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Pourquoi les hommes sont de meilleurs lanceurs que les chimpanzés

Michel Alberganti, mis à jour le 26.06.2013 à 17 h 07

Depuis 2 millions d'années, l'évolution a donné à l'homme un squelette et des muscles qui lui permettent de stocker plus d'énergie avant de lancer.

Le lanceur  Matt Harvey des New York Mets le 22 mai 2013 - Photo : REUTERS/Ray Stubblebine.

Le lanceur Matt Harvey des New York Mets le 22 mai 2013 - Photo : REUTERS/Ray Stubblebine.

Comment un être humain, fût-il le pitcher (lanceur) des Mets de New York, peut-il expédier sa balle à plus de 150 km/h? Nos cousins, les chimpanzés sont-ils capables de la même performance? Ces questions passionnent Neil Roach, chercheur à l’université George Washington. Et ses résultats font la couverture de la revue Nature du 27 juin 2013. Bien entendu, la question ne concerne pas que le baseball. Mais c’est sans doute le sport, avec la pelote basque peut-être, qui demande d’imprimer à la balle la plus grande vitesse à main nue. Tout en conservant une grande précision.

Chez l’homme moderne, un enfant peut lancer une balle à près de 100 km/h alors que les chimpanzés adultes ne dépassent guère les 30 km/h. Comment expliquer une telle différence?

Neil Roach a comparé les anatomies de l’homme et de l’animal. Il a également analysé le geste des lanceurs de baseball. Et sa conclusion est claire: tout est dans le geste et la musculature. Alors que l’homme peut prendre son élan en envoyant son bras très en arrière, l’avant-bras faisant un angle d’environ 90 degrés avec le corps, le chimpanzé, lui, ne peut positionner son bras que beaucoup plus haut. 


Position des épaules du chimpanzé (à gauche) et de l'homme (à droite). On constate des différences importantes dans les anatomies musculaire et osseuse. La forme de l'omoplate, en particulier, induit l'angle du bras avec le corps avant le lancer. Image: Brian Roach/Neil Roach.  

Or, ce sont les muscles du dos qui jouent un rôle essentiel. Ils accumulent l’énergie lors de la préparation du lancer et la restituent lorsque le bras projette la balle vers l’avant. Avec son recul à angle droit, le bras humain profite beaucoup mieux de la compression de ses muscles dorsaux.

Le chercheur compare ce processus à celui d’un lance-pierre. Ce sont les muscles du dos qui servent d'équivalent à l’élastique. Ils sont néanmoins mis à rude épreuve lorsque le geste est répété des dizaines ou des centaines de fois par les joueurs de baseball en quelques heures. En détaillant la mécanique du lancer, cette étude pourrait aider les soigneurs à prévenir les blessures, courantes dans ce sport.

Depuis quand l’homme a-t-il développé cette aptitude particulière? Neil Roach situe le point de départ de l’évolution de l’anatomie humaine dans cette direction à il y a environ deux millions d’années. Une évolution très importante pour le développement de nos ancêtres.

Le lancer pourrait être le geste qui a tout changé. Bien avant le baseball, il a servi à la chasse. En tuant d’autres animaux, l’homme a amélioré son ordinaire. Avec plus de viande, il a grandi et s’est renforcé. Son cerveau a grossi. Il a eu plus d’enfants. Accessoirement, il a pu combattre ses congénères.

Mais avec quoi? Si le lancer remonte à deux millions d’années, les premiers instruments découverts l'attestant ne datent que de 1,5 million d’années. Que lançaient les premiers hommes? Peut-être des... lances, justement. Avec des pointes sommaires. Mais sans extrémités en pierre ou en métal, aucune chance d’en retrouver des vestiges. Ou encore de simples pierres non taillées?

Neil Roach ne désarme pas pour autant. Il va faire des tests avec des lances en bois et des pierres pour déterminer de quelles possibilités disposaient les premiers hommes lorsqu'ils chassaient. Cela nous permettra de savoir enfin si le geste du pitcher n’est autre que celui qui nous a permis de devenir ce que nous sommes.

M.A.

Michel Alberganti
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