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Météo: peut-on prévoir les orages avec précision?

Michel Alberganti, mis à jour le 24.07.2013 à 1 h 08

Après la violence des intempéries sur Caen lundi, le quart nord-est du pays est placé en vigilance orange. Sait-on où les orages et la foudre vont frapper?

Coup de foudre ! de Alexandre Prévot, sur Flickr

Coup de foudre ! de Alexandre Prévot, sur Flickr

Le tonnerre gronde encore mais les orages de ce mardi après-midi, sur la région parisienne, s'éloignent. Finalement pas terribles, mais suffisants pour que le thermomètre décroche de 4°C ou 5°C. Météo France a placé l'Ile-de-France et tout le quart nord-est du pays, des Ardennes au Nord-Pas-de-Calais, de l'Alsace à la Normandie au Centre, en vigilance Orange.

Mais peut-on prévoir les orages avec précision?

Etienne Kapikian, prévisionniste chez Météo France, commence par expliquer comment ils se forment:

«Tout dépend du profil thermique vertical de l’atmosphère entre le sol et une altitude de 10 à 15 km.»

L’humidité joue également un rôle important dans le phénomène d’instabilité qui est à l’origine des orages. En temps normal, l’atmosphère est plus ou moins stable, c’est-à-dire que la température ne décroît pas, en fonction de l’altitude, de plus de 6°C par km. En dessous de cette variation, à 3°C par km par exemple, l’atmosphère est très stable.

Lors d’une presque canicule, comme celle que nous venons de vivre ces derniers jours, le sol est surchauffé par le soleil. A son contact, l’air a tendance à monter plus vite. En temps normal, la vitesse verticale varie entre 5 et 20 km/h. Mais lorsque, comme aujourd’hui, une masse d’air plus frais (-13°C à 5 km d’altitude au lieu de -11°C dimanche) arrive par l’ouest, la différence entre la température près du sol et celle qui règne en altitude augmente. La vitesse d’ascension de l’air évolue de la même façon. D’autant plus légères qu’elles sont chaudes, les molécules d’air chaud montent plus vite.

En fonction de l’humidité, autre facteur déterminant, peuvent alors se former des cumulus puis des cumulonimbus annonciateurs d’orage. L’air chaud continue à monter de plus en plus vite. Il peut atteindre ou dépasser les 100 km/h. Au passage, le frottement et les chocs entre les particules électrisent le nuage. Le vent qui commence à souffler à la surface arrache des électrons et le sol devient positivement chargé. Le nuage, lui, devient de plus en plus négativement chargé.


Un orage aux Pays-Bas en 2004 - Photo: John Kerstholt - Wikimedia Commons.

La différence de potentiel électrique entre le sol et le nuage augmente jusqu’à atteindre des valeurs de 100.000 volts par mètre contre 130 en temps normal. La tension devient alors telle que les électrons cherchent un chemin dans l’atmosphère pour équilibrer la charge. La résistance électrique de l’air étant très élevée, il faut atteindre des tensions assez inimaginables pour que la décharge se produise. C’est-à-dire l’éclair. Lorsqu’il survient, un courant électrique de 20.000 ampères circule dans un conduit de 20 cm de diamètre pendant moins de 100 millisecondes. De quoi calciner un arbre ou tuer un être humain, comme cela s’est produit le 20 juillet sur une plage du Var, ou lundi dans le Puy-de-Dôme.

Un tel événement, sans parler des dégâts matériels, montrent l’importance de la prévision des orages. Pour ce faire, les prévisionnistes de Météo France disposent des mesures de température et d’humidité essentiellement réalisées par les satellites météorologiques mais aussi par les stations au sol et, ponctuellement, pas les ballons sondes. 

«Toutes ces données sont traitées par un supercalculateur qui peut nous donner une alerte lorsque les conditions évoluent vers une situation orageuse», indique Etienne Kapikian qui souligne que l’expertise humaine reste indispensable pour interpréter les résultats fournis par l’ordinateur.

La localisation à l’avance du lieu dans lequel va se produire un orage important reste encore assez imprécise dans le temps et dans l’espace. L’ordre de grandeur actuel du degré de précision de la prévision est de 2 ou 3 heures à l’échelle d’un département. A celle d’une ville, le délai tombe à une heure seulement. «Aujourd’hui, les orages sont assez nombreux ce qui rend la prévision plus facile mais, hier lundi, ils étaient plus localisés, donc plus difficile à prévoir», explique le prévisionniste. Difficile, donc, de faire mieux que de prédire le matin ce qui va se produire dans l’après-midi.

Un conseil: si vous vous faites piéger par un orage sans possibilité de vous abriter, il faut minimiser la surface de votre corps en vous recroquevillant.

M.A.

Michel Alberganti
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