LifeScience & santé

Le secret du rat-taupe nu contre le cancer

Michel Alberganti, mis à jour le 20.06.2013 à 14 h 43

Ce petit animal est laid. Mais il a une propriété qui pourrait bien tous nous intéresser.

Un rat-taupe-nu en train de se nourrir. Photo: Ltshears - Trisha M Shears - Domaine public

Un rat-taupe-nu en train de se nourrir. Photo: Ltshears - Trisha M Shears - Domaine public

Et si la solution contre le cancer existait dans la nature? Les scientifiques cherchent depuis longtemps une parade déjà présente chez une espèce animale proche de l’homme. La souris, très utilisée comme modèle en recherche médicale, est un bien mauvais exemple. Elle meurt presque systématiquement d’un cancer, rarement au-delà de quatre ans. En revanche, un autre rongeur semble, lui, immunisé contre ce mal.

Il s’agit du rat-taupe nu ou Hétérocéphale (Heterocephalus glaber) qui a un physique pour le moins particulier. En revanche, sa longévité est remarquable pour un petit rongeur: jusqu’à 32 ans. Surtout, il ne connaît pas le cancer…

Andrei Seluanov et Vera Gorbunova, biologistes de l’université de Rochester, ont peut-être percé son secret. Le rat-taupe nu tiendrait sa résistance au développement de tumeurs cancéreuses d’une sécrétion cellulaire sucrée. Pour le démontrer, Andrei Seluanov a utilisé une colonie de 80 rats-taupes nus entretenue près de son laboratoire.

En 2009, il remarque que les fibroblastes (cellules des tissus conjonctifs) des rats-taupes nus sont sensibles à la présence d’autres cellules et qu’elles se développent moins que celles des souris. Le bouillon que les chercheurs utilisent pour les nourrir devient visqueux. «Nos techniciens de laboratoire se plaignaient car ils devaient souvent démonter le système pour nettoyer les canalisations bouchées», raconte Andrei Seluanov à la revue Nature qui a publié son article le 19 juin 2013.

Il demande alors à ses étudiants de trouver quelle est cette substance gluante et si elle est reliée à la résistance au cancer des rongeurs. A l’époque, il s’agit d’une simple intuition.

L’équipe découvre alors que les problèmes d’obstruction du système qui nourrit les cellules sont liés à un sucre appelé acide hyaluronique (AH), bien connu, par ailleurs, des femmes qui ont recours à la chirurgie esthétique. En fait, les fibroblastes produisent normalement de l’AH qui, associé à du collagène et à d’autres produits chimiques, forme une matrice extracellulaire qui donne aux tissus leur forme et rend la peau élastique.


Rat-taupe nu - Photo: Bandon Vick - Université de Rochester

Les rat-taupes nus, eux, produisent de très grandes quantités de longues chaînes de AH. Et si cette production formait des sortes de cages autour des cellules et les empêchaient ainsi de proliférer pour engendrer des tumeurs cancéreuses? Et si, par ce procédé, les cancers naissants étaient tués dans l’œuf?

Pour le vérifier, l’équipe d’Andrei Seluanov a bloqué la production de AH par les fibroblastes de rat-taupe nus. Il suffit, pour cela, d’inactiver le gène qui code pour la production de AH. Ensuite, ces cellules ont été implantées sous la peau. Et des tumeurs sont apparues. Il semble donc bien que ce mécanisme protège les rats-taupes nus contre le cancer. Est-ce le seul qui explique la protection dont bénéficie le rongeur?

Pour le savoir, Andrei Seluanov va tenter de transférer aux souris cette protection naturelle contre les tumeurs en appliquant les résultats de ses travaux. Il va utiliser le génie génétique pour conférer aux souris la capacité de produire, elles aussi, de longues molécules de AH. Comme les rats-taupes nus le font.

Pour lui, des médicaments conduisant à la production de molécules de AH pourraient, un jour, aider l’homme à se protéger contre le cancer.

M.A.

Michel Alberganti
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