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Espionnage: envoyez la tortue télécommandée!

Michel Alberganti, mis à jour le 13.05.2013 à 15 h 15

Male Box Turtle/ Audreyjm529 via FlickrCC License by

Male Box Turtle/ Audreyjm529 via FlickrCC License by

Les Romains avait déjà fait appel à elle avec succès. Voilà que les Coréens lui découvrent une autre utilisation, non plus comme simple image, mais bien en tant que nouvel acteur d’explorations discrètes. Dès lors que la lenteur n’est pas un handicap rédhibitoire, la tortue peut se révéler précieuse. Pour lever ce lièvre, les chercheurs du Korea advanced institute of science ans technology (Kaist) ont remarqué que ce reptile à carapace change de direction dès qu’un obstacle se présente.

Ils ont alors eu l’idée d’installer sur le dos de l’animal un système de cache rotatif assez encombrant mais qui semble efficace. En faisant tourner, à l’aide d’une télécommande, cet obstacle artificiel actionné par un moteur embarqué, la tortue change de direction à volonté.

Publié dans la revue PlosOne du 17 avril 2013, l’article des chercheurs coréens indique qu’ils ont contrôlé un «instinct volontaire» de l’animal. Cette vidéo montre le résultat:

A l’évidence, la manœuvre reste délicate et requiert sans doute de l’entraînement. L’opérateur doit apprendre à anticiper les actionnements du cache rotatif en fonction du délai de réponse de la tortue. Toujours est-il que, malgré quelques imperfections, l’animal suit à peu près le tracé et parvient à destination. On l’imagine se faufilant sur un terrain de bataille pour observer, sous réserve de lui adjoindre une mini caméra, les forces ennemies. Ou bien se glissant dans les décombres d’une construction pour y détecter des blessés. Ou encore s’approchant d’un engin suspect pour en faciliter l’identification.

En fait, toutes ces tâches sont déjà visées par bon nombre de robots mécaniques. Tardivement, les Japonais ont fini par faire appel à eux pour explorer les décombres de la centrale de Fukushima. Et nous avons tous vu les robots démineurs à l’œuvre. L’intérêt du recours à un animal réside essentiellement dans l’économie réalisée. La nature fournit gratuitement toute la mécanique. L’homme se contente de l’équiper. Et la tortue se prête particulièrement à cette exploitation en raison de sa large carapace, plateforme idéale pour implanter des capteurs de toute nature.

Pour autant, les chercheurs coréens n’entendent pas s’arrêter là. Pour eux, la tortue n’est qu’un début. L’important, dans leurs travaux, réside dans la démonstration de la possible instrumentalisation d’un animal grâce à l’exploitation de ses instincts naturels. Pourquoi ne pas appliquer ce principe à d’autres? «Les faucons, les chats, les lézards ou les carpes sont de bons candidats», notent-ils.

Au-delà de ces options, qui ne raviront guère les défenseurs des animaux, les Coréens disent travailler sur la miniaturisation des composants, leur résistance à l’eau et la mise au point de systèmes de navigation embarqués avec GPS et centrale d’inertie. Leur objectif: «Diriger le comportement de l’animal sans aucune intervention humaine.» Outre le remplacement de robots, l’expérience pourrait aussi servir à mieux comprendre le comportement des animaux. Cette approche éthologique servira sans doute à affiner la télécommande des tortues en dehors du cadre d’un laboratoire. En effet, elles ne sont pas dotées du seul sens de la vue. Peu développé d’ailleurs. Les tortues détectent les vibrations, disposent d’un odorat, certes peu performant. Mais que se passera-t-il lorsque les reptiles à carapace auront détecté du coin de l’œil un succulent pied de salade ?

M.A.

Michel Alberganti
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