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Les propos de Valérie Pécresse prouvent la nécessité du féminisme

Le 4 décembre 2015 à Paris. REUTERS/Charles Platiau

Le 4 décembre 2015 à Paris. REUTERS/Charles Platiau

En tenant des propos sexistes sur l'éducation des enfants, Valérie Pécresse fournit un très bon argument aux féministes pour montrer l'actualité de leur combat.

Alors que Valérie Pécresse (LR) se dit «viscéralement féministe» dans une interview au Monde, nous republions cet article publié après des propos qu'elle avait tenus en 2013, et quelques temps avant qu'elle ne s'illustre de nouveau par son sexisme.

Il y a encore plein de gens —très bien— qui croient que le féminisme n’est plus un enjeu.

Il y a quelques mois, j’ai commencé à sortir avec un homme qui se disait déjà féministe, mais qui trouvait que bon, face au racisme, à l’homophobie, tout ça, le combat féministe était un peu moins important. Que oui, il y avait encore des écarts de salaire mais que tout ça s’apprêtait à disparaître, qu’il fallait prendre un peu de recul.

Il disait surtout: montre moi que le sexisme est systémique et qu’il n’est pas simplement le fait de quelques individus isolés et dont le cerveau n’est pas parvenu jusque dans notre siècle.

J’aurais adoré, pendant ces conversations, avoir Valérie Pécresse sous la main. Elle aurait été mon meilleur exemple.

Les propos tenus par la députée UMP dans une interview accordée au Journal des Femmes, et repris par Le Lab, sont fascinants. Affligeants mais fascinants. Celle qui a lancé le 17 juin une pétition en réaction au projet de loi pour l'égalité femmes-hommes de Najat Vallaud-Belkacem a expliqué:

«Il faut réfléchir sur la période qui serait idéale pour l'ouverture du congé parental aux pères. Je suis persuadée qu'ils seraient beaucoup plus attirés par les congés parentaux s'ils pouvaient les prendre à un autre moment et pas dans les trois premières années de l'enfant. Par exemple, pour s'occuper d'enfants malades, en décrochage scolaire ou en crise d'adolescence.»

Et:

«On sait bien combien les enfants ont besoin de suivi à l'adolescence. Et c'est à ce moment que l'on aurait le plus besoin des pères, notamment parce qu'ils sont une figure d'autorité.»

Puis:

«Pensez-vous que le plus grand nombre sont les pères qui ont envie de changer des couches?»

Et aussi:

«Il faut certes inciter les pères à prendre un congé mais ils le prendront d'autant plus volontiers avec un enfant un peu plus âgé, et cela sera socialement mieux vécu par les entreprises de voir les pères s'impliquer dans des problèmes un peu plus compliqués.»

Ces propos disent assez clairement que:

  • Les pères peuvent remplir des fonctions que les mères ne sont pas capables de remplir
  • Les mères ne peuvent être des figures d’autorité (l’autorité, dit le Larousse, c’est le «pouvoir de décider ou de commander, d'imposer ses volontés à autrui»)
  • si les hommes n’ont pas envie de changer des couches, pourquoi les emmerder avec ça quand les femmes, de façon innée, aiment avoir le nez dans le caca ?

Ces remarques sont d'autant plus aberrantes qu'elles viennent d'une femme politique, mère de trois enfants, qui se dit dans un couple «égalitaire» et a effectué une carrière brillante.

Valérie Pécresse a fait HEC, elle est sortie deuxième de l’ENA. Elle a enseigné, été auditrice au Conseil d’Etat, enchaîné les postes prestigieux avant de devenir deux fois ministre (de l’Enseignement supérieur et du Budget) et porte-parole du gouvernement.

On n’évolue pas dans un monde pareil sans faire face au sexisme. Et elle a parfois elle-même lutté contre, comme lorsque en 2011 elle signait un appel lancé par des féministes s'élevant contre «l'impunité qui règne dans notre pays quant à l'expression publique d'un sexisme décomplexé» en pleine affaire DSK.

Dans l’interview accordée au Journal des Femmes, elle souligne que «père et mère ne sont pas égaux devant la maternité: les mères supportent la plupart des conséquences professionnelles», ce qui est bien une manière de reconnaître le sexisme dont les femmes font les frais dans notre société.

Servitude volontaire

Mais cette personne brillante, à l’évidence ambitieuse, chérissant une activité professionnelle loin du caca des couches, capable de reconnaître qu’il demeure des inégalités entre hommes et femmes, est incapable de s’extraire complètement des clichés patriarcaux. De voir que les excréments ne sont pas l’apanage des femmes, que les problèmes «plus compliqués» ne sont pas ceux des hommes. Qu’elle alimente en disant cela l’idée que c’est normal que les femmes s’occupent des enfants.

Et ce faisant, elle me donne le meilleur argument qui soit pour dire que le féminisme est toujours pertinent et qu’il ne se bat pas simplement contre des idiots. Il se bat contre des préjugés si ancrés qu’ils se glissent dans les cerveaux de femmes brillantes. Il se bat contre la servitude volontaire.

La bonne nouvelle est que les batailles, souvent, se gagnent. Comme avec l'homme qui, il y a six mois, m'incitait à prendre du recul sur le féminisme, et qui s’est insurgé ce soir contre les propos de Valérie Pécresse.

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