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Comment les calmars se débrouillent pour que les femelles n'avalent pas leur sperme

Pour les femelles, le sperme semble une source de précieux nutriments. Mais cette pratique complique la stratégie des mâles.

Un calmar tropical de l'espèce Sepiadarium kochi. Photo: Rokus Groeneveld

Le saviez-vous? Chez certaines espèces animales, la femelle boit le sperme du mâle après l’accouplement. Bien étrange comportement... Il s’expliquerait par l’intérêt nutritif des gamètes mâles. Après l’éjaculation, place au festin. Une telle pratique semble nous éloigner des fonctions purement reproductives de l’acte sexuel. En fait, par forcément.

Il semblerait que, toutefois, parmi les espèces s’adonnant à la dégustation de sperme post coïtum, on trouve… l’homme. Enfin, la femme. Mais Benjamin Weneger, doctorant à l’école de sciences biologiques de l’université Monash, n’est pas sexologue. La preuve, il a étudié ce phénomène chez un céphalopode, le calmar (Sepiadarium austrinum) et il rapporte ses découvertes dans un article libre d’accès publié le 5 juin 2013 dans la revue Biology Letters.

La vie de ce céphalopode est brève: un an seulement. Avec une seule saison des amours durant six mois. Difficile d’en explorer tous les aspects en si peu de temps. Et puis, si la femelle calmar boit le sperme, elle, c’est aussi en raison de son mode d’accouplement. La copulation conduit en effet le mâle à déposer ses spermatophores, les petites capsules qui renferme le sperme, dans la cavité buccale externe de la femelle. Avouez que, dans cette situation, y goûter peut être tentant.


Accouplement de calmars - Photo : Cade Mills - Université Monash
 

La femelle extrait ses ovules de leur lieu de production et les conduit jusqu’à sa cavité buccale externe. C’est là que se produit la fécondation et non dans l’appareil reproductif de la femelle qui ne dispose pas de réceptacle. Le sperme peut rester pas moins de trois semaines et se trouve exposé à plusieurs risques de dégradation.

Cette dernière fait ainsi deux usages de sa réserve de sperme. Une partie sert à la fécondation, une autre est ingérée pour apporter des nutriments à ses cellules non sexuelles (somatiques) et au développement de ses ovocytes. Benjamin Weneger s’est penché sur les conséquences de cette pratique sur les stratégies de reproduction de ces calmars.

Les stratégies des mâles

Le chercheurs note que «la consommation de sperme par les femelles représente un coût reproductif systématique pour les calmars mâles car toutes les femelles étudiées la pratiquent». Les mâles ont donc développé plusieurs stratégies pour résoudre ce problème. D’abord, ils peuvent minimiser la consommation de leur sperme par les femelles en choisissant avec soin l’endroit où ils le déposent dans la cavité buccale de la femelle. Pas question de lui faciliter la tâche. Mais la femelle connaît cette ruse et se défend pour éviter que le sperme ne se retrouve hors d’atteinte pour l’ingestion. La vidéo réalisée par les chercheurs montre que l’accouplement des calmars est plutôt violent.

Les mâles peuvent aussi choisir des femelles proches du moment de ponte des œufs. Il faut vraiment un œil de calmar pour une telle détection. Dans ce cas, la femelle a moins de temps pour se repaître. Enfin, le calmar mâle peut disposer, dans son sperme, de substances qui stimulent le mécanisme de reproduction de la femelle.

Pour Benjamin Weneger, la consommation de sperme par les femelles calmars disposant d’une cavité buccale externe influence fortement les stratégies de reproduction de l’espèce chez les deux sexes. «Alors que les femelles cherchent à exercer un contrôle sur la paternité de leur progéniture, les mâles tentent de manipuler leurs décisions.» Rien à voir avec ce qui se passe entre les femmes et les hommes.

M.A.

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