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L'homme n'a jamais connu autant de CO2

Michel Alberganti, mis à jour le 12.05.2013 à 20 h 23

Sa concentration dans l'atmosphère terrestre a atteint le chiffre record de 400 ppm. Sa croissance est telle que les pires scénarios de réchauffement climatique pourraient se réaliser d'ici 2100.

Pollution atmosphérique en Chine - Photo: Reuters

Pollution atmosphérique en Chine - Photo: Reuters

Le chiffre est tombé le 9 mai 2013: 399.89 ppm, soit pratiquement 400 ppm. Il s'agit de la concentration en CO2 dans l'atmosphère terrestre: 400 parties par million.

Pour ceux qui ne suivent pas régulièrement les mesures réalisées à l'observatoire Mona Laua à Hawaï, ce chiffre ne dit sans doute pas grand chose. Pour les climatologues qui scrutent les signes du changement climatique depuis une vingtaine d'année, il n'est guère surprenant. Pour l'homme en général, il s'agit d'une première. Jamais, depuis son apparition sur Terre, il y a 200.000 ans, l'Homo sapiens n'a baigné dans une atmosphère contenant une telle concentration de CO2.


Relevés de la concentration de CO2 dans l'atmosphère à l'observatoire de Mona Laua de mai 2012 à mai 2013 (NOAA)

En 2013, la moyenne devrait s'établir à 396 ppm. D'ici une dizaine d'année, la concentration en CO2 pourrait ne plus jamais descendre en dessous des 400 ppm.

En fait, c'est la vitesse et même l'accélération du phénomène qui inquiètent les climatologues. Malgré les incertitudes sur les effets du CO2 sur la température moyenne de la Terre du fait de la complexité des mécanismes à l'œuvre, il se pourrait que le niveau de 450 ppm corresponde à un réchauffement de la planète de 2°C. La limite fixée par les scientifiques pour éviter des bouleversements inquiétants du climat sur Terre.

L'objectif était de n'atteindre cette valeur qu'à la fin du siècle. La courbe des moyennes annuelles (ci-dessous) indique déjà que ce sera impossible.

En 10 ans, de 2000 à 2010, nous sommes passés de 370 à 390 ppm. En conservant la même pente, nous serons à 410 ppm en 2020, 430 ppm en 2030 et 450 ppm en 2040. L'année 2100 correspondrait alors à 540 ppm... Un chiffre probablement très optimiste car nous sommes dans une évolution plus exponentielle que linéaire de la concentration en CO2.

Quelle serait alors la température moyenne à la surface du globe? Bonne question. Le dernier scénario catastrophe du GIEC prévoyait près de 4°C (fourchette de 2,4 à 6,4°C) de réchauffement en 2100. Il pourrait fort bien être largement dépassé. 

La première mesure du CO2 remonte à 1958 : 315 ppm. Jusqu'à 350 ppm, certains climatologues estiment que l'impact sur le climat est négligeable. Au delà... Nous y sommes déjà. Et il est acquis que le fantastique accroissement du CO2 dans l'atmosphère est entièrement dû à l'activité humaine. Pas vraiment étonnant.

Chine, Etats-Unis, Europe, Inde...

En 2011, les émissions mondiales ont atteint 38 milliards de tonnes de CO2, dont 10 milliards proviennent de la Chine (+10% par an) qui devance largement les Etats-Unis, avec tout de même près de 6 milliards de tonnes, et l'Union européenne (4,6 milliards de tonnes)

Si ces deux dernières régions affichent des baisses de leurs émissions en 2011, cela reste loin de compenser l'explosion des rejets chinois. Ni la croissance de 6% de ceux de l'Inde qui se classe en quatrième position, avec 2 milliards de tonnes.  

Si l'on regarde en arrière, la dernière période ayant connu une concentration de 400 ppm de CO2 se situerait il y a environ 2 millions d'années. A l'époque, Homo erectus commençait à quitter l'Afrique et l'on était encore loin d'Homo sapiens.

On était alors en plein Pléistocène. Il faisait beaucoup plus chaud qu'aujourd'hui. Le Groenland était vert et le niveau des mers de 20 à 30 mètres plus élevé. Certains scientifiques estiment qu'il faut remonter de 10 millions d'années pour trouver cette concentration, mais tous soulignent que les sorties d'un âge glaciaire se sont produites très lentement. 

Un réchauffement trop rapide

Avec une croissance de 2 ppm par an, nous augmentons la concentration de CO2 cent fois plus vite qu'à la fin de l'ère glaciaire. Il fallait alors 7.000 ans pour gagner 80 ppm. En à peine 55 ans, nous avons obtenu le même résultat avec la combustion du charbon, du pétrole et du gaz. C'est dire si l'activité humaine accélère la machine climatique.

Encore faut-il prendre en compte les amortisseurs du réchauffement que sont les océans, qui en absorbe encore une bonne partie (jusqu'à quand?), l'activité volcanique et même la pollution atmosphérique humaine. Ces deux derniers phénomènes expédient dans l'atmosphère de fines particules dont les plus brillantes réfléchissent une partie du rayonnement solaire. Mais pas toutes. Celles qui sont composées de carbone ont l'effet inverse et provoquent un réchauffement direct par conduction.  

Les échecs successifs des grands sommets mondiaux sur le climat, dont le dernier s'est tenu à Doha, nous condamnent à une comptabilisation impuissante. Sans une prise de conscience et une action vigoureuse de la Chine et de l'Inde, mais aussi de la Russie, tous les efforts de l'Europe et des Etats-Unis ne parviendront pas à éviter un changement climatique auquel il sera, dans certaines régions, très difficile de s'adapter. Tout le monde le sait...

M.A.

Michel Alberganti
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