L'été sera froid, l'été sera chaud. Qui sait?

Flou de pluie - 2013 - Photo: Fred-v. FlickrCC Licence by

Flou de pluie - 2013 - Photo: Fred-v. FlickrCC Licence by

Météo Consult annonce un été pourri, Météo France se veut plus prudent...

Branle-bas de combat, mardi 28 mai 2013: selon Eric Mas, directeur technique de la Météo Consult-La chaîne météo, les statistiques des 50 dernières années montrent que «les printemps pourris sont suivis, dans 70% des cas, d’un été plutôt frais et humide». Aussitôt, 20 minutes nous explique «Pourquoi l’été sera pourri».

Pascal Scaniver, responsable du service prévisions de Météo Consult, nous apporte la réponse. Il estime que la tendance «est vraiment pessimiste» et qu’il faut s’attendre «à 2 ou 3 degrés de moins que les autres étés», des pluies deux fois plus abondantes, des orages entre quelques pics de chaleur. Il faudrait attendre septembre ou octobre pour «une possible amélioration».

Si Météo Consult a raison, il en retirera la gloire du bon prévisionniste. S’il a tort, tout le monde oubliera ce mauvais augure pour profiter, enfin, de la chaleur de l’été. Comme quoi la météo n’est pas sans rapport avec l’art de la voyance. Dans ce domaine, Météo France brille plutôt par ses talents pour éviter... de se mouiller.

50/50

Pour Etienne Kapikian, prévisionniste à Météo France, il convient tout d’abord de mettre toutes ces annonces au conditionnel. Sa lecture des résultats des modèles météorologiques internationaux, les mêmes que ceux que Météo Consult a interprétés, aboutissent à une conclusion nettement plus équilibrée. Selon lui, les mois de juillet et août devraient être... ni chauds, ni frais. Il rappelle que la fiabilité des prévisions saisonnières n’est pas très bonne.

Au final, ils nous disent qu’il y a environ 50% de chances que l’été soit chaud et 50% de chances pour qu’il soit frais. De quoi nous donner l’irrépressible envie de remplacer les supercalculateurs des instituts météorologiques faisant tourner des modèles ultra sophistiqués par une simple pièce de monnaie. Plus économique et aussi fiable.

Au moins, la position de Météo France a l’avantage de la franchise. Etienne Kapikian explique les raisons de l’incertitude.

«La multitude des variables, en particulier en Europe de l’Ouest, peut entraîner de fortes fluctuations.»

S’il est d’accord sur la probabilité d’un mois de juin plus froid que la normale, il ne se prononce pas sur les deux mois suivants:

«Tout peut se passer pendant l’été.»

Statistiques inopérantes

Quand la science cale, en général, elle fait appel aux statistiques. Mais, là encore, la météo ne se laisse guère piéger. Lorsque le printemps est pourri, il existe «une très légère tendance en faveur d’un été frais». Rien à voir avec les 70% calculés par Météo Consult. Etienne Kapikian cite quelques contre-exemples: 1983 avec un bel été et même une canicule en juillet malgré un printemps pourri. 1975 avec du soleil en été après un printemps frais et gris.

Et de 1984 à 1986, les printemps maussades ont été suivis d’étés ensoleillés même s’ils n’étaient pas très chauds. En effet, le «beau temps» n’est pas uniquement déterminé par le niveau de température. De plus, le problème des statistiques en météo, c’est que la régularité relève plutôt de l’exception et que l’anomalie est pratiquement la règle.

Certes, les eaux de la mer du Nord et la Manche sont plus froides que d’habitude de 2°C à 5°C, ce qui est considérable. Cela est dû au temps gris qui sévit depuis le mois de janvier. La situation actuelle ne peut affecter que les régions côtières et n’est pas en mesure d’empêcher l’anticyclone tant espéré, celui qui refuse obstinément de quitter les Açores pour venir jusqu’à nous.

Des modèles météorologiques indécis

Pourquoi une telle indécision sur les mois à venir? Parce que les différents modèles météorologiques saisonniers (juin-juillet-août) ne donnent pas de résultats convergents pour la France. La page de Météo France qui les affiche montre clairement des contradictions. Le modèle européen (CEP) ne privilégie aucun scénario. Météo France penche pour des températures inférieures à la normale. Les Britanniques (Met Office) et les Américains (NCEP) estiment qu’elles seront proches de la normale et les Japonais (JMA) ne se prononcent pas. Résultat: pas de scénario privilégié.

Etienne Kapikian précise que l’ordre de grandeur des variations de température pour les scénarios plus froids ou plus chaud que la normale est de 1°C. Il indique également que le réchauffement climatique est «implicitement» intégré aux modèles. Ils prennent ainsi en compte une température atmosphérique supérieure à celle d’il y a trente ans, une surface de glace en Arctique plus faible et une température des océans plus élevée.

La fonte des glaces en Arctique suspectée

Le rôle de la fonte des glaces polaires sur la fraîcheur du printemps est considéré comme «une hypothèse sérieuse». Il pourrait favoriser la descente d’air froid depuis le nord. «Mais ce n’est pas facile à démonter car nous n’en sommes qu’au début de ce phénomène», précise Etienne Kapikian. Idem pour la différence de température entre le pôle Nord et les tropiques qui, en se réduisant, pourrait affecter les courants-jets, ces mouvements d’air très rapides qui circulent à 10.000 mètres d’altitude et constituent de véritables moteurs de la météo.

En raison du réchauffement, ils pourraient être moins canalisés. D’où une trajectoire plus chaotique et les blocages durables sur une zone donnée. D’où de longues périodes de fraîcheur ou de canicule auxquelles il semble qu’il faudra bien nous habituer. Le printemps pourri pourrait s’expliquer ainsi. Mais aussi autrement, comme le montrent les exemples anciens.

Le Gulf Stream se porte plutôt bien

Et le Gulf Stream, dans tout cela? La frayeur ultime. Son arrêt signifierait que la France serait soumise au même climat que celui de New York, avec des étés très chauds et des hivers très rudes. Adieu le climat tempéré de la douce France. Etienne Kapikian se veut rassurant:

«Le Gulf Stream se porte plutôt bien.»

Sauf que, tout de même, il semblerait que le débit des eaux froides qui plongent vers les profondeurs au niveau de l’Islande affiche un ralentissement. Cela pourrait provenir des effets conjugué d’une augmentation de la température et de la salinité des eaux.

Et, finalement, quel temps va-t-il faire une fois ce mois de mai digne de novembre enfin terminé? Etienne Kapikian note que l’anticyclone des Açores se rapproche enfin de nos côtes.

«Le début de juin devrait être plus ensoleillé avec des averses et des orages.»

Nul doute que la situation ne va pas s’arranger d’un jour à l’autre. La Manche et l’océan Atlantique mettront du temps à se réchauffer et le moindre rayon de soleil provoquera une évaporation considérable sur les terres gorgées d’eau.

N’empêche, «il suffit de pas grand-chose», note Etienne Kapikian. Une note d’espoir, donc. Même si le grand beau n’est pas pour demain, nous pouvons espérer gagner quelques degrés et bénéficier d’un ciel qui, faute de bleu, sera plus lumineux. Quant à l’été, c’est une autre histoire que personne ne peut écrire à l’avance. Le fameux «Y'a plus de saison, mon bon Monsieur» a encore de beaux jours devant lui.

M.A.