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Nouveau coronavirus: un cas avéré et trois cas suspects en France

Jean-Yves Nau, mis à jour le 11.05.2013 à 19 h 08

Une image au microscope du NCoV. REUTERS/Health Protection Agency/Handout.

Une image au microscope du NCoV. REUTERS/Health Protection Agency/Handout.

L'Agence régionale pour la santé du Nord a annoncé, vendredi 10 mai, qu’un troisième cas d’infection par un nouveau coronavirus était suspecté. Il s’agit d’une infirmière du centre hospitalier de Douai.

La veille  les autorités sanitaires régionales avaient annoncé redouter l’infection par le même virus d’un médecin et d’un ancien voisin de chambre du malade français infecté après un séjour à Dubaï. Ces deux personnes sont actuellement hospitalisées à Lille et à Tourcoing. Différents prélèvements biologiques ont été effectués et les résultats des tests virologiques seront connus prochainement. 

Le malade pour lequel l’infection par le nouveau coronavirus a été confirmée est hospitalisé en isolement dans le service de réanimation du centre hospitalier régional universitaire de Lille. Son état, stable, est toujours jugé sérieux.

La cause de son infection avait été rendue publique mercredi par la Direction générale de la Santé, qui avait précisé qu’il s’agissait du premier cas de nouveau coronavirus (NCoV) signalé sur le territoire français. Lors d’une conférence de presse organisée en urgence, la ministre de la Santé Marisol Touraine avait aussitôt tenu à lever toute ambiguïté: ce nouveau virus n’a aucun point commun avec le nouveau virus grippal aviaire H7N9 qui sévit depuis plusieurs semaines en Chine.

Alerte auprès des cliniciens français

L’inquiétude est-elle ou non de mise? Ce n’est pas la première fois que le NCoV fait parler. Slate.fr avait, en septembre 2012, fait état de l’inquiétude des spécialistes français et internationaux devant la menace potentielle que fait planer ce nouveau virus. Le ministère de la Santé n’avait pas alors jugé nécessaire d’alerter l’opinion publique.

La menace tient au fait que ce nouveau pathogène est un virus proche de celui responsable de l’épidémie du Sras de 2003. Une proximité de structure qui, pour le moment, ne renvoie cependant pas à une similitude de comportement et de contagiosité.

En septembre 2012, le NCoV venait d’être identifié à Londres et à Rotterdam. Il continuait aussi à circuler dans la Péninsule arabique, là où il avait été identifié pour la première fois, au moment où se préparait une concentration humaine de très grande ampleur.

Une alerte internationale avait alors été lancée dans la communauté des virologistes et des responsables de la veille sanitaire. En France, les spécialistes de l’unité infections respiratoires et pathologies émergentes de l'InVS avaient estimé nécessaire de lancer une alerte auprès des cliniciens français.

«En 2003, le Sras était parti avec un seul individu: un Chinois qui avait mangé une civette à Canton. Arrivé à Hong Kong, il a progressivement contaminé le monde entier, avait alors expliqué à Slate.fr le Dr Alain Fisch, spécialiste de médecine des voyages au Centre hospitalier de Villeneuve Saint-Georges. Cette fois-ci, nous avons déjà trois patients dans deux pays différents et avec source de contamination inconnue. Un de ces deux pays, l'Arabie saoudite, commence à héberger et hébergera au total dans les prochaines semaines environ 2,5 millions de personnes effectuant le pèlerinage de La Mecque. Elles vont ensuite revenir dans leurs pays d'origine à bord de plus de sept mille aéronefs primaires et un nombre incalculables d'aéronefs secondaires. Ces pèlerins auront vécu plusieurs semaines dans une grande promiscuité. Sans faire de catastrophisme, nous nous devons impérativement de tenir compte de ces données.»

Aucune vague épidémique ne devait toutefois être enregistrée. Ni en France, ni ailleurs. Toutes les conditions étaient a priori réunies ce qui, une nouvelle fois, témoigne de la faiblesse des entreprises de prévisions virologiques.

Evolution de la situation épidémiologique

Le cas français correspond à une évolution de la situation épidémiologique. L’OMS vient de révéler que le ministère de la santé d’Arabie saoudite venait de confirmer trois cas supplémentaires dans un même établissement de soins. Depuis le début du mois, treize cas y ont été notifiés, parmi lesquels sept décès. De septembre 2012 à ce jour, l’OMS a été informée de trente cas confirmés parmi lesquels dix-huit sont morts.

Le hasard veut que l’identification du premier cas français de NCoV coïncide avec un début de polémique lancé par le Syndicat des médecins libéraux via Le Figaro, sous le titre «Grippe chinoise: le silence du ministère». Il observait que les autorités françaises de santé avaient «fait le choix de ne pas communiquer vers le grand public» et indiquait que le Syndicat des médecins libéraux venait de faire le choix de lancer une alerte et de diffuser des «recommandations de prise en charge des cas suspects de grippe A H7N9».

Face à une menace épidémique ou pandémique d’un nouveau type, il existe, à différents échelons nationaux et internationaux, une série de mesures préventives devant impérativement être mises en œuvre par les autorités sanitaires ou policières. Ces mesures ont été parfaitement codifiées en France lors des opérations de lutte préventives contre le risque de passage à l’homme du virus aviaire H5N1.

Outre les mesures de strict confinement des malades et de prévention individuelle (masques, hygiène), elles consistent en des décisions de restriction des voyages internationaux vers les (ou en provenance des) pays connus pour être touchés. Pour l’heure, «l’OMS ne conseille pas de dépistage particulier aux points d’entrée et ne recommande pas non plus l’application de quelconques restrictions aux déplacements ou au commerce».

J.-Y.N.

Initialement publié le mercredi 8 mai, cet article a été mis à jour le vendredi 10 mai après l'annonce des trois cas suspects.

Jean-Yves Nau
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Journaliste
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