Travailler 72 h est devenu la norme avec le smartphone

portatil-tablet-smartphone / miniyo73 via Flickr CC Licence By

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Les managers bossent plus qu'avant, mais il ne faut néanmoins pas tout mettre sur le dos de la technologie.

Aujourd’hui, nous éprouverons un peu de compassion pour les gens qui nous dirigent.

«Ils commencent à travailler à 6 heures du matin, souvent avant leur première tasse de café. Ils travaillent en continu sans véritables pauses pour petit-déjeuner et déjeuner, et souvent sans s’arrêter pour dîner. Le travail continue jusqu’à ce qu’ils aillent se coucher, souvent à 23 heures ou minuit […]

Et non, ce ne sont pas des travailleurs de subsistance dans un pays du tiers monde. Il s’agit des sweatshop du XXIe siècle, la réalité quotidienne de beaucoup de dirigeants, managers et professions libérales dans le monde, qui travaillent de manière flexible à l’aide de leurs smartphones.»

Selon une étude du Center for Creative Leadership [PDF], qui a interrogé 483 internautes, dont 75% aux Etats-Unis et le reste dans d’autres pays, et dont cette description est extraite, l’utilisation des smartphones pour rester connecté à son travail est tellement répandue qu’elle s’apparente à une nouvelle norme professionnelle. Une véritable «laisse électronique» qui attache le responsable à son entreprise, écrit l’étude.

Comme le résume Business Insider, l’étude a calculé que ces dirigeants étaient en moyenne connectés de 13,5 à 18,5 heures par jour quand ils étaient équipés d’un smartphone, contre «seulement» 10 pour les autres. En moyenne, ces nouveaux leaders de l’entreprise interagissent 72 heures par semaine, week-end compris, avec leur boîte et leurs équipes…

Source: Center for Creative Leadership

Mais attention, mettent en garde les auteurs de l’étude, à ne pas tout mettre sur le dos du changement technologique, même si les smartphones et le réseau accessible en permanence sont des vecteurs du sentiment d’urgence et de l’augmentation du temps passé à travailler.

La technologie et son corrolaire, le «toujours sur la brêche», «permettent aux organisations de masquer de mauvais process, de l’indécision, une culture dysfonctionnelle et une mauvaise infrastructure parce qu’elles savent que tout le monde comblera les failles et fera le job».

Les dirigeants interrogés dans l’étude ne se plaignent pas de travailler longtemps, note le Center for Creative Leadership. En revanche, ils fustigent les réunions inutiles, les changements stratégiques permanents, les économies sur l’informatique et, avant tout, les économies sur le personnel.

«Alors que la technologie est le bouc-émissaire logique, elle est surtout un leurre moderne masquant un problème ancien: le mauvais management et le mauvais leadership.»

En 2012, Slate écrivait déjà que continuer à écrire des articles pour inciter les gens à «débrancher» ou à ranger leurs gadgets connectés dans le tiroir n’avait aucun sens. Changer notre relation collective au travail en aurait un. Le multitasking et les smartphones ne sont pas le problème, mais le symptôme.