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Facebook censure plus vite les seins que les vidéos de viol collectif

Capture d'écran d'un des groupes Facebook en question, publiée par Women Action Media

Capture d'écran d'un des groupes Facebook en question, publiée par Women Action Media

Les violeurs ont commencé à publier leurs «exploits» sur le réseau social, et les pages qui banalisent la violence contre les femmes pullulent. Où sont les modérateurs?

Trois adolescents viennent d’être arrêtés à Chicago pour le viol d’une fille de 12 ans. Détail horrible: Justin A., 16 ans, Kenneth B., 15 ans, et Scandale F., 16 ans, se sont filmés pendant l’agression et ont posté la vidéo sur leurs pages Facebook deux jours plus tard.

Ils ne sont pas les seuls. Sur Salon, la journaliste Mary Elizabeth Williams fait l’effroyable liste des autres violeurs adolescents qui ont enregistré et partagé leurs «performances» sur les réseaux sociaux ou par SMS.

Jared C., condamné pour le viol collectif d’une fille de 11 ans, avait également enregistré et diffusé la vidéo du viol dans l’école de sa victime. Retaeh P., une Canadienne de 15 ans, s’est suicidée cette année après que ses quatre violeurs présumés ont diffusé une photo de l’agression parmi ses camarades de classe.

Et puis il y a l’affaire du viol de Steubenville, en Ohio: après avoir violé à plusieurs reprises une de leurs camarades de classe, Trent Mays, 17 ans, et Ma’lik Richmond, 16 ans, deux membres de l’équipe de football américain du lycée de Steubenville, ont fait circuler les vidéos et les photos de l’agression sur Facebook, Twitter et par SMS. Mary Elizabeth Williams écrit:

«L’affaire de Chicago n’est pas encore résolue, mais voici ce que nous savons pour le moment. Sont impliqués un jeune homme, dont les procureurs affirment qu’il a admis avoir filmé la vidéo, et une enfant de 12 ans. Encore une fois, il ne suffisait pas de commettre un acte horrible. Il fallait en plus le documenter. Il fallait en faire un trophée à exhiber.»

Même si les violeurs qui diffusent des preuves de leur culpabilité sur les réseaux sociaux n’ont manifestement pas inventé la poudre, cette publication aggrave considérablement la souffrance des victimes –plusieurs suicides liés au partage de vidéos de la sorte ont eu lieu cette année.

Il s’agit d’une nouvelle forme de harcèlement: «Une manière [pour les violeurs] d’affirmer leur pouvoir et leur domination sur la victime sans relâche», explique le docteur Rebecca Campbell dans un article de Business Insider.

Mais le problème des réseaux sociaux avec le viol va plus loin. Dans une lettre ouverte à Facebook publiée mardi 21 mai, plusieurs associations de défense des droits des femmes ont demandé à l’entreprise de Mark Zuckerberg de définir tous les images ou les textes qui banalisent la violence conjugale ou le viol sur le réseau social comme un discours d’incitation à la haine.

«Nous faisons spécifiquement référence à des groupes, des pages et des images qui encouragent le viol ou la violence conjugale, ou suggèrent qu’il s’agit de sujets dont on peut rire. Par exemple: “Fly Kicking Sluts in the Uterus” (balançons des coups de pied dans l’utérus des salopes)… ou  “Violently Raping Your Friend Just For Laughs” (violer violemment votre amie juste pour rire)… et beaucoup, beaucoup d’autres.»

Comme le remarque Mary Elizabeth Williams, Facebook censure actuellement plus rapidement les images de femmes qui allaitent ou les photos, considérées «pornographiques» de survivantes du cancer du sein, que les images «drôles» de femmes victimes de violences postées dans ces groupes. Elle cite notamment la vidéo d’un viol, dénoncée à plusieurs reprises par une utilisatrice, qui a mis 24 jours avant d’être censurée par les modérateurs de Facebook.

La lettre ouverte, et le hashtag #FBrape qui permet de mettre en évidence les abus sur Twitter, s’adresse particulièrement aux annonceurs, loin d’être ravis d’apprendre que leurs publicités apparaissent à côté d’images de femmes brutalisées.  Aux Etats-Unis, la marque Zipcar a immédiatement fait savoir qu’elle «s’occupe de la situation» et ne «soutenait pas l’incitation à la haine contre les femmes».

Mise à jour le 22 mai 

Un porte-parole de Facebook France nous a fait parvenir le communiqué suivant:

«Aujourd’hui, 1,11 milliard de personnes utilisent Facebook (dont 26 millions en France) et chaque jour des millions de contenus y sont publiés.

Pour que chacun puisse se sentir à l’aise et en sécurité sur Facebook, nous avons mis en place des conditions d’utilisations universelles qui déterminent quels contenus sont autorisés, ou pas, sur Facebook. C’est ce qui permet de faire de Facebook un espace dans lequel les utilisateurs se sentent en sécurité et en confiance, notamment les utilisateurs de 13 à 18 ans.

Pour rappel, le contrôle sur Facebook est avant tout social, grâce aux nombreux outils (centre d’aide, outils de signalement, fonction « bloquer ») mis à la disposition des utilisateurs pour se protéger et protéger leurs proches.

Nos équipes, composées de centaines de personnes, vérifient des millions de signalements par jour et notre système est l’un des plus efficaces du web. Le contrôle est effectué par des hommes et des femmes, 24h/24, établis dans 4 endroit du monde. En moyenne, un signalement est traité en 72h, mais le processus peut être accélérer en cas de force majeure (voir infographie).

Les équipes de Facebook doivent au quotidien arbitrer entre ce qui peut être autorisé ou non sur Facebook. Leur choix est fondé sur lesstandards de la communauté Facebook. Malheureusement, il peut arriver que nos équipes ne retirent pas un contenu par erreur. Dans ce genre de cas, nous permettons aux utilisateurs de faire appel de la décision et si nos équipes se sont trompées, elles retirent le contenu dans les plus brefs délais.»

D.D.

 

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