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Quand un dingue de whisky rencontre un fou de scotch, qu’est-ce qu’ils se racontent?

Christine Lambert, mis à jour le 26.09.2013 à 21 h 54

Retrouvez tous nos articles whisky dans notre dossier La Soif du malt.

Le week-end du 28-29 septembre, à l’occasion du 10e Whisky Live, dont Slate sera partenaire, Paris comptera une densité de «malt addicts» au mètre carré à faire pâlir un pub écossais bondé.

Mais, au fait, pourquoi y aller? Petite visite guidée.

1. Déguster

On est entre nous, on ne va pas se mentir: le premier objectif quand on visite un Salon de dégustation, c’est de… déguster, pas de prendre l’air. Et, cela tombe bien, le Whisky Live Paris est l’un des plus grands salons consacrés aux spiritueux, derrière les Whisky Live de Shanghai ou Taïwan, et au même titre que ceux de New York, Londres ou Tokyo.

Pour cette 10e édition, plus de 70 marques et distilleries —et autant d’autres spiritueux— se réuniront sur trois étages et plus de 700 m2 à la Maison de la Mutualité (près de l’église Saint-Nicolas du-Chardonnet, pour ceux qui voudront expier en sortant): un gigantesque open bar où l’on tutoie les anges et les dives bouteilles.

Exploration no limit garantie, mais à ceux qui se poseraient la question: non, vous ne pourrez pas tout goûter. Un conseil: repérez bien la liste des exposants dans le programme et soyez hyper sélectif dans vos haltes aux stands pour en profiter pleinement.

2. Echanger avec de drôles de zèbres

Même dans un bar surpeuplé ou sur un forum internet dédié, jamais vous n’aurez plus belle occasion de rencontrer autant de maniaques du malt au mètre carré pour échanger autour de votre passion commune. Mieux: vous pourrez croiser au détour de certains stands bon nombre de personnalités qui «font» le whisky, maîtres distillateurs ou blenders, patrons de micro-distilleries, ainsi qu’une belle brochette d’icônes atypiques du milieu.

Au hasard, Jim Swan, l’un des consultants les plus demandés, l’homme derrière les distilleries de Penderyn (Pays de Galles), Kilchoman (Ecosse) ou Kavalan (Taïwan), Dave Broom, l’une des plus belles plumes et immense connaisseur du whisky, Simon Difford, le maître de cérémonie du cocktail, Luca Gargano, l’importateur/négociant/journaliste/aventurier/photographe/écrivain, Richard Paterson, dit The Nose, l’artiste derrière Whyte & Mackay et Dalmore, Jacques Génin, le grand pâtissier féru de whiskies japonais qui, après son baba au Nikka, veut «scotcher» les sorbets… C’est le moment d’aller à leur rencontre, de les interroger. Ne soyez pas timides!

3. Comprendre que le whisky n’est pas toujours écossais

Ni irlandais, américain ou japonais. Les quatre grands producteurs se font désormais chatouiller les douelles avec talent par une multitude de distilleries du «Nouveau Monde» —dans le whisky s’entend. Cette année, la sensation du Salon nous vient de Taïwan: la distillerie Kavalan, cinq ans seulement après avoir commercialisé ses premières bouteilles, fait vibrer les curieux et s’annonce comme un acteur majeur du futur.

L’Australie ne produit pas que des acteurs canons et des koalas: venez découvrir les jolis whiskies tasmaniens —une quinzaine de distilleries ont poussé précisément sur cette île— de Hellyers Road et Sullivan Cove. Et risquez-vous dans un petit tour de France: de la Bretagne (Armorik et Eddu) aux Alpes (le Domaine des Hautes-Glaces) en passant par l’Alsace (Uberach) et la Lorraine (G. Rozelieures), vous ferez de belles découvertes au détour de quelques… comment dire… bizarreries, auxquelles vous trouverez peut-être un goût de pomme ou de mirabelle!

4. Découvrir les nouveautés avant tout le monde

«Jamais il n’y aura eu autant de nouveautés présentées au Whisky Live», promet Thierry Benitah, le patron de la Maison du whisky, organisateur de l’événement depuis ses origines. Laissons-lui la parole:

«Tormore lance en exclusivité son 14 ans et son 16 ans sur le stand, le taïwanais Kavalan dévoilera pour la première fois l’intégralité de sa gamme en présence de Jim Swan, des jeunes Néo-Zélandais présenteront Willow Bank, le “nouveau whisky en voie de disparition” venu de leur île, et dont ils ont racheté les stocks après la fermeture de la distillerie.»

Quoi d’autre? «Les Bretons d’Eddu, le seul whisky de blé noir, reviennent avec deux nouveautés, dont une affinée en fûts de chêne de la forêt de Brocéliande.» Merlin, sors de ce fût! «Ah, en avant-première, nous sera présenté un rye californien en série ultra-limité, le 1512 Spirits —ou le Sonoma County Rye: c’est tellement en avant-première qu’ils hésitent encore sur le nom à coller sur l’étiquette!», se marre Thierry Benitah.

