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Clopes, stress, pilule: le cocktail a fait boum

Sophia Publications, mis à jour le 11.07.2013 à 9 h 49

Combien y a-t-il de Sylvie en France, jeunes, fumeuses, stressées et prenant la pilule? Victime d’un infarctus à 25 ans alors qu’elle ne présentait pas un profil à risque, elle doit aujourd’hui être attentive à tout.

REUTERS/Bobby Yip

REUTERS/Bobby Yip

C’était dans la nuit du 27 au 28 août 2008. J’habitais une petite maison champenoise à la campagne, près de Troyes. Comme tous les soirs, j’avais rentré du bois pour l’hiver, ça m’avait épuisée et puis j’étais un peu «speed», j’avais eu une journée stressante au boulot. Deux heures après m’être couchée, je me réveille en sursaut, les bras engourdis, le souffle court. Dans un instinct de survie, je saute dans ma voiture et je file chez mes parents. Sur le moment, je n’arrive pas à mettre des mots sur ce qui se passe, mais je sens que c’est grave. Maintenant, je sais que ces douleurs lancinantes dans les bras, c’était l’un des symptômes de l’infarctus. Ma mère, qui est préparatrice en pharmacie, s’en est voulu longtemps de ne pas avoir su détecter la crise cardiaque. Aux urgences, à Troyes, où j’ai finalement été admise au petit matin, ils ont mis six heures à trouver ce que j’avais. Ils m’ont d’abord donné des anxiolytiques, croyant que je faisais une crise de nerfs.

À 25 ans, je n’avais ni hypertension, ni diabète, ni cholestérol

J’étais un peu potelée, mais pas en surpoids non plus. Je n’avais pas le profil du cardiaque. Le temps d’attente aux urgences va me laisser des séquelles : une paralysie de la pointe du cœur sans récupération. Dans le feu de l’action, les docteurs n’ont pas tout de suite fait le lien entre infarctus, pilule et cigarette. Juste après l’accident, mon cardiologue m’a donné un questionnaire sur le tabac, m’a mise sous traitement et j’ai arrêté naturellement, pendant plus d’un an. On ne peut pas dire que j’étais un pompier: je fumais une dizaine de clopes par jour, depuis l’adolescence. La pilule, même chose, j’ai commencé à la prendre très jeune, à 16 ans. C’était Diane 35[1].

Comme beaucoup de jeunes filles, d’abord parce que j’avais de l’acné et aussi parce que mes parents l’avaient décidé, c’était comme ça. Le gynéco a dû me dire que, combiner pilule et cigarette, ce n’était pas recommandé, mais je ne me souviens pas d’une vraie mise en garde.

Après mon infarctus, j’ai tout de suite arrêté de la prendre

Les médecins m’ont expliqué que, de toute manière, c’était incompatible avec un traitement pour le cœur. Je n’avais droit qu’à un seul moyen de contraception: le préservatif. A 25 ans, il était hors de question pour moi de tomber enceinte, alors mon cardiologue a essayé de trouver une solution. Après avoir consulté des confrères, il m’a mis sous Cérazette, une pilule progestative micro dosée. Elle fait partie des pilules de troisième génération déconseillées par l’Agence du médicament.

 

En fait, j’ai été victime d’un cocktail qui un jour a fait boum. Je prenais la pilule, je fumais des clopes, j’étais souvent stressée. Aujourd’hui, on a compris qu’il y avait un petit peu de tout. Au boulot, j’essaie de prévenir mes collègues, de leur dire de faire attention, parce qu’elles fument et qu’elles prennent la pilule, mais j’ai l’impression de parler dans le vide. On a conscience des risques, mais on se dit que ça ne nous arrivera pas, que ça n’arrive qu’aux autres. Quand ça nous touche, là on découvre ce que c’est, que vivre avec une maladie cardiovasculaire.

Désormais, je dois faire attention à tout

Ne pas tomber, ne pas me couper, parce que mon cœur est plus fragile. Certaines activités me sont interdites, comme le ski, que j’adorais pratiquer, ou le patin à glace. J’en ai longtemps fait à haut niveau, maintenant, c’est terminé. Aujourd’hui, je prends les mêmes médicaments que mon grand-père. Souvent, le dimanche midi, on avale notre sachet de Kardégic[2] ensemble. C’est simple, j’ai toute la panoplie du cardiaque: de la poudre pour fluidifier le sang, des cachets contre l’hypertension, des gélules pour le cholestérol. Pour protéger mon cœur, parce qu’il est plus fragile qu’un autre. Matin et soir, en tout, je dois avaler une dizaine de cachets. J’ai mon petit pilulier, comme les vieux; heureusement, j’en ai trouvé un de couleur, c’est plus sympa.

A la Sécu, je suis étiquetée ALD, pour «affection longue durée». J’ai un traitement à vie. Pour renouveler mes prescriptions, je dois voir mon généraliste tous les mois, mon cardiologue deux fois par an. C’est un quotidien qui est très contraignant. Parfois, quand je suis en colère, je balancerais bien tout par la fenêtre.

Propos recueillis par Juliette Droz

[1] Diane 35 est un antiacnéique des laboratoires Bayer prescrit comme pilule contraceptive. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a décidé de suspendre sa commercialisation en France en raison de risques de thromboses veineuses, d’embolies pulmonaires ou encore d’AVC. Retourner à l'article

[2] Le Kardégic est un médicament en solution buvable pour fluidifier le sang. Retourner à l'article

Qui est Sylvie Jadot

Sylvie Jadot est née le 31 octobre 1982 à Troyes (Aube). Elle fait un infarctus le 28 août 2008, à 25 ans. À l’époque, elle fume une dizaine de cigarettes par jour et prend la pilule Diane 35. Pas d’hypertension, pas de diabète, pas de cholestérol, Sylvie n’a pas un profil à risque.

Au CHU de Troyes, où elle est admise en urgence, les médecins mettent plus de six heures à comprendre qu’elle fait une crise cardiaque. Aujourd’hui, Sylvie est responsable du service communication visuelle dans une entreprise de l’Aube. Elle vit en couple, sans enfant. En octobre dernier, ses médecins ont accepté son projet de grossesse. Et elle vient de l’apprendre, elle est enceinte.

 

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