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Tchernobyl et la Corse: circulez, il n'y a pas de retombées sanitaires

Michel Alberganti, mis à jour le 25.07.2013 à 14 h 13

Après Marisol Touraine, l'IRSN invalide les résultats d'une étude commandée par la collectivité territoriale de Corse sur les liens entre les cancers de la thyroïde et le passage du nuage de Tchernobyl en 1986.

Le sarcophage de Tchernobyl vu de la ville de Pripiat - Photo: Reuters

Le sarcophage de Tchernobyl vu de la ville de Pripiat - Photo: Reuters

Il ne sera pas dit que les retombées d’un accident nucléaire peuvent avoir des conséquences sur la santé en France, le pays des centrales les plus sûres du monde, le pays que les nuages radioactifs contournent sagement. Pas question d’ouvrir la boîte de Pandore des réclamations de victimes.

Si une étude tend à établir un lien entre certaines pathologies, comme les thyroïdites et les cancers de la thyroïde, l’IRSN déclare que le résultat n’est pas valable, comme il vient de le faire le 24 juillet 2013 au vu du travail réalisé par une équipe italienne. La veille, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, avait déjà affirmé que «l'étude italienne ne permet pas d'établir un lien de cause à effet» entre l’accident de Tchernobyl, le 26 avril 1986, et l’excédent de cancers de la thyroïde enregistré depuis 30 ans dans l’ensemble des pays développés.

Pourtant, cette étude réalisée par le groupement Ospedali Galliera de Gênes concluait justement à un tel lien en attribuant 28% des cancers de la thyroïde chez les hommes ainsi qu’une hausse des inflammations de la thyroïde de 78% chez les hommes, 55% chez les femmes et 62% chez les enfants au passage du nuage.

L’invalidation d’une étude aux résultats gênants, cela ne vous rappelle rien?  Mais si, bien sûr, l’affaire Séralini au sujet des OGM. Même procédé: contestation de la valeur données et de la méthode d’analyse statistique. Conclusion de l’IRSN:

«Les données de base utilisées dans les trois études et les méthodes d’analyse nous paraissent approximatives et mal décrites. Par rapport à notre expérience, la réalisation de telles études dans un délai aussi court ne peut permettre le degré de qualité nécessaire à de bonnes études épidémiologiques. (...)  Les interprétations des auteurs en termes de “risques attribuables au nuage de Tchernobyl” vont bien au-delà de ce que devraient permettre les analyses réalisées, en particulier en regard de l’absence d’information sur l’exposition réelle des individus en Corse.»

Soit. Qu’une étude soit jugée mauvaise n’a rien d’extraordinaire. Ce qui peut surprendre, c’est que l’on en reste là. Ce qui semble également être le cas pour les OGM. Car, si le rapport de 500 pages réalisé par le groupement Ospedali Galliera sous la direction de Paolo Cremonesi, ne vaut rien, on pourrait s’attendre à ce que le gouvernement lance, de lui-même, une contre-expertise. Une bonne étude à partir de bonnes données de base et de bonne méthode d’analyse. Or, il n’en est pas question. L’IRSN explique pourquoi:

«Sur la base des estimations de doses réalisées en 2002 par l’IRSN, et en l’état actuel des connaissances sur les effets des expositions aux rayonnements ionisants, on ne s’attend pas à ce que les retombées de Tchernobyl puissent entraîner une augmentation observable de la fréquence de certaines pathologies en Corse.»

Là, c’est du sérieux! Des estimations de doses et les connaissances actuelles sont donc largement suffisantes pour déclarer que les Corses victimes de problèmes de thyroïdes n’ont qu’à chercher ailleurs. Même si «l’incidence des cancers de la thyroïde en Corse semble être parmi les plus élevés de France (rapports InVS de 2006 et 2012», comme le note l’IRSN lui-même. Ce sont les Corses eux-mêmes qui, faute d’une action de l’Etat, ont dû lancer, en 2011, un appel d’offre européen pour statuer sur le lien entre ces cancers et le nuage de Tchernobyl.

Etonnant, non? Dans un pays qui a inscrit le principe de précaution dans sa Constitution, on aurait pu s’attendre à une autre réaction. Surtout dans un domaine où les autorités se sont illustrées, après l’accident de 1986, par un discours plus que contestable mais que la justice a fini par absoudre en 2011. De là à penser qu’en France le nucléaire est sacré et qu’il n’est pas question d’y toucher, il n’y a qu’un pas que les mauvais esprits seront sans doute tentés, une fois de plus, de franchir.

M.A.

Michel Alberganti
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