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Pourquoi l'acné existe-t-il encore?

Marion Degeorges, mis à jour le 07.06.2013 à 21 h 33

Cactus Closeup par PublicDomainPictures via Pixabay

Cactus Closeup par PublicDomainPictures via Pixabay

Propionibacterium acnes. En toute objectivité, c’est un nom très moche. Sans aucun doute celui d’une bactérie vile et sournoise. Le genre qui se niche dans les sillons lugubres, huileux et privés d’oxygène de nos pores de la peau. Pour éradiquer les bactéries, il faut les abattre à coups d’antibiotiques, c’est ce qu’explique le site The Atlantic.

Du moins, c’est ce qu’on a toujours fait.

Pourtant, des millions de victimes du Propionibacterium acnes qui ont utilisé des antibiotiques en désespoir de cause (ils interviennent souvent après un premier traitement local) savent déjà que ça ne fonctionne pas pour tout le monde.

On a tous de l'acné sur la peau

Une étude parue plus tôt cette année prouve que la gravité de l’acné n’est pas nécessairement liées au nombre de bactéries Propionibacterium acnes sur la peau. Par ailleurs, la vicieuse P. acnes (surnommons-là ainsi) a plusieurs facettes. Du coup, ce sont certaines d’entre elles qui seraient responsables des formes les plus sévères d’acné. La supposition des chercheurs: il y aurait les bonnes P. acnes, et les mauvaises P. acnes, comme pour le cholestérol. Donc les tuer toutes à coup d’antimicrobiens ne serait pas franchement la meilleure solution.

Pour le docteur Jenny Kim, dermatologue à UCLA, nous avons tous en nous quelque chose de P. acnes, mais tout le monde n'y réagit pas de la même façon:

«Tout le monde en a sur sa peau. Mais nous ne savons pas si le problème vient d’une forme spécifique de P. acnes, ou si c’est la réaction immunitaire, propre à chacun, qui est en cause. Nous pensons de plus en plus que moduler le système immunitaire serait un meilleur traitement. D'ailleurs en ce moment, on se penche davantage sur les anti-inflammatoires que sur les antimicrobiens

Le méchant Roaccutane

L’un de ses anti-inflamatoires, l’isotrétinoïne, est plus connu sous le nom du médicament qui fait frissonner beaucoup de parents: le Roaccutane. Retiré du marché français en 2008, il est toujours commercialisé sous forme de génériques. Souvent utilisé en ultime recours, l’isotrétinoïne n’a plus à faire ses preuves. Le site Slate.com en parle même comme du traitement «le plus efficace, surtout s’agissant d’acné sévère», mais n’oublie pas de souligner que les effets secondaires peuvent être catastrophiques, type malformation congénitale ou envies suicidaires.

Pour le docteur Kim, la psychose autour de l’isotrétinoïde qui a conduit dans beaucoup de pays à son retrait du marché, est dommageable:

«C’est inquiétant que certains dermatologues aient peur de l’utiliser. Les patients continuent à développer alors leur acné pendant trop longtemps sans ce remède, ce qui finit par creuser des cicatrices à vie.»

Qui a peur de la vitamine D?

Un peu moins inquiétant, Jenny Kim travaille actuellement sur d’autres méthodes pour moduler le système immunitaire, comme la vitamine D. Non seulement la vitamine ne fait pas franchement peur, mais en plus, on lui voue déjà une adoration sans bornes, tant elle serait capitale pour notre bonne santé.

Mais si cette P. acnes peut être éradiquée avec une modulation du système immunitaire, pourquoi ne pas mettre au point un vaccin anti-acné? En immunisant au préalable notre corps, il ne réagirait pas aussi violemment face à la bactérie pendant son heure de gloire: l’adolescence. Sauf qu’un vaccin serait difficile à élaborer, puisque les rats n’ont pas d’acné, comment tester les vaccins? Par ailleurs, le traitement cosmétique des boutons représente un marché bien-portant de 3 milliards de dollars aux Etats-Unis seulement. Pourquoi trouver une solution?

Marion Degeorges
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