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La «cyberguerre» n'existe pas

Grégoire Fleurot, mis à jour le 16.09.2013 à 16 h 20

Macro Computer Circuit Board #3/ Randy Pertiet via Flickr licence CC BY 2.0

Macro Computer Circuit Board #3/ Randy Pertiet via Flickr licence CC BY 2.0

La guerre ne se déroulera bientôt plus au sol, dans les airs ou sur les mers mais dans le cyberespace. Cette prédiction, vous l’avez sans doute entendue à de nombreuses reprises (y compris ici-même) au cours des dernières années, voire décennies, et elle est déjà en quelque sorte réalité: le gouvernement américain dépense 4,3 milliards de dollars (3,2 milliards d’euros) par an en «cyberopérations», et aurait mené 231 opérations «offensives» en 2011.

Pourtant, nous ne sommes pas près de connaître une véritable guerre dans le cyberespace selon Thomas Rid, chercheur en War Studies au King’s College de Londres et auteur de Cyber War Will Not Happen. Rid avait déjà expliqué l’année dernière dans les colonnes de Foreign Policy pourquoi, selon lui, «aujourd’hui, la cyberguerre tient plus du battage médiatique que du risque véritable».

La semaine dernière, il a étoffé son argumentaire dans un passionnant article paru sur le site du magazine britannique New Scientist. Rid y explique qu’une attaque informatique nécessiterait trois paramètres pour être qualifiée d’acte de guerre: elle doit être violente («si elle ne peut pas faire de mal ou tuer, cela n’est pas de la guerre»), instrumentale (le but de la guerre est généralement de forcer une autre partie à faire quelque chose qu’elle ne veut pas faire) et politique (une des parties dit «Si vous ne faites pas X, on vous attaque»).

Or, aucune cyberattaque n’a jamais réuni ces trois critères, et très peu arrivent même à en réunir un seul:

«Si nous parlons de la guerre, la vraie et non une métaphore du type "la guerre contre la drogue", alors la cyberguerre n’a jamais eu lieu, n’est pas en cours, et semble peu probable dans le futur.»

Rid explique que les cyberattaques peuvent en revanche être classées en trois catégories bien distinctes. Le sabotage, qui vise surtout les systèmes de contrôle industriels dans des domaines sensibles, est bien plus difficile à mettre en œuvre qu’on ne le lit souvent.

L’espionnage, dont l’actualité récente a montré qu’il pouvait prendre une ampleur sans précédent grâce à Internet. Et enfin la subversion, qui consiste à «utiliser les réseaux sociaux et d’autres services Internet pour saper une autorité établie».

Si le concept de «cyberguerre» ne se vérifie pas dans les faits, Rid va plus loin, et explique qu’il induit en erreur, brouille les débats, est irrespectueux envers ceux qui risquent leur vie sur le front et peut même être utilisé pour justifier un contrôle plus sévère de l’Internet. Et de conclure:

«Les armées doivent se concentrer sur les vraies guerres du futur. C’est déjà assez difficile. Ne militarisons pas la lutte pour la liberté d’expression et pour un Internet libre d’aujourd’hui.»

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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