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L’ozone: il y a du bon et du mauvais

Michel Alberganti, mis à jour le 22.07.2013 à 13 h 53

C'est un peu comme le cholestérol.

Les alertes à l'ozone touchent la région parisienne - Photo : Reuters

Les alertes à l'ozone touchent la région parisienne - Photo : Reuters

Quand il manque de l’ozone dans l’atmosphère, on ne plaint du fameux «trou dans la couche d’ozone». Quand il y en a trop, c’est l’alerte, comme ce lundi à Paris (Airparif a prolongé l'alerte à mardi). Plus question de faire du sport pour ceux qui voudraient encore courir par plus de 30°C à l’ombre. Les cyclistes du Tour de France n’ont eu, dimanche, d’autre choix que d’inhaler une bonne dose d’ozone en arrivant à Paris.

Alors l’ozone, c’est bon ou c’est mauvais? En fait, les deux à la fois. Tout dépend de l’altitude.

L’ozone est une molécule composée de 3 atomes d’oxygène, soit O3. L’oxygène de l’air que nous respirons normalement est en fait du dioxygène, O2. Pour passer de O2 à O3, il faut casser une molécule de O2, ce qui libère deux atomes d’oxygène. Comme il reste de l’O2, certains atomes d’oxygène libres forment avec lui de l’O3. Mais cette molécule est instable. Il suffit que la température baisse, par exemple, pour que l’O3 disparaisse au profit de l’O2.

Le phénomène peut se produire dans certaines couches de l’atmosphère. Au-delà de 20 km d’altitude, les rayons solaires sont encore assez puissants pour casser la molécule d’O2 et former l’O3 de la précieuse couche d’ozone.

Précieuse est un faible mot. La couche d’ozone a en effet la propriété de filtrer les rayons ultraviolets, les UV-C, qui, à forte dose, sont mortels pour la vie sur Terre. Ils affectent l’ADN et provoquent des cancers de la peau, en particulier. A faible dose, au contraire, les UV stimulent la production de vitamine D. Outre leur effet sur le moral, ils soignent certaines maladies comme l’eczéma.

Au niveau du sol, la formation d’ozone est également activée par les rayons solaires lorsqu’ils chauffent certains polluants comme les oxydes d'azote, les composés organiques volatils et le monoxyde de carbone. En gros, l’ozone vient essentiellement des résidus de la combustion du carburant des automobiles et autres véhicules à moteur thermique. D’où les consignes visant à limiter la vitesse et la circulation lors des alertes à l’ozone.

L’action de l’ozone sur l’organisme est liée à sa pénétration en profondeur dans les voies respiratoires. En raison de son caractère très oxydant, l’ozone provoque des inflammations sur les bronches et peut entraîner des lésions des tissus pulmonaires.

Une exposition de deux heures à une concentration en ozone de 600 µg/m3 entraîne une réduction significative de la capacité respiratoire chez l’adulte. L’effet se produit à partir de 160 µg/m3 et chaque augmentation de 100 µg/m3 engendre une perte de 2% de la fonction respiratoire au cours d’un effort physique intense.

Les effets se manifestent par une toux sèche, une gène respiratoire et des douleurs lors d’une inspiration profonde. Ces effets disparaissent en 24 heures si l’exposition à l’ozone cesse. En cas d’exposition prolongée, l’organisme s’adapte à partir du troisième jour. Les effets disparaissent au bout de deux semaines.

Le danger concerne donc surtout les personnes ayant déjà des problèmes respiratoires comme l’asthme ou des faiblesses cardiovasculaires. Une étude publiée le 18 juillet 2013 dans la revue Atmospheric Chemistry and Physics par l’équipe de Lisa Emberson, du Stockholm Environment Institute (SEI), estime que lors de la canicule qui a touché le Royaume-Uni en 2006, pendant 20 jours dans certaines régions, l’ozone serait responsable de 970 décès prématurés.

Les chercheurs soulignent que l’ozone perturbe fortement les plantes. Soumises à de fortes concentrations, elles cessent d’assurer la purification de l’air en fermant automatiquement les pores de leurs feuilles. Une mesure de protection qui aggrave la situation pour l’homme.

L’équipe de Lisa Emberson estime que, sur les 970 décès attribués à l’ozone, 460 auraient été évités si les plantes avaient continué à faire leur travail. En temps normal, la végétation absorbe en effet jusqu’à 20% de la production d’ozone dans l’atmosphère.

En cette période de canicule, les seuils d’alerte à l’ozone sont dépassés dans de nombreuses régions françaises, comme le montre les relevés de Prev’air (voir carte ci-dessus pour ce lundi en France et ci-dessous pour mardi en Europe). Le lien avec les grandes villes saute aux yeux... Airparif rappelle les seuils limites qui commencent à 180 µg/mavec une information du public et des alertes pour 240 µg/m3, 300 µg/m3 et 360 µg/m3.

Moralité: il faut protéger l’ozone en altitude et se protéger de l’ozone au niveau du sol. La méthode des plantes est sans doute la meilleure. Elle revient à fermer les fenêtres, éviter de sortir et, surtout, de faire des efforts physiques. Une chance, l’ozone est fragile. Elle disparaît aussi vite qu’elle apparaît dès que la température baisse, ce qui devrait se produire mercredi en France.

M.A.

Michel Alberganti
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