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«Tous à poêle au bureau!»: cuisiner dans son entreprise, c’est possible

IMG_9635.jpg/ Tom Page via Flickr CCLicence By

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A midi, c'est cantine ou ticket resto? Une alternative existe: la popote entre collègues.

Pour se sustenter à midi, le salarié français a le choix entre la cantine d’entreprise et le ticket-restaurant à écouler dehors. Ou la popotte réchauffée, car la cuisine au bureau se résume souvent à mettre un reste de pâtes de la veille au micro-ondes. Ou à sortir une boîte en plastique contenant une salade préparée à l’aube. Pour les plus motivés. 

Mais, dans certaines boîtes, on mijote carrément de bons petits plats pour soi et ses collègues. C’est le cas à la Ruche qui dit oui (start-up qui met en relation consommateurs et producteurs locaux, on vous en parlait ici début 2012). La cuisine dans les bureaux se fait là-bas assez spontanément depuis le début, mais peu à peu, le mouvement «Tous à poêle au bureau!» s’est construit, pour étendre et faire connaître cette façon de manger.

Concrètement, comment on fait? A la Ruche qui dit oui, un tableau noir récapitule les midis de la semaine. Tout est basé sur le volontariat: 12 personnes peuvent s’inscrire pour manger (l’entreprise compte plus de salariés mais il y a les rendez-vous pro, les déjeuners à l’extérieur ou simplement les envies de prendre l’air).

Chaque jour, deux cuisiniers improvisent et deux motivés sont préposés à la vaisselle. Et deux fois par semaine, un binôme va faire les courses dans le quartier, sans penser à des recettes spéciales, seulement à acheter des ingrédients de base et de saison. Et ce, avec la carte bancaire de la boîte.

Ce midi de septembre, ça sent les poireaux qui mijotent. Olivier s’affaire dans la micro-cuisine, équipée à l’origine d’un évier et de plaques, rejoints petit à petit par un wok acheté, un mixeur donné par un ami, des assiettes de mamie… Des stocks se sont constitués, épices, riz, pâtes ou graines.

A 13 heures, tout le monde se retrouve dans la salle de réunion-cantine, pour un déjeuner quinoa-omelette champignons Fourme d’Ambert-poêlée de poireaux, et salade de mirabelles-pamplemousse. Les chefs du jour sont félicités, et tout le monde retourne travailler.

Cela ne semble donc pas très compliqué ni contraignant. Et cette formule est loin d'être la seule. 

Simplifier

Ceux qui pratiquent cette cuisine en entreprise n’y voient pas vraiment d’inconvénient (à part peut-être qu’il est difficile de recruter des volontaires pour la vaisselle). Benjamin Stock, knowledge manager à la Ruche qui dit Oui, explique que c’est une solution économique pour l’entreprise et les salariés (pas de tickets-restos –qui ne permettent pas forcément de bien se nourrir en ville–, donc, mais un repas complet qui revient à 4 ou 5 euros environ par personne, voire 2 euros en faisant un petit effort), et que cela permet de manger équilibré tous les jours.

Mais aussi de «discuter de manière décloisonnée, dans un cadre moins formel», ou simplement passer un bon moment. Et puis, «c’est prouvé, on est plus efficace l’après-midi quand on fait une vraie pause à midi !». Et on évite le steak-frites de la cantine propice à la fameuse sieste post-déjeuner.

«Simplifier», un verbe très défendu par la start-up, est aussi mis en avant:

«On se passe des intermédiaires, on se débarrasse de dépendances aux cantines d’entreprises, aux tickets-restos, à la boulangerie. On s’autonomise, on retrouve des savoir-faire et une part de créativité»

Le réseau Tous à poêle au bureau

D’autres entreprises font la même chose, avec d’autres organisations, d’autres régularités. Et les adeptes se lancent des défis «Tous à poêle». Les cuistots de la Ruche ont ainsi fait un battle avec les employés de Biocoop, via un reportage photos publié sur leur blog.

Meetserious, une entreprise du quartier où l’on cuisine aussi, est venue déjeuner en apportant l’entrée. Car dans les bureaux du site de rencontre, on déjeune home made chaque jour. Anthony Marais, co-fondateur, raconte le fonctionnement différent:

«Nous ne sommes que quatre sur six à déjeuner dans les bureaux tous les jours. A 13 heures, tout le monde se lève, on va faire les courses ensemble. Cela donne lieu à des débats sur le choix du menu, mais finalement on tombe d’accord sur des choses simples, comme des salades. On paye chacun son tour. Ensuite nous sommes surtout deux à cuisiner souvent, parce qu’on aime ça, les autres nous aident pour les plats un peu longs.»

Pour lui, «ce n’est pas une corvée, et cela permet de faire une vraie pause». Il arrive même à ces salariés cuistots de se préparer une raclette, les midis d’hiver...

Une performance de mise à poêle au bureau, filmée en direct a aussi eu lieu avec des salariés de Google (qui eux ne cuisinent pas tous jours, mais occasionnellement) et devrait se renouveler tous les mois.

En octobre, ce sera battle à distance avec les salariés de locationdevoiture.fr. Geoffroy Dickson, le directeur France, explique l’organisation dans des bureaux qui comptent près de 70 salariés:

«Plus de la moitié des employés cuisinent le midi. Nous sommes organisés par petits groupes allant de 3 ou 4 personnes à une dizaine en fonction des affinités ou de régimes alimentaires… Dans mon groupe, nous sommes quatre. Chacun s’occupe des courses, de la cuisine et du rangement, un jour par semaine. Certains préparent des choses à l’avance, d’autres cuisinent tout sur place. La boîte fournit les denrées de base, boissons, huile, vinaigre, épices, lait, pâtes, fruits… Et on s’occupe du reste.»

Et de préciser, avant d’aller chercher la recette parfaite pour les gougères de midi, qu’«on a de la place, deux espaces de cuisson, mais un seul four, qu’il faut réserver à l’avance sur un fichier Excel… ».

Le récit des repas se trouve également sur le blog de la boîte. Pour ces entreprises, c’est une façon de bien manger… et de bien communiquer aussi. 

Le mouvement a une page Facebook, et même un hashtag (#tousapoêleaubureau pas encore très utilisé). Le but, c’est de partager sur les réseaux sociaux «des recettes, mais aussi des petites techniques pour mieux s’organiser» et d’«unir les bonnes initiatives», explique Benjamin, de la Ruche qui dit Oui.

Mais, précise-t-il, «on voudrait que ce mouvement se dissocie de la Ruche, à terme, que cela devienne un mouvement indépendant, ouvert à tous les salariés qui veulent se l’approprier. Les gens s’organisent comme ils veulent et peuvent, nous montrons juste que c’est possible. Il faut au minimum un évier, voire des plaques».

Dans toutes les entreprises, si 25 salariés au moins veulent manger sur leur lieu de travail, le chef est tenu d’installer un «local de restauration».

Evidemment, dans une boîte de 500 salariés, la cuisine semble beaucoup plus compliquée à organiser. Mais les adeptes de «Tous à poêle au bureau» sont justement persuadés qu’il y a plein de choses à inventer, «quitte à faire des contraintes de l’entreprise un facteur de créativité». 

L.H.

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