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Gaz de schiste: controverse sur les fuites de méthane des puits d'exploitation aux Etats-Unis

Michel Alberganti, mis à jour le 30.09.2013 à 11 h 23

Une étude les minimise. Mais elle est financée par neuf compagnies pétrolières... Un nouvel épisode dans le débat sur l'impact environnemental de l'extraction des gaz de schiste.

natural gas flare night 02 - Evanson Place - Arnegard North Dakota - 2013-07-03 de Tim Evanson, sur Flickr

natural gas flare night 02 - Evanson Place - Arnegard North Dakota - 2013-07-03 de Tim Evanson, sur Flickr

Outre les risques de pollution des nappes phréatiques et de déclenchement de microséismes, l’exploitation du gaz de schiste est souvent critiquée pour les fuites de méthane produites par les puits. De quoi accentuer le réchauffement climatique avec ce gaz dont l’action sur l’effet de serre est 25 fois supérieure à celle du CO2. D’où l’intérêt de mesurer avec précision les rejets effectifs de gaz lors de l’exploitation d’un puits.

L’université du Texas, associée à plusieurs  laboratoires, a effectué un tel travail dont les résultats sont publiés dans un article des PNAS daté du 16 septembre 2013. A première vue, il s’agit d’une bonne nouvelle pour l’industrie pétrolière qui exploite le gaz naturel aux Etats-Unis. Les émissions de méthane ont été mesurées sur 190 sites de production et concernent 489 puits utilisant tous la fameuse fracturation hydraulique, technique au cœur des critiques sur le gaz de schiste en France.

L’étude montre que les fuites de méthane seraient inférieures de 60% à 90% à celles de l’estimation actuelle de l’EPA (Environmental Protection Agency) américaine. Paradoxalement, la même étude affiche une projection sur l’ensemble des fuites des puits d’exploitation aux Etats-Unis de 957 millions de tonnes de méthane par an contre 1.200 millions de tonnes évaluées par l’EPA. Soit une différence assez minime.  

L’explication réside sans doute dans les différences de perfectionnement des technologies utilisées sur les puits en fonction de leur âge. Ainsi, l’étude de l’université du Texas indique que les installations associées aux puits les plus récents capturent 99% des fuites de méthane produites.

Le message de l’étude est clair: il est possible d’exploiter le gaz naturel, en particulier le gaz de schiste, sans provoquer de rejets massifs de méthane dans l’atmosphère. Les auteurs de ce travail indiquent, dans la publication des PNAS, n’avoir aucun conflit d’intérêt avec l’industrie.

Une confirmation nécessaire

Pourtant, plusieurs observateurs notent que 90% du coût de l’étude ont été financés par neuf compagnies pétrolières et une organisation sans but lucratif de Washington, l’Environmental Defense Fund...

Robert Howarth, un biochimiste de l’université Cornell, souligne, dans un article publié par Nature, que les opérateurs des sites de production ont pu être particulièrement consciencieux en matière de contrôle des émissions pendant les mesures effectuées par les chercheurs. Les résultats représentaient ainsi le «meilleur scénario» et pas forcement la réalité quotidienne des sites.

Cela pourrait expliquer les disparités de résultats avec les mesures précédentes effectuées par l’EPA mais aussi par une étude de l’American Geophysical Union en décembre 2012. La nouvelle étude, qui sera considérée comme un encouragement pour l’industrie, ne met pas un point final au débat. Comme toujours, d’autres mesures, si possible, financées sur fonds publics, sont nécessaires pour confirmer les résultats actuels.

Par ailleurs, la pression des écologistes américains et de l’EPA poussera l’industrie à investir dans des améliorations du contrôle des fuites de méthane sur les puits. Les résultats devraient donc s'améliorer avec le temps. Néanmoins, seules des contraintes règlementaires sur les puits existants permettraient de réduire plus significativement les émissions totales de méthane. 

M.A.

Michel Alberganti
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