EconomieEconomie

Cinq choses à savoir sur Jeff Bezos et le Washington Post

Cécile Dehesdin, mis à jour le 06.08.2013 à 17 h 56

Qui est le fondateur d'Amazon? Qu'a-t-il dit sur l'avenir de la presse? La vente du Post est-elle la fin d'une ère? Quels sont les rapports entre e-commerce et e-information?

Jeff Bezos présente le Kindle Paperwhite à Santa Monica le 6 septembre 2012. REUTERS/Gus Ruelas

Jeff Bezos présente le Kindle Paperwhite à Santa Monica le 6 septembre 2012. REUTERS/Gus Ruelas

Jeff Bezos, le milliardaire fondateur et PDG d'Amazon, rachète The Washington Post, l'un des journaux les plus importants aux Etats-Unis.

L'annonce –complètement inattendue– a été faite ce lundi 5 août, et précise qu'Amazon n'a aucun rôle dans le rachat, que Jeff Bezos va personnellement devenir l'unique propriétaire du quotidien d'ici soixante jours.

Voici les cinq infos à savoir sur ce rachat (outre le fait que Slate.fr, dont The Washington Post Company détient une part, n'est pas touché par la vente):

1. «La presse papier sera morte dans 20 ans»

Dans une longue interview au Berliner-Zeitung fin 2012, traduite par TechCrunch Jeff Bezos affirmait:

«Une chose dont je suis certain, c'est qu'il n'y aura plus de journaux papiers dans vingt ans. Peut-être qu'ils seront des objets de luxe qu'on trouvera dans certains hôtels, fournis comme un service extravagant. La presse papier ne sera plus normale d'ici vingt ans.»

Il disait aussi:

«Sur le web, les gens ne paient pas pour l'information, et c'est trop tard pour changer ça.»

Des propos qu'on lit différemment quand on sait que les revenus de la version papier du Washington Post ont diminué de 4% le dernier trimestre, alors que ceux de washingtonpost.com ont augmenté, et que le site du journal a mis en place en mars dernier une version payante (après 20 articles lus dans le mois, vous devez prendre un abonnement pour continuer à lire la production).

2. Jeff Bezos, serial investisseur libertarien démocrate

Ce n'est pas la première fois que le milliardaire investit personnellement, il a même un portefeuille plutôt éclectique.

On y retrouve une horloge censée pouvoir sonner une fois par an pendant 10.000 ans, des participations dans le réseau social Twitter, l'entreprise de véhicules qui concurrence les taxis Uber, le site d'information Business Insider... 

Le mot qui revient souvient dans les portraits du milliardaire est «patient». Farhad Manjoo le décrit ainsi:

«En tant que businessman, Bezos a trois particularités qui le définissent. Il est entièrement concentré sur la satisfaction de ses clients, même si c'est au détriment à court terme de son entreprise. Il est incroyablement patient, prêt à laisser des années à une idée en train de se réaliser avant d'en attendre un retour financier (c'est lié à une autre particularité: sa capacité à convaincre les marchés de lui laisser carte blanche pour faire ce qu'il veut, y compris en se contentant de petits profits indéfiniment). Plus important encore, Bezos est fasciné par les nouveaux business modèles. Il est constamment à la recherche de nouvelles façons de vendre des courses, des services du cloud, des médias, et tout le reste.» 

Dave Weigel s'est plongé dans les donations politiques de Bezos, et note qu'il a la réputation d'être un libertarien légèrement démocrate et qu'il donne plus à des causes qu'à des candidats précis.

3. La vente du Washington Post, la fin d'une ère

The Atlantic explique pourquoi la vente du quotidien est si importante, particulièrement pour une certaine génération de lecteurs:

«Les lecteurs de moins de 40 ans, qui ne connaissent le Post que lors de sa période assiégée, réduisons-les-effectifs-pour-nous-sortir-des-ennuis, peuvent avoir du mal à imaginer le rôle qu'il a un jour eu [...] Le Post se mesurait chaque jour au New York Times au niveau de ses journalistes, de la profondeur et l'étendue de sa couverture, de sa couverture internationale, de sa sophistication, et toutes les autres mesures d'une opération ambitieuse sur le plan national. Les gens qui ont commencé à lire le journal ces douze dernières années ne peuvent probablement pas imaginer cette différence de stature. Mais elle est spectaculaire, et elle est vraie.»

Le magazine espère que l'investissement de Jeff Bezos pourra être comparé à ceux que les Rockefeller, les Carnegie ou les Ford ont fait dans leurs universités et leurs fondations:

«Espérons que c'est ce que signifie cette vente: le début d'une ère où les bénéficiaires de cet Age Doré réinvestissent dans les infrastructures de notre intelligence publique. Nous espérons qu'elle marque un début, parce que nous savons qu'elle marque une fin.»

4. Les liens entre e-commerce et e-information

C'est donc Bezos qui est le propriétaire du Washington Post, et pas son entreprise Amazon. Mais Business Insider –dans lequel Bezos a investi– note qu'il y a de nombreuses similarités entre l'information en ligne et le commerce en ligne: ils peuvent tous deux être infiniment larges et infiniment profonds, puisqu'ils ne sont pas limités par des contraintes d'espace. Ils n'ont pas à choisir de se spécialiser ou d'être généralistes. Les deux business peuvent être très personnalisés, et dans les deux cas il n'est pas nécessaire de dominer tout le marché pour bien s'en sortir.

Business Insider se demande aussi si le roi de l'e-commerce n'envisage pas une certaine complémentarité entre le Washington Post et Amazon. Entre autres parce qu'Amazon est déjà dans le business de la production et de la distribution de contenu, de l'abonnement et des gadgets média.

5. Le début ou la fin des achats de médias par des entreprises technologiques?

En novembre, l'économiste Tyler Cowen prédisait que les entreprises technologiques comme Google, Apple, Amazon, Facebook ou leurs successeurs achèteraient bientôt les maisons d'édition. Mais Matt Yglesias n'est pas sûr que l'achat du Washington Post par Jeff Bezos lui donne raison.

«Après tout, si Bezos avait pensé qu'il était logique pour des grosses entreprises technologiques d'acheter des marques solides de médias, Bezos aurait pu le faire. Mais il n'a délibérément pas fait ça. Il a vendu plein d'actions Amazon et puis il a pris l'argent et il a acheté le journal personnellement.»

C.D.

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte