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Pourquoi cette fascination malsaine pour les célébrités enceintes?

Temps de lecture : 2 min

On peut se réjouir que les femmes n'aient plus à se cacher pendant neuf mois. Mais cette obsession malsaine est absolument répugnante.

Kate Middleton, duchesse de Cambridge, le 21 avril 2013. REUTERS/Olivia Harris
Kate Middleton, duchesse de Cambridge, le 21 avril 2013. REUTERS/Olivia Harris

Je ne me suis jamais sentie autant scrutée par des inconnus que quand j’étais enceinte. Pendant le troisième trimestre de ma grossesse, j’ai eu l’impression que mon corps relevait du domaine public. Parfois c’était agréable –notamment quand des vieilles dames dans le métro me parlaient de l’imminence de mon heureux événement.

Mais souvent ça ne l’était pas tant que ça. Les gens que je croisais dans la rue ne me regardaient pas dans les yeux; ils fixaient directement mon ventre. Un jour, un homme m’a carrément lancé un regard concupiscent, ce qui m’a mis bien plus mal à l’aise que les sifflets que je suscitais avant d’être enceinte. J’imagine que ce malaise s’explique par le fait que je n’avais aucun contrôle sur mon apparence, et que je me sentais bien plus vulnérable que d’habitude à cause de ce bébé sans défense que j’étais censée protéger.

Si moi, parfaite inconnue en cloque, je me sentais exposée à ce point, j’ose à peine imaginer comme il doit être bizarre d’être à la fois enceinte et célèbre. Ce qui revient à dire que le vocabulaire et la couverture médiatique démentielle qui entourent les femmes enceintes sur le tapis rouge –dont on a pu lire un exemple dans le New York Times le 15 mai– ne sont pas des choses totalement positives.

Certes, on ne peut que se réjouir que les femmes ne se sentent plus obligées de se cacher pendant neuf mois quand elles ont un polichinelle dans le tiroir, et il est également merveilleux que les célébrités soient ravies de dégoter un style qui mette en valeur leur changement d’apparence. Mais cette obsession des stars enceintes –le flicage de leur courbe de poids, l’étrange discussion désincarnée autour du «bidon», l’interminable examen de leur silhouette à peine le cordon coupé– est absolument répugnante, et ne fait qu’empirer.

Il est plutôt parlant que l’article du New York Times, tout en évitant soigneusement la question de l’aspect glauque de la chose, évoque un article universitaire sur les célébrités enceintes intitulé «The Baby Bump is the New Birkin» [un gros ventre, aussi tendance qu’un sac à main fashion] et passe complètement à côté du sujet. Le New York Times cite cet article de façon très sélective, laissant entendre qu’on peut y lire que la mode des grossesses bien moulées est positive pour les femmes. Alors qu’en fait, voici ce que défend l’article:

«Qu’importe que ces célébrités soient à l’avant-garde de la mode, la couverture médiatique ne tient pas ses promesses émancipatrices: les tabloïds et les magazines en papier glacé scrutent et jugent ces corps féconds. Etant donné que les célébrités fournissent des modèles de mode que les femmes ordinaires essaient d’imiter, le nouveau petit bidon sexy établit des standards de beauté féminine de grossesse et post-partum inatteignables –peut-être même non recommandés– pour la plupart d’entre elles

En outre, cette obsession des célébrités enceintes donne à l’expérience très normale de la maternité un caractère saugrenu.

Il y a quelques semaines, Us Weekly titrait: «Kate Middleton Parades Baby Bump in Clingy Dress, Bonds with Dog» [Kate Middleton affiche son bidon dans une robe moulante et sympathise avec un chien]. Donc en gros, ce titre parle d’une femme qui promène un caniche. Seulement comme elle est enceinte, elle «affiche» son «bidon dans une robe moulante».

Quelle perversité que plus les femmes enceintes deviennent visibles, plus elles soient réduites à l’état d’objets et plus résolument définies par leur «bidon» que jamais. Si une célébrité enceinte se sent bien dans une robe moulante pendant sa gestation, grand bien lui fasse. Mais moi j’ai hâte que vienne le jour où le New York Times ne se sentira pas obligé d’écrire un article pour l’examiner sous toutes les coutures.

Jessica Grose

Traduit par Bérengère Viennot

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