L'art d'accommoder le rhum blanc remonte au dur temps du sarclage de la canne.

Le ti-punch est a priori très facile à réaliser: il suffit d’avoir à disposition du citron, du rhum et du sucre. Cependant, si l’on en croit les anciens, cette «institution» est un art qui nécessite de savoir prendre son temps. D’ailleurs, si vous vous rendez aux Antilles, vous verrez qu’on ne sert pas le ti-punch, c’est à vous de le faire selon votre convenance en suivant un rite immuable.

Dans un verre de faible contenance, presser un 1/8e de citron vert (lime), ajoutez une cuillère à café de sucre de canne et remuez lentement jusqu’à obtenir un sirop brun. Dans la mesure où cette étape dure un petit moment, profitons-en pour parcourir la tradition et les légendes.

A une époque, la canne à sucre faisait vivre une proportion importante de la population antillaise. On prétend qu’avant de partir effectuer ce travail harassant qu’est le sarclage de la canne, les hommes s’offraient, vers 5h du matin, un petit «décollage» (ou «mise à feu») qu’ils buvaient à jeûn.

A 9h arrivait, le cas échéant, l’heure du «sec» (rhum pur) ou du «feu» (rhum accompagné d’un zeste de citron et de treize grains de sucre). A 11h, il était temps du «ti-lagoutte», la petite goutte annonciatrice du «ti punch» de midi; lequel devait être absorbé en trois coups conformément à la tradition. Comme cela ne suffisait pas, à 12h30, on s’octroyait un «ti 50%», c'est-à-dire la moitié du verre précédent.

La religion ayant toujours occupé une place importante dans la société antillaise, elle s’invitait également dans la dégustation du rhum. C’est ainsi qu’à 15h sonnait «l’heure du Christ» et à 17h le «ti-pape»[1]. Quand enfin, arrivait le terme de sa journée de labeur, le travailleur s’accordait le fameux «pété-pied». Le verre qui conduit à s’écorcher les pieds parce qu’on a du mal à tenir le cap. Cela n’empêchait pas certains de s’octroyer le «CRS» du soir. Comprenez Citron, Rhum, Sucre.

J’imagine que cette histoire vous aura fait prendre conscience que le ti-punch doit se boire avec une extrême modération. Attention aux retours de manivelle!

Maintenant que votre mélange est prêt, il est temps d’ajouter le rhum mais pas n’importe lequel: seul le rhum agricole sied dans cette affaire. Il est facile à repérer, la mention «rhum agricole» est inscrite sur les bouteilles. Il est produit par fermentation et distillation du jus de la canne à sucre, à la différence du rhum industriel issu de la mélasse, un résidu du raffinage de sucre.

Ainsi, versez 7/8e de rhum dans votre mélange, soit 5cl, touillez, c’est prêt. Vous pouvez déguster.

Ne boudez surtout pas votre plaisir mais conservez tout de même, quelque part dans votre esprit, que l’un des noms du ti-punch est «pété-pied».

Ah! Encore une chose: résistez à la tentation de mettre de la glace dans le ti-punch. Pour les puristes et les défenseurs de cette institution, c’est carrément «péché».

Harry Eliezer

[1] Petit Pape. Retourner à l'article

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