Ce que l'on disait sur le nuage de Tchernobyl et le risque nucléaire au moment de la catastrophe [VIDEOS]

Pierre Pellerin, directeur du SCPRI, en 1986 sur TF1 - Photo d'écran Youtube

Pierre Pellerin, directeur du SCPRI, en 1986 sur TF1 - Photo d'écran Youtube

Pour comprendre le discours officiel d'aujourd'hui, il n'est pas inutile de revoir celui de 1986.

L'affaire des effets sanitaires sur la Corse du nuage radioactif provenant de la centrale nucléaire de Tchernobyl, dont nous avons rendu compte, ne peut s'apprécier que si l'on conserve en mémoire l'ambiance politique et médiatique de l'époque.

Or, les événements en question datent de 1986, il y a vingt-sept ans... Beaucoup n'étaient pas nés ou trop jeunes pour en conserver un quelconque souvenir. Grâce aux plateformes vidéos et à l'INA, il est possible de revoir comment l'information a été présentée juste après la catastrophe.

Revenons d'abord sur la chronologie de la catastrophe et de sa révélation au public. 

26 avril 1986 - 01 h 23 du matin. L'alarme est donnée dans la centrale de Tchernobyl, une petite ville de 13.000 habitants à l'époque (500 en 2010), située à près de 100 km au nord de Kiev, et dont personne n'avait jamais entendu parlé en dehors de l'URSS. En fait, la centrale est beaucoup plus proche d'une autre ville, Pripiat, qui compte, à l'époque, de 20.000 à 50.000 habitants, selon les sources. Créée en 1960, Pripiat se trouve à 10 km de Tchernobyl mais à seulement 3 km de la centrale dont la construction a commencé en 1971 pour une mise en service entre 1977 et 1983 pour l'ensemble de ses quatre réacteurs de 1.000 MW chacun.

27 avril 1986 - Pendant toute la journée du 26 avril, il ne se passe rien dans la région. Les habitants de Pripiat et de Tchernobyl ne recoivent aucune information sur l'accident. Ce n'est que le lendemain, 27 avril, que débute l'évacuation sans doute sur ordre de Mikhaïl Gorbatchev qui n'est informé que ce jour-là.

28 avril 1986 - Alors que l'alerte à la radioactivité est donnée en Suède le matin, l'AFP révèle l'accident dans l'après-midi.

29 avril 1986 - L'agence de presse russe Tass mentionne «un accident de gravité moyenne». C'est ce jour-là que les chaînes de télévision françaises commencent à rendre compte de l'événement. Avec peu d'information (euphémisme) en provenance d'URSS mais avec celle qui vient de Suède et qui est alarmante. Aussitôt, les spécialistes français du nucléaire sont mis à contribution pour expliquer la situation et évaluer sa gravité... pour les Français. 

Le journal de FR3 relate ainsi les faits:

Nous sommes alors à quatre jours d'un drame dont personne ne sait rien ou presque. Il est intéressant de noter, dans ce contexte, le degré de certitude affiché par les responsables français.

En tête, Pierre Pellerin, directeur du SCPRI (Service central de protection contre les rayonnements ionisants). La vidéo de son intervention sur TF1 n'est pas accessible sur le site de l'INA... Par chance, on la trouve encore sur YouTube: 

Pierre Pellerin sera le seul responsable français mis en examen, le 31 mai 2006, pour infraction au code de la consommation. Le 20 novembre 2012, la Cour de cassation met un terme à la procédure en confirmant le non-lieu prononcé le 7 septembre 2011 par la cour d'appel de Paris alors qu'il était poursuivi pour tromperie et tromperie aggravée. Pierre Pellerin décède le 3 mars 2013 des suites d'une infection pulmonaire. 

Le patron du SCPRI n'est pas le seul à tenir des propos rassurants en 1986. 

Sur Antenne 2, Jacques Lafuma, chef du département de la protection sanitaire au CEA, indique qu'il n'y a probablement pas eu de morts immédiates après l'accident:

Toujours sur Antenne 2, François Cogné, directeur de l'Institut de protection et de sûreté nucléaire en France répond aux questions de Noël Mamère. On note, outre la volonté évidente de minimiser l'impact de l'accident, une certaine contradiction dans les propos du représentant du CEA. Il déclare en effet que les émissions radioactives de Tchernobyl sont minimes avant de préciser que la centrale ne possède pas d'enceinte de confinement des coeurs de réacteurs, contrairement aux centrales françaises...

30 avril 1986 - On ne parle pas encore de mensonges en France, mais la gravité de la catastrophe apparaît de plus en plus évidente. Au point que Noël Mamère semble la juger pire que celle du syndrome chinois. Ce qui est «un peu» exagéré...

11 mai 1986 - Après plusieurs jours d'informations contradictoires, le journal d'Antenne 2 du 11 mai de la mi-journée monte d'un ton pour dénoncer les mensonges proférés par les autorités. On note la gêne de Françoise Janin, chercheuse au laboratoire central d'hygiène alimentaire...

12 mai 1986 - La tension monte et la mauvaise information du public lors du passage du nuage, entre le 30 avril et le 5 mai, fait l'objet d'un sujet au journal de la mi-journée d'Antenne 2.

Aussitôt, le même jour, dans le journal d'Antenne 2 de la nuit, le professeur Maurice Tubiana se veut plus que rassurant et utilise l'image du fumeur pour démontrer l'inocuité des retombées radioactives en France. Il faut rappeler que Maurice Tubiana a été le président de la Société française d'énergie nucléaire en 1978 et 1979 avant de présider le Conseil supérieur de la sûreté et de l'information nucléaires de 1990 à 1993. 

Que s'est-il réellement passé? 

Difficile d'avoir des certitudes, encore aujourd'hui, tant la brume des informations officielles s'ajoute à celle du nuage radioactif. Voici le parcours effectué par le nuage à travers l'Europe selon une vidéo mise en ligne par l'IRSN en 2012 sur Dailymotion. Les dates défilent dans la partie basse de la vidéo:


La dispersion du panache radioactif sur l'Europe par IRSN

Toujours vu par l'IRSN, voici ce qui s'est passé dans la centrale de Tchernobyl le 26 avril 1986: 


L'accident de Tchernobyl par IRSN

M.A.