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Le porno sur Internet influence-t-il la sexualité des jeunes?

L'actrice X Tila «Tequila» Nguyen à la «Maxim Hot 100 party» à Los Angeles en 2010. REUTERS/Phil McCarten

L'actrice X Tila «Tequila» Nguyen à la «Maxim Hot 100 party» à Los Angeles en 2010. REUTERS/Phil McCarten

Aucune idée.

Dans quelle mesure l’omniprésence de la pornographie en ligne affecte-t-elle le développement sexuel des enfants et des adolescents? Les scientifiques sont unanimes: on n’en a pas la moindre idée. Si le nouveau rapport très complet de la Middlesex University London (entrepris pour le compte du service public anglais d’assistance à l’enfance Children’s Commissioner) s’intitule «Basically… Porn Is Everywhere [en réalité... le porno est partout]», il n’expose nulle part les effets du phénomène.

Les chercheurs ont passé au crible des centaines d’études qui ont tenté dans le monde entier de tirer des conclusions sur les relations qu’entretiennent les jeunes avec le porno sur Internet. Les résultats n’ont pas été concluants. La plupart de ces études ne s’accordent pas sur la définition de la pornographie. Ni sur l’âge des «jeunes.» Elles sont incapables d’affirmer à quelle fréquence ces (indéfinissables) jeunes regardent vraiment cet (indéfinissable) porno.

Malgré la crainte généralisée que suscite une vision de plus en plus dévoyée de la sexualité humaine évoquée par la pornographie sur Internet, «on ne peut dire clairement si la pornographie est plus extrême et violente aujourd’hui que par le passé.» (Soit dit en passant: une étude révèle que s’il est plus facile de trouver de la bestialité en ligne, les scènes de viol sont davantage cantonnées aux VHS et DVD). Et en ce qui concerne l’usage de la pornographie chez les enfants et les adolescents qui se livrent ensuite à des pratiques à risque ou même deviennent des délinquants sexuels, «on ne peut établir de relation de causalité

En fait, le manque total d’informations sur la relation tant redoutée de cause à effet entre visionnage de porno et délinquance sexuelle pousse les auteurs de l’étude à se demander s’il est même «possible de conduire des recherches sur cette causalité.» Dans la négative, écrivent-ils, «peut-être le moment est-il venu de poser des questions différentes

Peut-être même est-il temps de poser des questions à de vrais jeunes. L’une des principales restrictions de la recherche existant sur le sujet est que «les sentiments et les perceptions des jeunes à l’égard de la pornographie ont été largement inexploités», écrivent les chercheurs. Aujourd’hui, «nous n’avons pas encore d’image claire de ce que les jeunes eux-mêmes ressentent vis-à-vis de la pornographie et des images pornographiques, ni de ce qu’ils perçoivent quand ils regardent ces images».

Certains chercheurs ont au moins suffisamment exploré le sujet pour suggérer que «nous ne savons pas ce que ressentent les enfants vis-à-vis de la pornographie à cause de notre point de vue faussé/négatif/moraliste lorsque nous les interrogeons sur leur utilisation et l’accès qu’ils en ont.» L’un des préjugés omniprésents est la tendance à considérer d’instinct la pornographie en ligne d’aujourd’hui comme intrinsèquement plus dangereuse que celle que privilégiaient les générations précédentes, qui atteignirent l’âge d’homme à l’époque des cassettes vidéo pornos, des magazines de cul ou des peintures rupestres lubriques. «Ce qui semble évident» écrivent les chercheurs, «c’est que nos inquiétudes concernant l’accès des enfants et des jeunes gens à des images inappropriées n’ont rien de nouveau et n’ont pas été causées par l’apparition d’Internet

Soit dit en passant, quand des adultes se mettent vraiment à évoquer la pornographie avec les jeunes, certains adolescents répondent que l’incapacité des adultes à parler franchement des choses du sexe est ce qui les pousse en premier vers ces images. Le rapport dévoile qu'on «commence à constater que les jeunes ne sont pas satisfaits par l’éducation sexuelle qu’ils reçoivent et qu’ils s’appuient de plus en plus sur la pornographie pour apprendre et obtenir des renseignements sur les pratiques et les normes sexuelles

Le porno ne devrait pas remplacer l’éducation sexuelle, et les spéculations sur la pornographie qui s’appuient sur ce que les chercheurs qualifient de «socle limité de preuves» ne devraient pas se substituer à la vérité. Et c’est pourtant toujours le cas: même en rapportant les découvertes de cette étude extrêmement nuancée, l’Independent est retombé dans le même vieux poncif (sans fondement): «Selon une grande étude, l’accès facile à la pornographie en ligne encourage les adolescents à considérer les filles comme des objets sexuels et à se livrer à des pratiques sexuelles à risque

Amanda Hess

Traduit par Bérengère Viennot

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