Santé / Sports

Pour les sportifs de salon, l'essentiel, c'est de gagner

Temps de lecture : 3 min

Assister à la défaite de son équipe favorite rend plus gourmand, plus violent et augmente le risque de violences conjugales ou d'accident de la route.

Les joueurs de Crystal Palace fêtent leur accession en Premier League, le 27 mai 2013. REUTERS/Eddie Keogh.
Les joueurs de Crystal Palace fêtent leur accession en Premier League, le 27 mai 2013. REUTERS/Eddie Keogh.

Si vous êtes fans de foot, qu'il soit américain ou européen, ou plus largement fervent supporter d'une équipe sportive, un bon conseil: soyez pragmatiques et n'hésitez surtout pas, au besoin, à retourner votre veste. Et tant pis si votre conscience de supporter éprouve quelques remords: il en va tout simplement de votre santé et de celle de votre entourage.

Car toutes les études sont formelles: un supporter confronté à la défaite de son équipe, surtout s'il croyait dur comme fer en sa victoire, devient un véritable danger ambulant, pour lui-même et pour les autres.

Perdre fait manger, et mal

Pensez d'abord à votre ligne et à votre coeur, car supporter une équipe qui perd semble provoquer une envie quasi-compulsive de s'empiffrer de produits gras et sucrés extrêmement peu recommandés par le corps médical. Tel est le résultat d'une étude publiée par Pierre Chandon et Yann Cornil, respectivement professeur de marketing et doctorant à l'Insead, dans l'édition d'août de Psychological Science.

Les deux chercheurs ont étudié le comportement alimentaire de supporters le jour suivant des matchs de la NFL, la ligue de football américaine. Résultat: le lendemain d'un match important, les fans de l'équipe perdante consomment 16% plus de graisses saturées et 10% plus de calories que d'habitude, alors que les supporters de l'équipe gagnante ingurgitent 9% de graisses saturées en moins et 5% moins de calories.

Ces pertes de repères alimentaires sont d'autant plus marquées que l'issue du match a été inattendue et très serrée, notent les auteurs. Explication avancée: ceux qui gagnent se sentent plus de responsabilités, y compris dans leur comportement alimentaire, alors que ceux qui perdent éprouvent un besoin de réconfort que peut leur apporter la nourriture.

Si vous rechignez à retourner votre veste, les chercheurs ont un conseil: dans ces moments de désespoir footballistiques, écrivez noir sur blanc les choses importantes pour vous dans la vie, —cela aide, paraît-il, à résister aux fringales. Les deux chercheurs verraient bien aussi les producteurs locaux mettre au point des aliments «spécial défaite», de nature à consoler le supporter défait en lui donnant l'occasion de marquer par son achat (diététique) son attachement local.

Perdre rend violent

Plus grave: les supporters des équipes perdantes ont plus souvent tendance à se montrer violents à l'égard de leur famille, et particulièrement de leur compagne. Une étude publiée en 2011 par David Card et Gordon B. Dahl, des universités de Berkeley et San Diego, montrait ainsi une augmentation de 10% des gestes de violence des hommes à l'égard de leur compagne lorsqu'ils soutenaient une équipe de la NFL dont la victoire annoncée s'était transformée en défaite.

Une augmentation équivalente aux pics de violence domestiques notés lors des grandes chaleurs, mais trois fois moindre cependant que lors des grands événements (Saint-Sylvestre, fête nationale, etc...). Les défaites prévisibles, ou les victoires, en revanche, n'avaient aucune incidence significative. Autrement dit, avant un match, mieux vaut partir perdant: le risque d'être déçu sera moindre, comme les violences qui s'ensuivront!

Cardiaques s'abstenir

Voir son équipe perdre peut provoquer des infarctus, et ce n'est pas un mythe. En Angleterre, le risque d'être admis en urgence pour un infarctus du myocarde s'est révélé 25% plus élevé que d'habitude le 30 juin 1998, jour du huitième de finale de Coupe du monde Angleterre-Argentine (gagné par l'Argentine aux tirs au but) et les deux jours suivants. En 2006, les hopitaux allemands notaient également des pics d'affluence pour accidents cardiaques juste après les matchs de l'équipe nationale.

A Los Angeles, le taux de mortalité total et le taux de mortalité par accident cardiaque ont augmenté après la défaite au Super Bowl en 1980, alors qu'ils ont diminué après la victoire en 1984. Et ce, quel que soit l'âge ou le sexe (malgré l'aspect très masculin de ce sport, les auteurs avancent que les femmes «victimes» d'un accident cardiaque auraient subi le contrecoup de l'émotion de leur compagnon), même si le risque était beaucoup accru chez les plus de 65 ans.

Supporter ou conduire, il faut choisir

Les chiffres sont impressionnants: sur une période de 27 ans (1975-2001), des chercheurs ont trouvé que les accidents mortels sur la route augmentaient de 41% dans les instants suivant la retransmission télévisée du SuperBowl. Soit 189 décès de plus pour chacun des 27 dimanches considérés et une augmentation supérieure à celle constatée lors des réveillons du Nouvel An.

Aucun doute: l'effet «Super Bowl» joue à plein, puisque l'accidentalité avant la retransmission est tout à fait similaire à celle d'un dimanche normal, et baisse même un chouïa pendant le match. Et bien entendu, cette augmentation de la mortalité a été calculée en prenant en compte une éventuelle augmentation du trafic, etc.

Les accidents non mortels augmentent eux aussi de façon significative, et là encore, on note une corrélation entre la défaite de l'équipe et le taux d'accidents: ainsi, le Colorado est l'Etat qui a encaissé le plus de défaites et son taux d'accidents a progressé de 147% sur neuf années prises en compte. La Californie s'est montrée la plus brillante et son taux d'accidents n'a pas bougé.

A noter enfin qu'il semble que même la Bourse subisse les contrecoups des défaites. A se demander s'il ne vaut pas mieux faire du sport plutôt que de simplement le contempler....

Catherine Bernard

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Merci à Yann Cornil, qui a eu la gentillesse de nous communiquer les références de nombreuses études sur le sujet.

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