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La Méditerranée, ce n'est pas l'océan, mais ça peut être dangereux

Pamela Duboc, mis à jour le 08.08.2013 à 17 h 11

Les noyades récentes sur les plages de l’Hérault l'ont rappelé. Ce «grand lac d’eau salée» a beau avoir la réputation d'être une mer d'huile, il est capable, au même titre que les océans, de créer vagues et courants. Petite explication.

La Méditerranée peut ressembler à un lac, ici en Italie / Nouhailler via FlickrCC License by

La Méditerranée peut ressembler à un lac, ici en Italie / Nouhailler via FlickrCC License by

Dans l’Hérault, onze personnes ont péri par noyade en un mois. Les nageurs imprudents ont été surpris par une forte houle et des courants importants.

Ce n’est pas le genre de phénomènes auquels s’attendent généralement les amateurs de la mer Méditerranée. Ne subissant ni les marées, ni les courants forts qui y sont liés, elle ferait plutôt figure de mer de tranquillité.

Pourtant, les barres-baïnes, bien connues de ceux qui fréquentent la côte Atlantique sont également présentes en Méditerranée. Nées du déferlement des vagues sur la plage, elles peuvent devenir dangereuses lorsque ces dernières sont grosses.

Ainsi, les victimes ont eu affaire à une houle de sud-est issue d’orages en haute mer. Olivier Kimmoun, océanographe de l’Ecole centrale de Marseille, estime qu’un coup de vent d’est violent a pu former des vagues de 6 mètres au large des côtes narbonnaises. Cette houle, en déferlant sur le littoral de l’Hérault, a pu engendrer des courants d’un à deux nœuds (1,8 à 3,6 km/h). Un nageur moyen ne dépassant pas un demi à un nœud, le danger est évident. Un peu moins pour Laure Manaudou, qui atteint plus de trois nœuds (pour une durée limitée, cependant).

En Méditerranée, les baïnes sont, comme ailleurs, à craindre. Mais lorsqu’il n’y a pas de vagues, il n’y a pas de courants. Et lorsqu’il n’y pas de vent, il n’y a pas de vagues.

Contrairement aux côtes océaniques, qui peuvent recevoir des houles ayant voyagé sur des milliers de kilomètres, la Méditerranée produit ses vagues localement.

La houle, ce mouvement ondulatoire d’une surface d’eau, n’est pas un déplacement de matière, mais d’énergie.

En observant des mouettes flottant à la surface de l’eau, vous verrez qu’elles n’avancent ni ne reculent, mais se déplacent verticalement, au passage de l’onde.

L'onde qui passe sous elles est proche d'une sinusoïde, comme celle représentée par l'artiste Erdal Inci dans le gif ci-dessous:

Self as sine wave, 2012

L'énergie de la houle est «donnée» à la mer par le vent. Les frottements génèrent d’abord des rides, comme celles que vous observeriez en soufflant sur de la soupe pour la refroidir. Cette apparence moins lisse de la surface d’eau offre à son tour plus de résistance au vent, engrangeant plus de frottements. Les rides deviennent des vaguelettes. Un vent de tempête fera grandir les vagues d’une mer agitée jusqu’à plusieurs mètres de hauteur.

Lorsque le vent retombe, le chahut des vagues ne s’arrête pas pour autant. L’énergie qui leur a été transférée par la tempête ne se dissipe presque pas. Les vagues se déplacent à présent librement: elles ne sont plus poussées par le vent. Il s’agit de la houle, capable de voyager très loin.

En 1957 déjà, l’océanographe Walter Munk retrouvait dans l’Océan Indien l’origine de vagues frappant l’île Guadalupe, à 240 km de la côte ouest mexicaine. La houle avait voyagé depuis un orage, à 15.000 km de là. L’événement est loin d’être exceptionnel. Gavin Pretor-Pinney rappelle dans son livre The Wavewatcher’s Companion que les océanographes mesurent des houles se déplaçant de l’Antarctique jusqu’à Hawaii, en passant par la Nouvelle-Zélande. Après deux semaines de voyage, les dernières ondulations peuvent être retrouvées en Alaska.

Le bassin méditerranéen ne peut recevoir de houles extérieures, bien incapables de passer le détroit de Gibraltar. Olivier Kimmoun explique qu’en Méditerranée, «houle et mer de vent sont confondues». Les ondulations d’une mer de vent sont créées par le vent qui règne au lieu et à l’heure de l’observation, contrairement à la houle, qui se déplace indépendemment du vent qui l’a formée.

D'ailleurs, des vagues peuvent être formées de la même manière sur des lacs d'eau douce. Ces derniers étant moins étendus, il sera cependant plus difficile de générer de grandes turbulences. La hauteur des vagues est en effet fonction de la vitesse, mais aussi de la distance d’action (le fetch) du vent.

La Méditerranée n’est donc pas aussi paisible qu’on voudrait le croire. La houle de sud-est qui a frappé les côtes de l’Hérault génère également une vague casse-bateaux plus au large.

En 2010, au large du cap de Bagur en Catalogne, sur la Costa Brava, trois vagues «scélérates» de plus de 8 mètres avaient ainsi frappé le bateau de croisière Louis Majesty, tuant deux personnes. Il faut se méfier de la mer d’huile...

P.D.

Pamela Duboc
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