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Clément Méric: que veut dire «être en état de mort cérébrale»?

Jean-Yves Nau, mis à jour le 06.06.2013 à 17 h 32

Hôpital (Solo la muerte puede salvarte de este mundo.) / Rodrigo Basaure via Flickr CC License by

Hôpital (Solo la muerte puede salvarte de este mundo.) / Rodrigo Basaure via Flickr CC License by

Clément Méric, 18 ans, est décédé, selon l'AFP citant une source policière ce jeudi peu après 17h30. 

Depuis l’agression dont il avait été victime le 5 juin, il était pris en charge dans le service de réanimation du groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière (Paris) et était, selon l'AFP, «dans un état de mort cérébrale». Qu’est-ce qu’un état de «mort cérébrale»?

La «mort cérébrale» est un synonyme médical pour «mort». Seul le maintien en permanence des appareils de réanimation, d’une hydratation et d’une alimentation par perfusion font que l’on qualifie ainsi cette mort. Si ces appareils n’étaient plus en fonctionnement, le corps cesserait de respirer et le cœur de battre. On peut aussi le dire autrement: pour que le corps cesse de respirer et le coeur de battre, il faut interrompre le fonctionnement de ces appareils.

On parle aussi, en lieu et place de «mort cérébrale» de «coma dépassé» (terme impropre, source de confusion) ou encore de «coma de type IV».

Les principaux critères diagnostiques du coma sont une absence d’ouverture des yeux, ni de façon spontanée ni par le biais d’une stimulation, l’absence de langage ou d’expressions reconnaissables, l’absence d’affirmations intentionnelles ou de mouvements complets des yeux.

Il arrive rarement qu’un état comateux persiste au-delà de quatre semaines: si les malades n’ont pas repris une forme de conscience, ils évoluent vers un état neurovégétatif d’évolution plus ou moins chronique.

La «mort cérébrale» quant à elle est un état irréversible. Ce diagnostic ne peut être porté qu’au terme d’une série d’examens qui permettent d’affirmer l’arrêt de vascularisation (et donc la destruction de facto) des principaux territoires cérébraux.

Cet état a pour la première fois été décrit en France en 1959 après le développement des premières techniques d’anesthésie-réanimation.

La description initiale est le fruit des observations, faites à l’hôpital Claude-Bernard, par les Prs  Pierre Mollaret et  Maurice Goulon. Par la suite, des travaux complémentaires conduisirent à une nouvelle définition, plus précise, de l’état de mort cérébrale.

Une absence définitive de toute activité électrique cérébrale

Cette définition prit une valeur médicolégale avec la circulaire Jeanneney du 24 janvier 1968. Avant cette date, la mort ne se définissait officiellement que par l’arrêt de la circulation sanguine. On distinguait dès lors la possibilité d’une autre mort, «cérébrale» qui n’avait plus l’apparence de la mort cardiaque.

Décréter un état de «mort cérébrale» (et donc de mort) impose d’avoir recueilli les preuves de l’absence définitive de toute activité électrique cérébrale.

Cette situation est prouvée par différents types d’enregistrements et d’observations neurologiques: disparitions de toute forme de réponses à la douleur ainsi que des différents réflexes des nerfs crâniens et de la ventilation spontanée).

Aujourd’hui, les critères officiels imposent généralement d’apporter la preuve du caractère aréactif de toutes les sphères de l'activité cérébrale. Cette preuve est au minimum apportée par deux tracés électro-encéphalographiques plats, enregistrés chacun durant trente minutes et réalisés à quatre heures d'intervalle. Des examens complémentaires (angiographies cérébrales) sont généralement pratiqués en milieu hospitalier.  

Il est essentiel ici pour l’équipe médicale d’avoir fait la différence avec les autres états susceptibles de provoquer des tableaux similaires (comme certaines hypothermies, surdosages médicamenteux ou intoxications alcooliques majeure) sans pour autant que les lésions cérébrales soient irréversibles ni que les possibilités de respiration spontanée aient disparu. 

Les autopsies des sujets ayant été en état de mort cérébrale montrent une destruction nécrotique des principaux tissus cérébraux. Ces lésions irréversibles sont la conséquence d’un œdème cérébral, d’une hypertension intra-crânienne et de l'arrêt de la vascularisation cérébrale.

L’état de «mort cérébrale» est l'un des critères requis pour pouvoir pratiquer des prélèvements d’organes dans un but de transplantation. La difficulté du recueil du consentement de la famille ou des proches de la personne tient généralement au fait que le corps donne une apparence de vie et ce alors même qu’il est en état de mort.

Certains spécialistes de médecine légale, comme le Pr Etienne-Charles Frogé, ont ainsi pu parler ici de «mort rose». L’ambiguïté est en outre parfois entretenue avec le recours à des formules comme «coma dépassé» ou «survie artificielle».

L’état de «mort cérébrale» doit d’autre part être totalement distingué de ceux des personnes en état «végétatif chronique» ou en état «pauci-relationnel». Chez elles, la conscience n’est plus présente mais les fonctions respiratoires demeurent et rien ne permet souvent aux équipes médicales d’affirmer avec une absolue certitude qu’il s’agit d’états irréversibles.

J.-Y. N.

Article mis à jour avec le décès de Clément Méric

Jean-Yves Nau
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Journaliste
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