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The Listserve, le réseau social qui donne la parole par tirage au sort

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 15.05.2013 à 11 h 06

Nyetta in Gadara's Ancient Forum / Ken and Nyetta via Flickr CC Licence By

Nyetta in Gadara's Ancient Forum / Ken and Nyetta via Flickr CC Licence By

«Si vous aviez la chance de vous adresser à un millions d’internautes, que leur diriez-vous?»

Voici l’accroche qui sert de slogan à The Listserve, un réseau social en ligne qui s’écarte volontairement des canons de l’époque et propose une expérience unique.

The Listserve est une mailing list d’un genre un peu particulier: chaque jour, un abonné est tiré au sort et gagne la possibilité d'écrire un email à tous les autres abonnés, comme il est expliqué dans cette vidéo.

The Listserve existe depuis le 16 avril 2012, écrit The New Inquiry, et le service comptait 21.547 abonnés au moment où ces lignes ont été écrites.

Claire Evans, qui signe l’article et s’est abonnée au service, raconte qu’elle trouve dans sa boîte email des nouvelles, des traités de paix, des épigrammes, des fables ou des pensées du jour. Le cofondateur du réseau, Alvin Chang, le compare aux Acta diurna, les faits du jour qui dans la Rome antique faisaient office de journal officiel, et étaient publiés quotidiennement. Plus précisément, The Listserve rappelle le forum antique, la place publique d’échange ouverte à tous les citoyens.

Le tirage au sort organisé quotidiennement rapproche The Listserve de la démocratie directe athénienne: le pouvoir, en l’occurrence celui de bénéficier de l’attention des autres, est aléaloirement distribué à chacun. Et sans excès: un mail gagnant par jour, pour un email par jour.

Alors, certes, tout cela ressemble un peu aux forums en ligne des débuts du web, aux chaînes de mail inconsistantes que forwardaient vos contacts les plus crédules, mais le service a un aspect vintage qui, à l’heure des +1, des likes et des RT, devrait séduire le bobo du web lassé par tant de vacuité et désireux de revenir aux «choses simples».

Car après tout, on peut déjà parler à 1 million, et même à 500 millions d’étrangers instantanément. Il suffit pour cela de s’inscrire sur Twitter et d’y poster un tweet. Mais, comme chacun sait, tout le monde s’en fout.

Or paradoxalement, c’est le fait qu’on s’adresse sur The Listserve à des étrangers qui garantirait l’authenticité des messages postés –on accepte de se livrer– ainsi que l'attention réelle des récepteurs du message. Les meilleurs emails «sont ceux dans lesquels l’auteur s’est rendu vulnérable, ce que récompense la communauté», raconte Alvin Chang. Tout l’inverse de réseaux comme Facebook, sur lesquels des études montrent que les utilisateurs ont tendance à se conformer aux normes attendues et s’autocensurent souvent. Ainsi deux tiers des internautes hésiteraient à écrire sur Facebook ce qu'il ont sur le coeur.

La démarche de The Listserve se veut plus authentique: il faut accepter que la parole est rare et qu’elle est partagée d’une manière la plus démocratique possible: au hasard. Kim Kardashian s’inscrirait-elle sur le réseau qu’il lui faudrait attendre son tour pour l’ouvrir. Tour qui ne viendrait peut-être jamais... Que demander de plus?

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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