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Tuerie de Washington: le vrai problème, c'est les médias, pas Twitter

Cécile Dehesdin, mis à jour le 17.09.2013 à 9 h 49

La police de Washington, le 16 septembre 2013. REUTERS/Lucas Jackson

La police de Washington, le 16 septembre 2013. REUTERS/Lucas Jackson

On a souvent écrit et répété qu'en cas de breaking news, comme ce lundi avec la fusillade au Washington Navy Yard, il faut faire attention à ce que l'on trouve sur Twitter: attention aux photos diffusées après les évènements de Trappes (elles n'avaient pas été prises à Trappes), à celles tweetées après la catastrophe ferroviaire de Brétigny-sur-Orge (certaines venaient d'un accident de train en Russie), aux écrits non-vérifiés pendant l'ouragan Sandy (le twitto mentait), etc.

Ce lundi, deux grandes chaînes américaines, NBC et CBS, ont faussement identifié comme étant le suspect décédé une même personne, un lieutenant de la Navy, avant de se rétracter et d'effacer les tweets où cette personne était mentionnée. On se rappellera aussi, au moment des attentats de Boston, de la une du New York Post pointant à tort deux adolescents comme des suspects.

Une bonne occasion de rappeler que si Twitter est un souci en cas de breaking news, ce n'est pas le principal: le problème, c'est les médias.

Comme l'explique Slade Sohmer sur Hypervocal, le problème ne vient pas du medium –qui, certes, permet de diffuser plus rapidement des fausses informations dans ce genre de situations– mais de ce que nous en faisons

La preuve, c'est que le fait que les informations qui paraissent dans les 24 heures qui suivent un évènement majeur sont souvent fausses date d'avant Twitter, Facebook ou Reddit. Slade Sohmer rappelle ainsi que lors de la tuerie de Columbine ou du 11-Septembre, les médias classiques se sont plantés sur un bon nombre d'informations, dont certaines restent des mythes ancrés encore aujourd'hui.

En remontant plus loin encore, en 1912, les Anglais ont reçu de fausses informations via des télégrammes assurant qu'il n'y avait pas de problème sur le Titanic...

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Slade Sohmer ne dit pas qu'il n'y a rien à faire par rapport à Twitter, qui reste après tout un amplificateur des fausses informations, et suggère de travailler sur des systèmes qui permettent de tweeter et diffuser des rétractations aussi facilement et efficacement que des fausses informations.

Mais, comme l'assénait sur Slate.com Farhad Manjoo après les attentats de Boston, les breaking news sont cassées:

«Ne faisons pas de distinction par medium. C'est bête de dire que Twitter est une meilleure manière de suivre les breaking news que CNN, ou vice-versa. Le vrai problème, c'est que Twitter et CNN dépendent désormais de technologies qui permettent de suivre des évènements brûlants de trop près.

Nous avons accès à des infos bien plus vite que nous pouvons les analyser, à travers des photos prises sur des smartphones, des témoins trouvés sur les réseaux sociaux, et des sources officielles douteuses comme les fréquences radio de la police. La vraie vie évolue bien plus lentement que ces technologies. Il y a un temps entre les faits et leur compréhension, entre trouver des images en ligne et comprendre comment elles s'insèrent dans une histoire. Et ce qui remplit cet espace n'est que de la spéculation.»

Sa conclusion? Au prochain gros évènement de ce type, assurez-vous que votre télévision est bien éteinte, supprimez votre application Twitter, éloignez-vous de vos emails et débranchez Internet. Allez faire un tour, allez vous coucher. 

«Le lendemain, allez sur la page d'accueil de votre journal préféré. Passez environ 10 minutes à lire deux articles qui détaillent les évènements du jour. Et voilà: vous savez désormais tout ce que vos amis qui ont passé la journée précédente à devenir dingue sur Twitter et devant la télé savent. En fait, vous êtes mieux informés qu'eux, parce que durant votre exil du monde de l'info, vous n'êtes pas tombé dans un des nombreux culs de sac de la désinformation.»

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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