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Malaise dans une conférence de geeks avec une appli sexiste qui encourage le harcèlement

Cécile Dehesdin, mis à jour le 10.09.2013 à 11 h 24

Capture d'écran de la vidéo de présentation de «Titstare»

Capture d'écran de la vidéo de présentation de «Titstare»

A chaque conférence techno, sa triste polémique sexiste. Pour lancer le hackathon du deuxième jour de TechCrunch Disrupt, une conférence du célèbre site spécialisé dans les technologies TechCrunch, deux développeurs australiens ont voulu faire de l'humour en présentant leur –fausse– appli subtilement nommée «Titstare» (matage de seins). 

Le but de Titstare, ont-ils expliqué en gloussant tels des ados débiles: permettre aux hommes de mettre en ligne des photos d'eux en train, donc, de mater des seins (ce qui suppose donc des images où l'on voit et ces hommes, et des femmes ou les seins de femmes qu'ils sont en train de regarder). 

Les deux développeurs à l'origine de cette super blague ont ensuite posté sur Twitter l'exemple même de la non-excuse, celle où quelqu'un s'excuse «s'il a pu offenser certaines personnes», au lieu de s'excuser tout court pour des propos offensants, avec l'éternel «c'était qu'une blague».

TechCrunch a eu une meilleure réaction, expliquant dans un communiqué que l'évènement avait été gâché par deux présentations misogynes (on reviendra à la seconde présentation), ajoutant: 

«Le sexisme est un problème majeur de l'industrie technologique, et nous travaillons dur pour lutter contre dans notre couverture médiatique et via les personnes que nous engageons.»

Chaque proposition de présentation à une conférence TechCrunch sera désormais examinée de près, et «tout type de sexisme ou autre sorte de discours discriminatoire ou dérogatoire ne sera pas autorisé». Le site conclut:

«Vous attendez plus de nous, et nous attendons plus de nous-mêmes. Nous sommes désolés.»

Un peu plus tard dans le hackathon, un autre développeur a présenté une appli qui, en gros, consiste à mesurer le nombre de va-et-vient nécessaires pour qu'une masturbation arrive à son terme. C'est cette «deuxième présentation misogyne» que TechCrunch a déploré, à tort pour Amanda Marcotte, qui écrit sur Slate.com:

«Voir un mec secouer son téléphone et prétendre qu'il se masturbe n'est pas ce que j'appellerais une présentation intelligente, mais elle n'est pas vraiment misogyne –il n'y a rien d'anti-femmes dans le fait qu'un homme se masturbe. La présentation Titstare, en revanche, était basée sur l'idée que le harcèlement sexuel devait non seulement être célébré comme un rituel de camaraderie masculine, mais que les femmes qui y résistent (comme celles qui n'étaient peut-être pas en train de rire dans le public) sont des rabat-joie qui ne savent pas rester à leur place.»

Le fait de mettre dans le même sac des blagues sur la masturbation et le harcèlement sexuel «renforce l'idée que le problème du harcèlement sexuel vient de la partie sexuelle et pas de la partie harcèlement», estime-t-elle, tout en rappelant que ce genre d'évènements qui continue de se produire aux rassemblements technos «renforcent le stéréotype d'hommes geeks qui ont peur des femmes et se cachent derrière la misogynie pour dissimuler leur vaste manque de confiance sexuelle».

«Lorgner des femmes n'est pas "geek chic". Plus vite les mecs geeks s'en rendront compte et dégageront les sexistes de leurs réseaux, mieux ce sera pour tout le monde.»

C.D.

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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