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Voyager 1 pénètre dans l'espace des étoiles

Michel Alberganti, mis à jour le 14.09.2013 à 0 h 28

Le vaisseau spatial lancé par la Nasa en 1977 est officiellement sorti du système solaire. La sonde est entrée dans l'espace interstellaire que l'homme ne connaissait que grâce aux télescopes.

Les sondes Voyager 1 et 2 situées par rapport à la bulle de l'héliosphère créée par le vent solaire (Nasa/JPL — Caltech).

Les sondes Voyager 1 et 2 situées par rapport à la bulle de l'héliosphère créée par le vent solaire (Nasa/JPL — Caltech).

Peut-on imaginer qu’un objet fabriqué par l’homme se trouve aujourd’hui à 19 milliards de km du Soleil? Si l’on prend comme unité de mesure la distance entre la Terre et son satellite, la Lune, soit environ 400.000 km, la sonde Voyager se situe environ 47.500 fois plus loin.

Considérons plutôt la distance Terre-Soleil, 150 millions de km. Le vaisseau se trouve près de 127 fois plus loin. Il échappe ainsi à l’attraction qui régit les mouvements de tous les corps célestes du système solaire et est entré dans l'espace interstéllaire de la Voie Lactée, notre galaxie.

Le voici libre d’errer vers d’autres étoiles. L’une d’elles le capturera-t-elle? Ou bien continuera-t-il pendant des millénaires son inimaginable croisière? Personne ne peut le prédire sur Terre. Cette Terre dont les hommes peuvent se sentir d’autant plus prisonniers qu’ils viennent de franchir la limite extrême de leur royaume... par procuration.


Vue d'artiste de la sonde Voyager 1 entrant dans l'espace interstellaire (Nasa/JPL — Caltech)

La mission Voyager prend sa source dans les années 1960. Elle a profité de l’euphorie provoquée par les succès de la Nasa sur la Lune, en 1969, et survécu à la crise économique des années 1970. Et il a sans doute fallu batailler ferme pour convaincre le Congrès de dépenser 988 millions de dollars afin de lancer deux sondes de plus de 800 kg chacune pour un voyage de plusieurs dizaines d’années avec pour seul objectif d’aller le plus loin possible.

Chaque sonde emporte néanmoins 100 kg de matériel scientifique. C’est Voyager 2 qui est partie la première, le 5 août 1977. Voyager 1 s’est envolée le 5 septembre. Malgré leur nom, les deux vaisseaux sont assez différents et ont suivi des trajectoires distinctes. Mais leur mission est identique: l’héliopause, la frontière du système solaire.

Cette limite est si lointaine et mal connue que la Nasa se demande depuis août 2012 si Voyager l’a franchie. Un article publié par le magazine Science du 13 septembre 2013 vient de trancher. Il est intitulé: «C’est officiel — Voyager a quitté le système solaire»  et il est signé par un journaliste du magazine, Richard Kerr, qui couvre les sujets concernant l’espace depuis... 1977.  

C’est l’analyse de nouvelles données reçues de la sonde qui permettent aux chercheurs dirigés par Don Gurnett, de l’université d’Iowa, d’affirmer que la frontière est franchie après 36 années de périple de planète en planète, toujours plus loin grâce à une trajectoire astucieuse permettant de tirer le meilleur profit de l’assistance gravitationnelle, source d’économie considérable d’énergie pour les sondes.

«L’équipe de Voyager a eu besoin de temps pour analyser les observations effectuées et les interpréter. Mais maintenant, nous pouvons répondre à la question que nous nous posions tous: "Y sommes-nous? Oui, nous y sommes», a expliqué Ed Stone, membre historique de l’équipe Voyager au Caltech de Pasadena.

En fait, tout est parti de la détection par Voyager 1 d’une augmentation de pression de l’espace interstellaire sur l’héliosphère, la bulle de particules chargées qui entoure le Soleil, au delà des planètes. Dès 2004, les scientifiques ont donc reçu des informations pouvant attester de l’approche ou du franchissement de la frontière du système solaire. Il leur a fallu des années pour en être certains: il faut dire que tout relève de l’inconnu complet dans cette région.

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Cette réussite spectaculaire de la Nasa tombe bien. Son budget ne cesse de diminuer et elle doit se rabattre de plus en plus sur des missions dans la banlieue de la Terre.

Récolter ainsi les fruits d’investissements vieux de près de 40 ans n’est pas la moindre des originalités de l’exploration spatiale. Un peut comme le rover Opportunity sur Mars, les sondes Voyager ont largement dépassé leurs objectifs. Elles ne devaient fonctionner que cinq ans mais leur batterie ne devrait pas s’épuiser avant 2020. Elles ont survolé quatre planètes, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune, et 48 de leurs lunes. Leurs instruments ont récolté une moisson de données sur le système solaire qui font de la mission l’une des plus fructueuses de l’histoire.

A noter que les sondes transportent chacune un disque en or plaqué de cuivre contentant le fameux message de l’humanité au reste de l’univers. Une centaine de photos, des sons naturels et des messages dans 55 langues. Juste au cas où...  

Rejointe par Voyager 2 d’ici 3 ans, Voyager 1 poursuivra son incroyable voyage au delà de nos imaginations. Elle se retrouve dans un espace bien plus vaste que celui qu’elle a quitté. L’étoile la plus proche de la Terre, Proxima du Centaure, se trouve à plus de 4 années-lumière du Soleil, soit environ 40.000 milliards de km. A cette échelle, les 19 milliards de km déjà franchis font pâle figure.

A partir de 2020, les Voyager ne seront plus de des objets morts abandonnés dans un espace infini à l’échelle humaine. Elles se comporteront alors comme des astéroïdes soumis aux attractions lointaines des étoiles et autres exoplanètes. Quand à nous, il nous faudra revenir sur Terre, où nous restons incapables de mettre sur pied une mission habitée vers Mars, à seulement 200 millions de km... Soit 100 fois plus près de nous que ne l’est Voyager aujourd’hui.

M.A.

Michel Alberganti
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