Au rayon des curiosités, n’oublions pas la micro-distillerie italienne à suivre, Puni, pour le moment plus connue pour son architecture futuriste (un cube rouge posé dans la nature), Amrut et ses bluffants single malt indiens dont nous vous avons parlé ici, et la suite des expérimentations du Domaine des Hautes-Glaces, qui a planté ses alambics et ses céréales bio sur les flancs des Alpes.

5. Apprendre (on n’est pas là pour s’amuser, non mais!)

L’une des grandes aventures du Whisky Live, ce sont les séminaires et les ateliers master class (attention, l’accès est payant et le nombre des places limité), une quarantaine au total, pour parfaire ses connaissances. Le programme n’est pas encore définitif, mais nous pouvons d’ores et déjà vous en dévoiler une partie.

Dave Broom, le troubadour des alambics, animera un séminaire sur «le sel dans le whisky» et Richard Paterson assurera celui sur Dalmore (préparez-vous à un grand numéro de théâtre). Fred Laing donnera une conférence sur la relance de Douglas Laing («Comme c’est le dernier négociant à posséder du Port-Ellen, on peut toujours rêver à une dégustation», fantasme Thierry Benitah) et Morrison-Bowmore arbitrera le match Japon vs Ecosse.

Pièces de choix dans le menu: un atelier dégustation de Karuizawa, le Macallan japonais, distillerie devenue culte depuis sa fermeture, avec des embouteillages des années 70 et 80, une dégustation de Chichibu, la dernière-née au pays du Soleil-Levant, et une présentation du Benromach 10 ans à travers les âges. Vous n’aviez pas l’intention de partir si vite? Prévoyez la journée.

6. Franchir la quatrième dimension en live

Le whisky, c’est une sensation, un frisson venu des tréfonds de l’âme des hommes. Une expérience majuscule. Pour son dixième anniversaire, le Whisky Live tenait à rappeler combien cette eau de vie méritait d’aller «au-delà de la dégustation» —Beyond Testing, clame l’affiche.

Un chai du négociant Signatory Vintage, qui possède l’un des plus beaux eldorados de fûts, a été recréé à la «Mutu», et l’on y dégustera des tirages spéciaux, des scotchs tirés de la barrique, non filtrés, et qui ne seront vraisemblablement jamais commercialisés tels quels. L’insoutenable plaisir de l’éphémère…

Au dernier étage trônera une réplique exacte du Please Don’t Tell, le premier speakeasy new-yorkais, ces bars cachés qui ont fleuri sous la Prohibition. Aujourd’hui encore, les initiés y accèdent en traversant une baraque à hot-dogs pour atteindre la cabine téléphonique au fond, et en composant le numéro de téléphone qui fait s’ouvrir une porte dérobée. Pour vivre heureux, buvons cachés.

7. Apprécier le temps qui s’écoule

Dix ans, l’heure du bilan. Le whisky a sans doute davantage évolué cette dernière décennie qu’en plusieurs siècles d’existence. «Il a suivi l’évolution du monde, commente Thierry Benitah, observateur privilégié du haut de ses activités de commerçant et —c’est moins connu— d’importateur et de négociant. Il s’est globalisé, standardisé, on retrouve les mêmes produits partout. Les goûts se sont uniformisés. On parle moins de distilleries et plus de marques. Le marché est devenu moins excitant, par la volonté des producteurs, qui recherchent la constance pour optimiser les retours sur investissement, alors que nous, les passionnés, recherchons l’inverse!»

Mais, parallèlement à ce constat doux-amer, le marché a explosé partout dans le monde. Et de belles découvertes ont surgi:

«Les whiskies japonais ont fait une percée spectaculaire ces dix dernières années, avec une croissance à deux ou trois chiffres qui ne se dément pas. Enfin, les produits hors normes et très chers se sont mis à progresser à un rythme de folie, y compris en France.»

8. Voir l'avenir au fond du verre

A quoi peut-on s’attendre dans les dix prochaines années? «A une explosion de nombre de distilleries, prévient Thierry Benitah. Ça a commencé: tout le monde fait du whisky aujourd’hui! Les géants s’agrandissent, et les micro-distilleries surgissent partout.»

Autre évolution appelée à se poursuivre, le rajeunissement de l’eau de vie. Pour faire face à la demande et à la fonte de leurs stocks, les distilleries n’ont plus le temps de laisser vieillir leur production, d’où la suppression progressive des mentions d’âge sur l’étiquette. «Je suis certain qu’un bon nombre des single malts mis sur le marché en ce moment n’ont pas plus de trois ou quatre ans, jure Thierry Benitah. Je pense d’ailleurs que l’assouplissement de la législation qui oblige les whiskies à vieillir au moins trois ans est inévitable. Pour le bien de tous, à mon avis

9. Comprendre qu'il n’y a pas que le whisky dans la vie

C’est vrai, quoi, de temps en temps, une pause s’impose. Il n’y a pas que le whisky dans la vie. Il y a aussi le rhum. La vodka. Le gin. Le cognac. Le calvados. L’absinthe. La tequila… Et l’Alka Seltzer.

Christine Lambert

• Whisky Live, les 28 et 29 septembre à La Maison de la Mutualité, 24, rue Saint-Victor, 75005 Paris. Réservations en ligne et renseignements.

Christine Lambert
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