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Nos convictions politiques nous empêchent de raisonner

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 06.09.2013 à 11 h 10

Notre engagement idéologique peut interférer avec nos capacités de raisonnement, selon une étude récente de Dan Kahan, professeur de droit à Yale et ses collègues. Et quand ce raisonnement implique des sujets controversés, même —et surtout— les forts en maths ont tendance à se laisser distraire par leurs croyances politiques, écrit le site Salon.

Pour le démontrer, les chercheurs ont soumis un problème à résoudre à plus de mille participants auxquels ils avaient auparavant demandé quelles étaient leurs opinions politiques, détaille le site Mother Jones. Deux versions d’une même étude scientifique fictive leur étaient alors présentées; l’une concernait l’efficacité d’une nouvelle crème pour traiter les rougeurs de la peau, l’autre l’efficacité d’une loi interdisant aux citoyens de porter des armes de poing dans l’espace public.

On peut voir ci-dessous l’énoncé du problème, qui est en l’occurrence assez difficile à résoudre: comparer les chiffres du premier coup d’œil ne suffit pas, il faut calculer un ratio bénéfices/risques.

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Tiré de Motivated Numeracy and Enlightened Self-Government. Via Mother Jones

La bonne réponse, c'est que l'utilisation de la crème a en fait tendance à aggraver les rougeurs… Les mêmes chiffres sont montrés à un autre groupe, mais cette fois ils correspondent à l’amélioration et à l’aggravation du taux de criminalité dans les villes qui ont passé la loi d’interdiction des armes.

Dans la version où la loi qui interdit les armes à feu donne des résultats positifs sur la sécurité, les gens de gauche répondent justes. Quand dans une autre version du problème, les valeurs sont inversées, ils se trompent plus souvent. Et l’opposé est vrai pour les conservateurs…

Ces résultats réfutent fondamentalement l’idée selon laquelle la connaissance accroit la capacité à juger d’un résultat scientifique sur un sujet polémique: criminalité, changement climatique, vaccination, etc., poursuit Mother Jones.

Au contraire, estime Kahan: le biais politique est puissant, et il l’est d’autant plus que les participants sont diplomés… Quand les résultats correspondent à leur point de vue, ils font plus d’efforts et s’orientent vers les bonnes réponses. Quand ces bons résultats vont dans le sens inverse de leurs croyances à priori, ils ont tendance à se laisser berner.

La phrase de David Hume selon laquelle «la raison est l'esclave des passions» est donc merveilleusement démontrée par cette nouvelle étude.

Jean-Laurent Cassely
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Journaliste
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