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Comment les jeux vidéo changent notre vision du monde

My Play is No Game / Gideon Burton via FlickrCC License by

Les jeux vidéo sont souvent stigmatisés pour leurs effets addictifs et chronophages chez les adolescents et... les moins jeunes. Néanmoins, cette pratique est reconnue depuis un certain temps comme un entraînement du cerveau capable de développer des aptitudes nouvelles. Pour Gregory Appelbaum, professeur assistant à l’école de médecine Duke (Durham), cela va jusqu’à conduire les gameurs «à voir le monde différemment». Le chercheur considère que les joueurs «sont capables d’extraire plus d’informations d’une scène visuelle».

Ce constat s’appuie sur une expérience menée au laboratoire de cognition visuelle de l’équipe de Stephen Mitroff (Duke) et dont les résultats ont été publiés dans le numéro de juin 2013 de la revue Attention, Perception and Psychophysics.

Les chercheurs ont recruté 125 participants parmi des non-joueurs et des joueurs intensifs. Chacun d’entre eux a effectué un test de mémorisation visuelle dans lequel huit lettres placées de façon circulaire leur étaient présentées pendant un dixième de seconde. Après un délai variant entre 13 millisecondes et 2,5 secondes, une flèche apparaissait, désignant un point de l’écran où une lettre avait été visible. Les participants devaient identifier cette lettre. Pas facile...

Les joueurs battent toujours les non-joueurs

Pour chaque intervalle de temps testé, les joueurs ont battu les non-joueurs. Même si tous ont été victimes d’une rapide perte de mémoire au fil de l’allongement du délai.

Les chercheurs interprètent cette performance des joueurs par un mécanisme développé, en particulier, par des jeux de tir sur des personnes dans lesquels il faut, le plus rapidement possible, distinguer les bons des mauvais parmi les personnages qui apparaissent sur l’écran. Pour y parvenir, le joueur expérimenté réalise des «inférences probabilistes» à partir de ce qu’il voit. «Les joueurs ont besoin de moins d’information pour parvenir à cette conclusion probabiliste et ils l’obtiennent plus vite», note Gregory Appelbaum.

Le système visuel trie les informations captées par les yeux et celles qui ne sont pas sélectionnées disparaissent rapidement de la mémoire. Pour le chercheur, les joueurs ne suppriment pas les données inutiles plus vite que les autres, mais il apparaît qu’ils partent d’une quantité plus importante d’informations.

La bonne décision plus rapidement

Les chercheurs ont étudié trois raisons pouvant expliquer l’aptitude supérieure des joueurs à réaliser des inférences probabilistes plus performantes: soit leur vue est meilleure, soit leur mémoire visuelle dure plus longtemps, soit leur capacité à prendre des décisions est supérieure. Les résultats de l’expérience montrent que la mémoire visuelle n’est pas en cause. En revanche, les deux autres facteurs pourraient jouer un rôle. Les joueurs verraient ainsi plus vite et ils seraient plus aptes à prendre la bonne décision par rapport aux informations enregistrées.

Pour affiner leur analyse, les scientifiques vont avoir besoin de données supplémentaires fournies par l’enregistrement des ondes émises par le cerveau et de l’imagerie par résonance magnétique (IRM) afin de déterminer quelles zones du cerveau les joueurs ont développées pour améliorer leurs performances visuelles.

Une preuve supplémentaire de cette fameuse plasticité du cerveau qui lui permet de s’adapter à toute nouvelle tâche. Une propriété dont parle le professeur en neurosciences Michael Merzenich dans cette vidéo d’une conférence TED datant de février 2004.

M.A.

Illustration: Photos provenant du laboratoire de cognition visuelle de Duke.

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