Méthane: le dégel de l'Arctique pourrait coûter 60.000 milliards, le PIB mondial de 2012

Arctic Sunset de artic pj, sur Flickr

Arctic Sunset de artic pj, sur Flickr

Cette bombe économique et écologique pourrait également avancer de 15 ans à 35 ans la date à laquelle le réchauffement climatique atteindra 2°C.

Pendant que les Français s’écharpent pour savoir s’il faut explorer, voire exploiter, le gaz de schiste qui dort sous nos pieds, une autre source de méthane risque fort, elle, de ne pas attendre une décision gouvernementale pour se répandre dans l’atmosphère.

Les chercheurs préviennent depuis des années qu’une bombe climatique à retardement se trouve dans les immenses quantités de méthane emprisonnées dans la terre gelée du Grand Nord, le permafrost, mais également au fond des mers. Là, la décomposition de la matière organique a créé de petites bulles de gaz qui sont restées piégées pendant des millions, voire des milliards d’années.

Plus le réchauffement climatique progresse, plus le tic-tac de cette bombe s’accélère. En particulier en raison du dégel de l’Arctique, beaucoup plus rapide que prévu.

Désormais, les économistes se penchent sur la question et publient leurs résultats dans la revue Nature du 25 juillet 2013. Leur article note que l’Arctique pourrait contenir une part considérable des ressources naturelles qui restent à découvrir: 30% pour le gaz et 13% pour le pétrole. Un trésor qui attise d’autant plus les convoitises que le réchauffement ouvre des voies d’accès nouvelles (passage du Nord-Est).

Selon les trois auteurs de l’article, universitaires de Cambridge et Rotterdam, l’assureur Lloyds de Londres estime à 100 milliards de dollars les investissements qui seront réalisés dans l’Arctique au cours des 10 prochaines années. Avec de nombreux risques de dommages environnementaux, comme les marées noires, dans cette région encore largement blanche et vierge.

Néanmoins, ces calculs négligent un facteur qui pourrait être déterminant: le coût de la fonte de l’Arctique. En libérant l’accès à ses trésors enfouis, le Grand Nord pourrait libérer un poison climatique qui coûtera beaucoup plus cher que le pactole de quelques décennies supplémentaires d’approvisionnement en gaz et en pétrole.

Gail Whiteman, Chris Hope et Peter Wadhams ont tenté d’évaluer, en utilisant le modèle baptisé PAGE9 déjà exploité par le rapport Stern de 2006, sur l'économie du changement climatique, le coût du relâchement de méthane dans l’atmosphère par le permafrost de l’Arctique. Résultat: 60.000 milliards de dollars, soit un ordre de grandeur équivalent au PIB mondial de 2012 (70.000 milliards de dollars). Et les chercheurs de préciser que le coût total du changement climatique de l’Arctique, région pivot pour l’ensemble des écosystèmes terrestres dont les océans, «sera nettement supérieur».


Glace fondue et bulles de méthane en Alaska - Photo: Igor Semiletov -University of Alaska Fairbanks

Quelque 50 gigatonnes de méthane seraient stockées sous forme d’hydrates dans la partie est de la Sibérie arctique. Or, l’impact de ce gaz sur l’effet de serre est de 20 à 25 fois supérieur à celui du CO2. Pour les trois chercheurs, les rejets de méthane pourrait avancer de 15 à 35 ans la date à laquelle le réchauffement climatique atteindra 2°C par rapport aux températures de la période préindustrielle. D’où le surcoût de 60.000 milliards de dollars qui représentent 15% des coûts totaux attribués à l’ensemble des impacts du changement climatique (400.000 milliards de dollars).

«Les conséquences économiques seront distribuées sur l’ensemble de la planète mais les modèles montrent que 80% d’entre eux affecteront les économies les plus pauvres en Afrique, en Asie et en Amérique du sud», estiment les chercheurs. Les rejets de méthane aggraveront les inondations des régions de faible altitude, les chocs thermiques extrêmes, les sécheresses et les tempêtes.

Ces calculs sont sans doute loin de donner une image précise de ce qui va réellement se produire. Ils ont le mérite de tirer, une nouvelle fois, le signal d’alarme pour que les dirigeants et les économistes soient prévenus et évitent de négliger un facteur déterminant pour l'avenir.

M.A.