EconomieDouble X

Le sexe, l'amour et la rencontre amoureuse, passion des économistes

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 17.05.2013 à 12 h 23

Couverture du livre «Dollars and Sex: How Economics Influences Sex and Love», de Marina Adshade

Couverture du livre «Dollars and Sex: How Economics Influences Sex and Love», de Marina Adshade

Les sociologues utilisent depuis longtemps la grille d’analyse du «marché» pour rendre compte de la manière dont les individus se rencontrent, s’aiment, se marient, vivent ensemble, se séparent, etc. Les économistes ne sont pas en reste. Dollars and Sex: How Economics Influences Sex and Love, de la chercheuse de l’université de Vancouver Marina Adshade, est le dernier livre en date sur un sujet toujours porteur: l’amour et le sexe.

Dans une interview au site Bloomberg, l’économiste explique comment sa discipline peut éclairer nos choix de partenaires. Analyser la rencontre et la relation comme un marché ne signifie pas qu’il n’y a ni romantisme ni passion dans le processus qui lie deux personnes qui s’aiment. Simplement, rappelle Marina Adshade, «ce qui est intéressant dans les relations, et la raison pour laquelle la perspective du marché est utile, c’est que nous devons trouver quelqu’un qui nous plaît mais qu’il faut que cette personne nous désire également». L’offre et la demande doivent se rencontrer...

L’une des transformations les plus intéressantes concerne la division du travail au sein du couple. Traditionnellement, l’un des époux, l’homme, se spécialisait dans la recherche de revenu sur le marché du travail, l’autre, la femme, dans la gestion des tâches domestiques. Et dans cette optique, la division du travail social est source de meilleure productivité, comme Slate.fr vous l’expliquait il y a peu.

Or, «tout cela a changé drastiquement depuis les années 1970. Dans 28% des mariages américains, la femme est plus éduquée que son mari, alors que le mari est plus diplômé que la femme dans seulement 19% des cas».

Le fait que les femmes soient plus éduquées, gagnent plus d’argent –même si en moyenne les revenus des hommes continuent d’être supérieurs– leur donne un pouvoir de négociation plus important dans le cadre du ménage et des décisions du couple, estime la chercheuse. Une évolution remarquée par d'autres, comme Hannah Rosin qui a récemment publié The End of Men.

Qu’en est-il de l’influence des sites de rencontre? «En ouvrant le marché, la rencontre en ligne rend les gens plus sélectifs. Ils se fixent des standards plus élevés. Ils ne s’installent plus ensemble aussi rapidement qu’auparavant, à l’époque où le marché était plus réduit. En théorie, cela devrait mener à des relations de meilleure qualité et à un déclin du taux de divorce.»

Une récente étude d’ailleurs un lien de causalité entre l’installation du haut débit et le taux de mariage des jeunes Américains! D’autres auteurs sont un peu plus réservés sur le rôle positif des sites de rencontre. Le journaliste Dan Slater, qui publie un essai passionnant sur ce sujet, Love in the Time of Algorithms, pense que le divorce va au contraire augmenter, et l’engagement au sein du couple diminuer.

Pourquoi? Sur The Atlantic, il l'expliquait en ces termes dans un article au titre évocateur, «Un million de premières rencontres»:

«Que se passe-t-il si la rencontre en ligne rend trop facile le fait de rencontrer quelqu’un de nouveau? Que se passe-t-il si la barre de ce qui est considéré comme une bonne relation devient trop haute?»

L'amour au temps des algorithmes pourrait correspondre à une époque de volatilité affective et sexuelle renforcée.

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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