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A Fukushima, le cauchemar de l'eau radioactive s'aggrave encore

Michel Alberganti, mis à jour le 04.09.2013 à 11 h 55

Le ministre de l'industrie et du commerce,  Toshimitsu Motegi, que l'on reconnaît à gauche, visite les réservoirs de stockage de l'eau radioactive dans la centrale de Fukushima Daiichi. REUTERS.

Le ministre de l'industrie et du commerce, Toshimitsu Motegi, que l'on reconnaît à gauche, visite les réservoirs de stockage de l'eau radioactive dans la centrale de Fukushima Daiichi. REUTERS.

Tandis que le nombre de réservoirs de stockage de l’eau radioactive ne cesse d’augmenter autour de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, la maîtrise de leur étanchéité semble de plus en plus délicate pour l’opérateur Tepco. Ainsi, des niveaux très élevés de radioactivité viennent d’être relevés dans quatre zones au sein des lieux de stockage.

Tepco a indiqué, samedi 31 août, avoir détecté la valeur de 1800 millisieverts par heure, un débit 36 fois supérieur à celui qui conduit à la limite fixée pour une année (50 millisieverts en situation normale) et capable de tuer un être humain en 4 heures, selon l’opérateur. Ce niveau de radiation est 18 fois supérieur à celui qui avait été mesuré le 22 août 2013 près du même réservoir. Dans une autre zone, ce sont 230 millisieverts par heure qui ont été enregistrés sous un tuyau de liaison entre deux réservoirs.

Déjà, le 20 août 2013, une fuite avait déversé 300 tonnes d’eau radioactive dans la mer. Aujourd’hui, Tepco déclare n’avoir enregistré aucun changement dans le niveau de remplissage des quelque 900 réservoirs actuellement installé près des réacteurs. L’opérateur déclare qu’il va vérifier si de l’eau contaminée a atteint l’océan.

Ces nouvelles alertes, plus de deux ans après la catastrophe du 11 mars 2011, posent, une fois de plus, la question de la capacité de contrôle de la situation par Tepco. Les images diffusées par la NHK montrent des sacs de sables qui tentent de retenir les fuites d’eau provenant des énormes réservoirs de stockage (11 mètres de hauteur, 12 mètres de diamètre).  Un bricolage qui se traduit également par des injections de résine dans le sol pour tenter de colmater les fuites.

Le plus inexplicable dans la stratégie japonaise est sans doute d’avoir décidé de laisser Tepco gérer une situation qui dépasse, à l’évidence, les capacités de cette entreprise privée. Une nationalisation totale ou une réquisition de la centrale nucléaire aurait sans doute permis de déployer d’autres moyens pour rétablir le contrôle de l’installation dévastée par le tsunami et dont les circuits fermés de refroidissement n’ont, visiblement, pas été remis en état.

Dès lors, l’eau s’accumule, ce qui signifie que les équipements de décontamination mis en œuvre sont insuffisants pour prendre en charge les énormes quantités (5 m3 par heure) nécessaires au refroidissement des cœurs en fusion et des piscines de stockage du combustible. Seuls 300 m3 par jour sont traités alors que 700 m3 d’eau contaminée sont produits, comme l’a indiqué Jérôme Joly, directeur général adjoint de l'Institut de radioprotection et de sureté nucléaire (IRSN), dans une interview au Monde le 21 août.

Ainsi, faute de moyens industriels et de décisions politiques, les fuites d’eau radioactive de la centrale de Fukushima vont continuer à polluer l’océan pendant des mois ou des années.

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