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C'était comment, votre première gorgée de whisky?

Christine Lambert, mis à jour le 07.09.2013 à 8 h 53

Un jour, enfin, vous goûtez le whisky qui vous a fait aimer le whisky. Vous souvenez-vous de cette bouteille?

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Vous souvenez-vous de la première fois? Pas la toute, toute première fois, non: l’autre, cette première fois qui vous transporta ailleurs, loin, très loin, haut, très haut. Soudain le choc, une porte qui se dérobe pour révéler un infini de sensations, l’étourdissement qui vous saisit à sentir sur la langue le goût de péché. Vous souvenez-vous de la première fois où vous avez aimé le whisky?

Tous les amateurs portent en eux une bouteille initiatique qui les a révélés au whisky. Oublié le bourbon de papa lapé dans une grimace;  oublié les blends des années de fac qui troublaient le Coca quand il n’y avait plus de vodka. Oubliée l’idée qu’on détestait le whisky: les seules personnes qui n’aiment pas le whisky, ai-je compris plus tard, sont celles qui n’ont pas encore rencontré la bonne bouteille.

Ma première fois à moi, ce fut un Glenlivet, et je crois bien que j’ai oublié son prénom âge. Rien d’extravagant, sans doute un 12 ans, mais un 12 ans plein d’expérience, embrassé du bout des lèvres puis à pleine bouche sur la banquette d’un bar crypto-branché sobrement tendu d’imprimés léopard et panthère. Ce que je n’ai plus jamais oublié, en revanche, c’est sa sublime piqûre, sa douce brûlure, l’éveil des sens à mesure que l’eau de vie trouvait son chemin.

Glenlivet garde depuis ce jour une place à part à mes yeux. C’est cette vieille distillerie du Speyside qui m’a appris à aimer les autres whiskies, parfois même à les préférer. Mon repère. Mon souvenir inaltérable. Alors quand, dans des limbes de mystère, Glenlivet a mis sur le marché l’Alpha, à la fin du mois de mai, je m’attendais à être bousculée – l’habitude. Ce sont les autres qui ont été surpris. Vous, peut-être?

Chocking! Le single malt jaillit d’une élégante bouteille au long col de cygne, patinée d’un noir mat qui sied d’ordinaire aux portos, dissimulant son jus. Pire, il fut lancé sans notes de dégustation, ces antisèches qui disent aux journalistes quoi penser du whisky («nez d’herbes fraîches, bouche ronde, avec une bouffée d’agrumes, finale persistante», vous voyez), mais avec un teasing sur les réseaux sociaux. Et sans aucune information sur son âge ni son mode d’élaboration, en série très limitée de 3.300 bouteilles (240 pour la France), à un prix de 90 euros. Les puristes ont gémi: marketing… buzz… branchitude… c’était mieux avant…

Le bruit s’est calmé. On peut désormais pleinement apprécier cette bouteille bien de son temps, son nez vif d’agrumes vanillées et fruitée, son palais crémeux et velouté, sa finale poivrée, sa silhouette de whisky moderne – si tant est que ce mot signifie encore quelque chose. Les single malts n’ont plus le temps de vieillir en quantité suffisante, et les vieux scotchs viennent donc prêter main forte aux plus jeunes dans des mariages qui n’ont plus d’âge mais qui, parfois, se disent oui pour le meilleur.

Trois mois après sa sortie, il faudra fouiner patiemment pour mettre la main sur une bouteille d’Alpha (ce que j’ai fait: à Paris, il en reste quelques-unes au Drugstore Publicis). Mais on pourra faire plus que se consoler avec le Nadurra 16 ans, sorti il y a deux ans, un très beau brut de fût qui titre à 55° (moins de 60 euros) – et qui enregistre des progressions de ventes supérieures à 20%. Quant à moi, peut-être me resservirai-je un verre de 12 ans, et vous saurez désormais pourquoi.

• Glenlivet Alpha, 50%, 90 euros.

Christine Lambert

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