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Le binge drinking favoriserait l'insomnie et l'alcoolisme

Michel Alberganti, mis à jour le 05.10.2016 à 10 h 32

Certaines pratiques ont des effets sur l’organisme qui ne sont pas toujours perceptibles. Il semble bien que ce soit le cas du binge drinking. 

DSCN4751 de Tor Lindstrand, sur Flickr

DSCN4751 de Tor Lindstrand, sur Flickr

D’après une étude présentée début juin 2013 au 27e congrès annuel SLEEP de l’American Academy of Sleep Medecine, le binge drinking engendrerait des symptômes d’insomnie. Sarah Canham, docteur en épidémiologie de la dépendance aux drogues à l’école Johns Hopkins Bloomberg en santé publique et ses collègues ont analysé la corrélation entre cette pratique et les troubles du sommeil au sein d’une communauté de 4.790 adultes de 55 ans et plus.

Les chercheurs ont pris en compte le nombre de jours pendant lesquels ces personnes avaient pris quatre verres de boisson alcoolisée au cours des trois mois précédents. Chacun a fait état de ses problèmes d’insomnie mais aussi d’endormissement soudain pendant le journée, de réveil en cours de nuit, de lever trop tôt et de sentiment de fatigue le matin.

Des adultes insomniaques

L'analsyse montre que 26,2% des participants ont pratiqué entre zéro et deux binge drinking par semaine et que 3% ont dépassé les deux binge drinking par semaine. Les chercheurs ont constaté que, dans cette dernière population, la fréquence de l’insomnie supérieure à la moyenne de 84%. Les binge drinkers plus occasionnels montrent une augmentation de 18% des mêmes symptômes.

L’étude conclut à la nécessité de prendre le bringe drinking en considération lors de l’analyse des problèmes de sommeil des adultes de plus de 55 ans. Il apparaît ainsi que les effets de cette pratique dépassent largement le cadres des adolescents et des jeunes adultes.

Un rapport publié le 28 mai 2013 par l’observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), s’il constate une baisse sensible de la consommation globale d’alcool en France, souligne que la pratique du bringe drinking est en constante augmentation depuis plusieurs années. La proportion de jeunes qui boivent au moins cinq verres en une même occasion dans le mois est passée de 45,8% en 2005 à 48 ,7% en 2008 et à 53,2% en 2011. La proportion, chez les 15-16 ans, de ceux qui déclarent un usage récent d’alcool a atteint 67% en 2011 (contre 58% en 2003).

Du binge drinking à l'alccolisme

Une situation d’autant plus préoccupante que d’autres études établissent un lien entre le binge drinking des jeunes et la sensibilité à l’alcoolisme des adultes. 

Ainsi, pour détecter l’impact du binge drinking sur le cerveau, un simple test de mémorisation ne suffit pas. C’est en analysant les images fournies par la résonnance magnétique fonctionnelle (IRMf) que a découvert des différences notables entre les adeptes de la «biture express» et d’autres consommateurs d’alcool aux habitudes moins brutales.

Salvatore Campanella, chercheur au laboratoire de psychologie médicale et d’addictologie de l’université libre de Bruxelles, et son équipe ont publié, dans la revue PloS One le 25 avril 2013, les résultats d'une étude concernant la mémorisation qui mesure les performances et analyse le fonctionnement du cerveau des participants pendant le test. 

Les chercheurs ont constitué deux groupes de 16 étudiants en licence (undergraduate) chacun, l’un de binge drinkers, l’autre servant de contrôle. La définition retenue pour le binge drinking est une consommation de six verres ou plus au rythme d’au moins deux verres par heure et cela au moins deux ou trois fois par semaine. Chaque verre ou dose correspond à 10 grammes d’éthanol pur. Les participants du groupe de contrôle n'avaient sans jamais dépassé cinq verres par occasion ni la vitesse de deux verres par heure. Et aucun d'entre eux n’avaient consommé ni drogue ni alcool pendant les 24 heures précédant le test et aucun d’entre eux n’avaient pratiqué le binge drinking pendant les deux jours précédents.


Les test de mémorisation effectués par les participants - Image : Salvatore Campanella 

Lors du test de mémorisation, les participants devaient d’abord détecter, aussi vite que possible, l’apparition du chiffre deux sur une série de cinq chiffres apparaissant sur un écran. Dans une seconde épreuve, ils devaient détecter l’apparition d’un chiffre lorsqu’il était identique à celui se trouvant deux places en arrière. Un appareil d’imagerie par résonnance magnétique fonctionnelle (IRMf) analysait le fonctionnement de leur cerveau pendant le test.

Première surprise des résultats du test: les performances de mémorisation sont les mêmes dans les deux groupes. L’alcool ne semble donc pas affecter leurs capacités cérébrales dans ce domaine. Mais la seconde surprise vient des images de l’IRMf. Effectivement, les zones d’activité du cerveau, lors d’épreuves identiques, varient fortement entre les deux groupes, comme le montre cette image.


Les différences d'activité cérébrale entre les binge drinkers et les autres. Image: Salvatore Campanella 

Le cerveau des adeptes du binge drinking est nettement plus activé dans la zone du cortex préfrontal dorsolatéral, une région impliquée dans les processus cognitifs. Les chercheurs ont également décelé une corrélation entre le nombre de binge drinking par semaine et une activité supérieure dans le cervelet, le thalamus et le cortex insulaire.

Pour atteindre le même degré de performance, le cerveau des binge drinkers mobilise donc un plus grand nombre de régions cérébrales. Pour Salvatore Campanella, il s’agit de processus compensatoires. Il considère que cela peut être considéré comme un facteur de vulnérabilité au développement d’addictions aux drogues à l’âge adulte. En d’autres termes, le binge drinking ferait le lit d’un futur alcoolisme. Sans doute favorisé par l'insomnie.

M.A. 

Michel Alberganti
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