LifeScience & santé

Un couple improbable, enlacé depuis 250 millions d'années

Michel Alberganti, mis à jour le 25.06.2013 à 14 h 17

Que font réellement le Thrinaxodon et le Broomistega découverts en Afrique du Sud?

Si la qualité de l'image est sidérante, elle ne permet guère de juger de la scène. Comme l'explique Live Science, des chercheurs ont fait une belle découverte dans un terrier en Afrique du Sud: deux créatures curieusement enlacées, une position figée après avoir été ensevelis par une crue soudaine il y a 250 millions d'années. 

Ces deux animaux étaient-ils langoureusement enlacés ou bien partageaient-ils simplement le même terrier? Lucides, Vincent Fernandez et ses collègues penchent pour la cohabitation. Les chercheurs de l'Institut des études sur l'évolution de l'université du Witwatersrand à Johannesbourg, en Afrique du sud, notent en effet que le refuge sous terre était très prisé à l'époque où vivait le «couple» fossilisé révélé par l'analyse aux rayons X d'un synchrotron.

En effet, les temps étaient durs au début du Trias, il y a environ 250 millions d’années. Les espèces animales avaient subi, à la fin du Permien, la plus grande extinction que la Terre ait connue (95% des espèces marines et 70% de celles vivant sur les continents). Il faisait chaud, alors, sur la Pangée où les animaux se trouvaient souvent fort loin de la fraîcheur des océans. Les scientifiques constatent, dans un grand nombre de fossiles, que le terrier était une réponse à ces conditions climatiques difficiles.

Dans l’article publié par la revue PLoS One le 21 juin 2013, l’équipe de Vincent Fernandez identifie les deux membres du couple découvert en Afrique du sud: un temnospondyle amphibien blessé (Broomistega) qui s’est abrité dans le terrier d’un thérapside (Thrinaxodon), un reptile survivant de l’extinction et ancêtre des mammifères. La découverte est la première montrant un temnospondyle dans un terrier. Le squelette de l’amphibien témoigne de blessures. Plusieurs côtes voisines étaient fracturées et partiellement ressoudées.


Le Broomistega à gauche et le Thrinaxodon à droite. Image: Vincent Fernandez et al.

«La présence d’un intrus d’assez grande taille dans ce qui est considéré comme le terrier de Thrinaxodon implique que le thérapside tolérait la présence de l’amphibien», indiquent les chercheurs. Leur principale hypothèse est une estivation, l’équivalent de l’hibernation durant la période estivale. La découverte de nombreux Thrinaxodon fossilisés dans une posture en boule appuie cette thèse. Le Broomistega blessé s’est donc peut-être réfugié dans le terrier d’un Thrinaxodon endormi. Adieu l’étreinte de deux espèces différentes...

Ce sont les récents progrès en imagerie par synchrotron qui ont permis de visualiser avec une telle qualité le contenu des terriers du Trias. Pour les chercheurs, ces images permettent d’analyser non seulement l’anatomie des animaux mais également l’écologie et la biologie des anciens tétrapodes.   

M.A.

Michel Alberganti
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