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Avec Sven Olaf Kamphuis, les autorités ont-elles arrêté le cerveau de «l’attaque qui a failli casser l’Internet»?

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 21.05.2013 à 12 h 50

Photo issue de la page Facebook de Sven Olaf Kamphuis.

Photo issue de la page Facebook de Sven Olaf Kamphuis.

Le citoyen danois Sven Olaf Kamphuis est-il le nouvel ennemi public numéro un des autorités qui luttent contre les cyber-attaques? Arrêté le 28 avril en Espagne dans une petite ville catalane, Granollers, l’homme de 35 ans ne paraissait pas en fuite, ayant même écrit son nom sur la boîte aux lettres de son appartement, écrit The Guardian qui consacre un article à cet étrange hacker.

Un hacker digne fils spirituel du célèbre Julian Assange? Lui se décrit sur Facebook comme «un combattant libre de la neutralité du Net», rien que ça, et nie sur Facebook être à l’origine de l’attaque par DDoS de mars 2013, qui s’est depuis popularisée dans la presse comme l’attaque qui a failli casser l’Internet, terme employé en premier lieu par la société de cybersécurité CloudFare (et légèrement exagéré, comme on l'expliquait à l'époque). Dirigée contre Spamhaus, une ONG présente en Grande-Bretagne et en Suisse qui traque les spammeurs, l’attaque a causé une congestion du trafic et a grippé des infracstructures majeures du web, écrivait alors le New York Times.

Légèrement mégalo, Kamphuis a affirmé à la police être «le ministre des télécommunications et des affaires étrangères de la République de CyberBunker». CyberBunker est une entreprise qu’il a confondée, spécialisée dans l’hébergement de spams et autres sites malwares. Cyberbunker a aussi hébergé de célèbres sites sulfureux et emblématiques du hacking comme Wikileaks et The Pirate Bay. Sur son site, l'entreprise se présente comme le datacenter le plus sûr du monde... Et pour cause, il a été installé dans les murs d'un ancien bunker de l'Otan dans le but de résister à une attaque nucléaire.

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Le Danois se présente par ailleurs comme le porte-parole de Stophaus, un collectif de hackers en guerre contre Spamhaus. Dans le gros van Mercedes de couleur orange très peu discret qui lui appartient, la police espagnole a retrouvé des éléments à charge: une installation informatique mobile de lancement des attaques et les adresses IP des cibles, raconte un responsable de police au Guardian.

Mais, poursuit le journal, des mystères demeurent autour de son implication dans l’attaque. Les sociétés précitées accueillent un grand nombre de professionnels du spam, une activité extrêmement lucrative à grande échelle… «S’il est l’un des spammeurs les plus doués de l’histoire, pourquoi vivait-il dans un appartement sordide et dans un van?», se demande The Guardian. 

Autre question en suspens: jusqu'à quel point «l’attaque qui a failli casser l’Internet» a-t-elle été surestimée par la presse, totalement dépendante dans cette affaire des informations fournies par CloudFare, dont le business est justement de lutter contre ces attaques? Un opérateur de transit internet français nous expliquait à l'époque:

«Sur les principaux points d'échange, on n'a rien vu passer. Quand il y a des attaques DDoS, le trafic augmente de manière significative, et là ça ne se voit pas sur les points d'échanges européens. [Les attaques] se déroulent peut-être, mais de façon très localisée. Nos ingénieurs disent que c'est la blague Carambar de la semaine.»

A présent prisonnier au Danemark, le hacker connaîtra bientôt les charges retenues contre lui. France 24 écrit par ailleurs qu'une réputation sulfureuse le suit en ligne, concernant des propos homophobes et antisémites.

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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