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Des bunkers datant de la Guerre Froide pour protéger les chauves-souris

Daphnée Denis, mis à jour le 08.05.2013 à 9 h 30

Une base militaire américaine secrète a été transformée en réserve naturelle et permet de protéger les mammifères volants d'une maladie qui les décime.

- Bat / Possumgirl via  Flickr CC License by -

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Aux Etats-Unis, l’une des conséquences inattendues de la Guerre Froide est l’existence de refuges pour chauves-souris: la base aérienne de Loring, dans le Maine, est aujourd’hui une réserve naturelle où 2 des 43 bunkers servent à protéger les mammifères volants du syndrome du nez blanc, une maladie qui les décime depuis 2006.

D’abord détecté dans une grotte près de New York, le syndrome du nez blanc attaque les chauves-souris qui sont en train d’hiberner. On estime que 6,7 millions d’entre elles sont mortes dans les grottes où elles passaient l’hiver, marquées d’un museau blanc, caractéristique du champignon qui les prend pour cible.

Une fois qu’un animal l’a attrapé, toute une colonie peut être contaminée et mourir: «une catastrophe qui laisse présager l’extinction de plusieurs espèces dans la région», résume Notre Planète. Plusieurs scientifiques parlent de la crise animale la plus grave qui ait jamais eu lieu aux Etats-Unis.

Pour protéger les différentes espèces, des chercheurs américains ont donc décidé d’utiliser le site militaire du Maine, la base aérienne la plus proche de Moscou à l’époque de la Guerre Froide et un lieu stratégique pour les forces américaines, qui en dissimulaient l’existence. Fermée en 1994, cette base est ensuite devenue l’Arostook National Wildlife Refuge, une réserve pour les bêtes sauvages.

En observant les bunkers recouverts d’herbe, certains scientifiques se sont aperçus que ceux-ci pouvaient faire plus que simplement servir de nids d’oiseau. Etant donné l’effet dévastateur du syndrome du nez blanc, ces anciens forts de défense sont apparus comme l’endroit idéal pour s’assurer que les chauves-souris puissent hiberner dans un environnement stérile.

«L’un des problèmes du syndrome est que le champignon reste dans un lieu pour une période de temps inconnue et n’a pas forcément besoin de chauves-souris pour se développer», a expliqué à la BBC Ann Froschauer, une biologiste spécialiste des espèces en danger. «S’il n’y a pas de chauves-souris, le champignon revient à sa fonction naturelle dans le sol, en dégradant la matière organique par exemple. Après, si de nouvelles chauves-souris arrivent dans la zone en question, elles y sont toujours exposées.»

Les scientifiques ne peuvent pas stériliser l’environnement de grottes naturelles, où les champignons apparaissent naturellement. En revanche, dans une «structure humaine», Froschauer remarque qu’on peut «faire un grand ménage».

Reste que cette solution ne peut pas sauver toutes les chauves-souris d’Amérique, d’autant qu’il est particulièrement difficile de recréer un environnement favorable à l’hibernation. Pour Froschauer, nous ne verrons jamais plus autant de chauves-souris qu’avant l’apparition du syndrome du nez blanc.  

D.D.

Daphnée Denis
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Journaliste
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