Avec ses danseuses noires, Rick Owens dit «fuck you» à l’industrie de la mode

Lors de la semaine de la mode à Paris, le créateur Rick Owens s’est fait remarquer avec un défilé hautement inhabituel, nous apprend The Cut. Au lieu de mannequins, il a invité des danseuses de stepping américaines à défiler dans ses vêtements.

Le stepping est une danse de compétition, ancrée dans la culture hip-hop, qui consiste à utiliser son corps pour produire des sons de percussion.

Le défilé de Rick Owens était particulièrement insolite, non seulement en ce qui concerne son format –on a davantage l’habitude de voir les mannequins marcher en ligne que se taper sur les cuisses et la poitrine–, mais aussi et surtout en ce qui concerne l’apparence physique de ses danseuses. Noires, métisses, rondes ou musclées, «aucune d’entre elles n’avait la taille infinie ou l’allure svelte des filles que l’on croise généralement sur les podiums», écrit Robin Givhan.

Selon elle, l’esthétique de Rick Owens se fonde sur «la beauté non-traditionnelle, l’assurance et le pouvoir». Le créateur américain est en effet réputé pour son goût de la mode anticonformiste.

Lors de son défilé, certaines des danseuses portaient un voile. Elles avaient aux pieds des baskets «encombrants» et peu flatteurs. Mais surtout, toutes affichaient une attitude farouche, limite déstabilisante –un élément important du stepping de compétition.

«J’ai été attiré par le côté couillu [du stepping]. C’était comme un gros “fuck you” à la beauté conventionnelle. Leur message, c’est “nous sommes belles à notre façon”», a expliqué Rick Owens.

La presse américaine s’est félicitée de cette initiative. Pour le Huffington Post, ce défilé est «la plus grande célébration de la diversité raciale et morphologique de la saison». «Le défilé de Rick Owens célèbre les vraies femmes», a quant à lui affirmé le Daily Beast.

A chaque Fashion week, le débat sur la sous-représentation des mannequins noires et de grande taille refait surface. La saison printemps/été 2013 n’y a pas échappé: début septembre, les mannequins Iman Bowie et Naomi Campbell et l’ancienne directrice d’une agence de mannequins Bethann Hardison ont publié une lettre ouverte pour dénoncer «l'attitude raciste» des créateurs, relève ABC News.

«Il y avait plus de mannequins noirs [dans les années 1970] qu’en 2013, a affirmé Iman. Se taire est inacceptable. Si l’on ne peut pas parler de ce cela publiquement, c’est qu’il y a un problème dans l’industrie de la mode.»

En février 2013, Jezebel a compté le nombre de mannequins embauchés pour les défilés de la Fashion week automne/hiver. 82,7% d’entre elles étaient blanches. 9,1% étaient asiatiques, 6% étaient noires. 

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