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Journées européennes du patrimoine: Courez visiter la soufflerie Eiffel!

Michel Alberganti, mis à jour le 18.09.2013 à 10 h 10

Les Journées européennes du patrimoine qui se tiennent les 14 et 15 septembre 2013 dans toute la France sont l'occasion unique de découvrir, à Paris, un fleuron de l'histoire de notre industrie. Un fossile vivant de l'époque des inventeurs du XIXe siècle.

L'entrée d'air de la soufflerie Eiffel, à Paris. Photo: Michel Alberganti

L'entrée d'air de la soufflerie Eiffel, à Paris. Photo: Michel Alberganti

Au lieu de poireauter pendant des heures sous un ciel gris-automne pour vous ébahir devant les ors d’un ministère ou autre palais de la République, tentez plutôt une découverte tout à fait extraordinaire, celle d’un fossile vivant, d’un éclair de génie, d’une relique des temps glorieux de l’industrie française. Pendant les deux Journées européennes du patrimoine, les 14 et 15 septembre, fuyez le faste et l’apparat néo-monarchique pour un bain d’inventivité, d’innovation technologique et d’esprit d’entreprise.

De quoi retrouver un peu d’espoir au moment où une injection de 3,5 milliards d’euros est censée provoquer un électrochoc sur le corps de plus en plus inanimé de l’industrie française. Si tout n’est pas perdu, c’est peut-être parce qu’il existe quelque part des hommes capables de rêver et de réaliser leurs rêves.

Des hommes comme Gustave Eiffel, par exemple. C’est lui qui, en 1911, a construit une soufflerie en plein village d’Auteuil. Aujourd’hui, le bâtiment se trouve au cœur du 16e arrondissement, près du métro Exelmans. Il est toujours là, résistant à la pression immobilière environnante. Et surtout, les machines qu’il masque aux yeux des passants de la rue Boileau fonctionnent toujours. Pas pour épater des visiteurs de musée mais bien pour répondre aux besoins de véritables clients industriels.


Le ventilateur et la gaine d'air de la soufflerie Eiffel - Photo: Michel Alberganti

Une telle installation est probablement unique en France et, peut-être, au delà. Plus de 100 ans après sa construction, la soufflerie Eiffel conserve l’essentiel de ses pièces d’origines. Son ventilateur de 2 mètres de diamètre, sa veine d’air en toile d’aile d’avion, son entrainement par courroie...  

Lorsqu’il se lance dans la construction de cette soufflerie, Gustave Eiffel a 79 ans et le constructeur de la Tour qui porte son nom n’a plus grand chose à prouver. Pourtant, cet ingénieur centralien n’a guère de goût pour la retraite. Après avoir prouvé, en 1889, que l’on pouvait construire une structure en métal de 300 mètres de haut, il se passionne pour un autre défi de son époque: l’aviation.

Les premiers avions ignoraient à peu près tout de l’aérodynamisme. D’où les multiples accidents souvent mortels pour les pilotes. Pour améliorer sans risque le profil des hélices ou des ailes, seuls des essais en soufflerie étaient possibles. Malgré les progrès de l’informatique et de la simulation, ils restent encore aujourd’hui indispensables pour confronter les structures d’avions, d’automobiles ou de bâtiments, de navires et autres ouvrages d’art à la dure réalité du contact avec l’air.


Le ventilateur de 2 mètres de diamètre et la veine où l'air peut atteindre la vitesse de 100 km/h - Photo: Michel Alberganti

«Le vent est mon ennemi», disait Gustave Eiffel malgré la formidable résistance de sa Tour à plus d’un siècle de tempêtes. Pour apprendre à dompter l’invisible, il commence par faire tomber des objets... depuis le deuxième étage de la Tour Eiffel. Ensuite, il construit une première soufflerie sur la Champs de Mars. A la fin de sa concession d’exploitation de son œuvre, il reconstruit l’installation en l’améliorant, à Auteuil.

Après sa mort, en 1923 à 91 ans, le sort de la soufflerie Eiffel ne tient souvent qu’à un fil. L’association qui assure son fonctionnement subit les assauts des promoteurs immobiliers. Pour la sauver, il faut que le Centre scientifique et technique du bâtiment, le CSTB, fasse l’acquisition de la société Aérodynamique Eiffel en 2001.

De l’aveu de son gérant actuel, Benoit Blanchard, la soufflerie Eiffel ne doit sa survie... qu’à sa rentabilité. Jusqu’à la crise économique actuelle, cette dernière s’est maintenue, contre vents et marées. Mais la volonté des hommes qui n’ont cessé de la maintenir en état de marche a également joué un rôle décisif. Dans le bâtiment classé en 1984, on trouve quelques reliques étonnantes comme le tableau électrique en marbre avec ses énormes contacteurs en cuivre dont les étincelles permettaient d’allumer une cigarette...

La soufflerie Eiffel mérite donc largement une visite. Difficile de ne pas ressentir une émotion intense lorsque le ventilateur démarre et que l’on imagine, debout exactement à cet endroit, la présence de Gustave Eiffel, infatigable chercheur de solutions pour relever de nouveaux défis. Et l’on ne peut s’empêcher de se demander si ce n’est pas cela qui nous manque le plus aujourd’hui. Cette force irrépressible du désir d’inventer.

M.A.

(Ré)écoutez l'émission Science publique que j'ai animée sur France Culrure le 13 septembre 2013:

13.09.2013 - Science publique 
Comment la soufflerie de Gustave Eiffel continue-t-elle à fonctionner aujourd'hui ? 54 minutes Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureRecevoir l'émission sur mon mobile

En plein 16ème arrondissement de Paris, la soufflerie construite par Gustave Eiffel en 1911 existe toujours. De plus, elle fonctionne encore et ses services sont utilisés, aujourd'hui, par des clients industriels. La soufflerie Eiffel est visitable pendant les Journées européennes du patrimoine, les 14 et 15 septembre 2013.
Michel Alberganti
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