Lu, Vu & EntenduLife

Quand les chercheurs apprennent qu'ils ont gagné un prix Nobel

Maïlys Masimbert, mis à jour le 25.09.2013 à 14 h 32

Prix Nobel de Chimie. Adam Baker via FlickrCC License by

Prix Nobel de Chimie. Adam Baker via FlickrCC License by

Le 7 octobre commencera la remise des différents prix Nobel par l’Académie royale des sciences de Suède. Si la plupart des petits secrets de cette prestigieuse récompense ont été dévoilés dans différents articles depuis sa création en 1901, il restait un peu de mystère sur l’annonce du résultat au lauréat lui-même.

Tout repose sur un homme, le secrétaire permanent de l’Académie royale, en l’occurrence Staffan Normark depuis 2010. Interviewé par un journaliste du site Moreintelligentlife.com, il raconte qu’il est en charge du «magic call» (l’appel magique), celui-là même par lequel les chercheurs apprennent que le travail de toute une vie vient d’être récompensé. 

Le timing de la remise des prix est réglé comme du papier à musique. A 9h30, heure de Suède, le comité du Nobel vote pour élire le lauréat. A 11h15, Normark appelle l’heureux élu, sans tenir compte du décalage horaire. A midi, son nom est rendu public, qu’il ait répondu ou non au téléphone.

Normark, désormais habitué des réactions des chercheurs face à l’annonce, a identifié trois catégories de personnes:

  • celles qui sont vraiment surprises: «Parfois la personne est complètement silencieuse. A un tel point que je ne sais même plus si elle est au bout du fil. Vous pouvez juste l’entendre respirer
  • celles qui s’en doutaient mais qui font tout pour se convaincre du contraire.
  • celles qui attendaient le coup de téléphone.

Le secrétaire permanent a à sa disposition une liste de plusieurs numéros de téléphone pour chaque candidat. Rassemblés en secret par une équipe dont c’est la responsabilité, ils sont parfois erronés, ou sont ceux d’un secrétariat dont il faut passer le barrage. Mais Normark a ses techniques:

«On leur dit que c’est un appel très important. Un appel. Très. Important. De Stockholm.»

Peu de personnes résistent à cette phrase.

Le coup de téléphone peut survenir à n’importe quel moment, pouvant donner lieu à des situations pour le moins rocambolesque, répertoriées sur le site des prix Nobel. Il réveille certains au beau milieu de la nuit, il en surprend d’autres dans un avion. Ce fut le cas du professeur Richard Ernst, prix Nobel de chimie en 1991, embarqué sur un Moscou-New York. Le pilote est venu le voir à son siège pour lui annoncer qu’il avait gagné, et c’est dans le cockpit, par radio, qu’Ernst a pu discuter avec l’Académie, son école et ses proches.

Mais le plus souvent, Normark doit déployer des trésors d’inventivité pour convaincre son interlocuteur que ce n’est pas une blague. Ce fut le cas notamment pour John Gurdon, prix Nobel de médecine 2012, récompensé pour une expérience menée 50 ans auparavant. Il a pensé: «Quelqu’un est en train de se payer ma tête.»

Pour ce genre de situation, Normark a un atout: «Bien sûr, j’ai un accent suédois très prononcé, ça aide.»

Maïlys Masimbert
Maïlys Masimbert (106 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte