Les ancêtres communs à tous les Européens ont moins de 1000 ans

Foule - Concert de Muse à Paris - Photo : James Cridland - via Flickr - Licence Creative Commons

Foule - Concert de Muse à Paris - Photo : James Cridland - via Flickr - Licence Creative Commons

Tous les européens d'aujourd’hui ont partagé de nombreux ancêtres. Rien de bien étonnant à cela. En remontant à 3000 ou 4000 ans, on imagine facilement que nous ayons toutes les chances de retrouver des parents communs à l’ensemble des européens d’aujourd’hui. Mais jusqu’à quand ce phénomène a-t-il perduré ? A partir de quel moment la famille européenne s’est-elle séparée pour s’éparpiller sur le vaste territoire du Vieux Continent ? Chacun d’entre nous partage-t-il encore aujourd’hui « quelque chose » avec l’ensemble des autres européens ? Si oui, sur quelle période ?

Deux chercheurs américains viennent de répondre à ces questions. Pour eux, chaque européen a des ancêtres communs ayant vécu au cours des 1000 dernières années. C'est-à-dire qu’il suffirait de ne remonter que jusqu’au milieu du Moyen-âge pour les trouver. Si l'on prend, aujourd'hui, deux habitants de l’Europe, qu'ils soient grecs, finlandais, espagnols ou français, serbes ou irlandais, turcs ou anglais, ils portent les traces génétiques de parents communs ou bien ils ont eu des liens généalogiques.

Une famille longtemps unie

La surprise, c'est la période courte pendant laquelle cette parenté générale continue à subsister. La famille européenne serait donc restée unie très longtemps. C'est ce que révèle cette étude réalisée par Peter Ralph, de l'université de Californie du sud et Graham Coop, de l'université de Californie, publiée dans la revue PLOS Biology du 7 mai 2013. Voilà donc que, grâce aux migrations, les Européens restent d'assez proches cousins. Ce qui peut paraître improbable, à première vue, tant les différences physiques, sans parler des variations culturelles apparaissent considérables du nord au sud et de l'est à l'ouest de l’Europe. Erreur... dès lors que l'on se penche sur le génome.

Les premières études en génétique des populations  portaient sur des marqueurs génétiques uniparentaux, c'est à dire des séquences d'ADM mitochondrial qui ne se transmettent que par la mère ou bien le chromosome Y que les hommes héritent de leur père. Cela permet de suivre les grands mouvements de l'histoire de l'humanité comme la migration de l'Homo Sapiens depuis l'Afrique où il serait apparu il y a environ 200 000 ans (contre 2,5 millions d'années pour le genre Homo). 

Segments de génome communs

Peter Ralph et Graham Coop, eux, ont analysé l'ADN de 2257 personnes issues de 40 populations en Europe et dont les 4 grands-parents sont nés dans leur propre pays, afin d’éviter de prendre en compte l’immigration récente non modélisée dans cette étude. Ils ont cherché des segments de génome communs à ces différents individus, sachant que plus le segment partagé est long plus l’ancêtre commun est récent. En effet, au cours du temps la succession des générations provoque des recombinaisons d’ADN qui réduisent la taille des parties communes. Les chercheurs ont alors tenté d’évaluer le nombre d’ancêtres communs aux Européens d’aujourd’hui.  

Leurs résultats montrent que les ancêtres génétiques communs datant de moins de 500 ans ne sont partagés que par les personnes qui vivent actuellement dans le même pays. Dans ce domaine les Albanais se retrouvent en tête avec 90 ancêtres communs à l’horizon de 500 ans et 600 entre 500 et 1500 ans. A l’opposé, les Italiens et les Ibériques (Espagnols et Portugais) n’ont qu’environ 2 ancêtres génétiques communs avec d’autres populations du continent sur les dernières 1500 années.

Peu d'ancêtres communs pour les Français

Ces différences peuvent s’expliquer par la sensibilité de différentes régions aux flux migratoires à l’intérieur de l’Europe. Ainsi, les habitants des deux péninsules, en particulier la péninsule Ibérique protégée par les Pyrénées, sont celles qui partagent le moins d’ancêtres communs avec les autres peuples européens.  

Étrangement, la France se trouve dans le même groupe que l’Italie et les pays ibériques avec le plus faible nombre d’ancêtres communs avec les autres européens au cours des 1500 dernières années. Nous avons pourtant connu de multiples invasions (Viking, Huns, Goths, Ostrogoths et compagnie…). Sans parler des Romains. Mystère. Les chercheurs ne semblent pas avoir d’explications très claires à ce phénomène. Les Français se seraient-ils moins « mêlés » aux envahisseurs ?  

Ancêtres génélogiques

Dans un second temps, Peter Ralph et Graham Coop ont tenu compte du fait que les ancêtres génétiques communs ne représentent qu’une petite partie des ancêtres généalogiques. En effet, il est possible d’être généalogiquement lié sans, pour auant, partager le génome de ses ancêtres. C’est le cas des cousins germains. D’où une forte augmentation du nombre d’ancêtres communs par rapport aux stricts liens génétiques. Dans ce cas, les résultats proviennent de calculs statistiques.

Vous l’aurez pressenti, les notions que manipulent les deux auteurs de cette étude sont loin d’êtres simples et toujours transparentes pour les non spécialistes de la génétique des populations ou de la généalogie sur de longues périodes. D’autant que leur analyse peut s’étendre à la planète entière.

Pour Peter Ralph et Graham Coop, si un européen d’aujourd’hui est lié à tous les autres européens par des ancêtres communs au cours des 1000 dernières années, il en va de même vis-à-vis de la population mondiale au cours des 3000 dernières années…

M.A.