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«Real Humans»: Les hubots rendront-ils les hommes immortels?

Mimi et Léo - Arte

Attention, spoilers tout le long de l'article, qui parle de l'ensemble de la saison 1 de Real Humans

Les deux derniers épisodes (9 et 10) de la série Real Humans, saison 1, ont été diffusés jeudi 2 mai 2013 sur Arte. Notre petit exercice de prédiction se solde par un résultat mitigé. Avec quelques bons points mais de gros ratés… Le scénariste suédois, Lars Lundström, a réussi à bien cacher son jeu. En particulier grâce aux clés parcimonieusement distillées au cours des épisodes sur la genèse de l’intrigue. Bien sûr, il y avait des indices. Peut-être trop nombreux pour distinguer les plus importants. Mais cessons de chercher, vainement, des excuses...

La fin de la saison 1 éclaircit autant les ressorts de l’histoire que les rangs de ses protagonistes. Comme on pouvait facilement le prévoir, le sang, rouge et bleu fluo, coule à flot dans le dernier épisode. De quoi relâcher une tension devenue difficilement supportable et bouleverser l’ordre des thèmes majeurs de Real Humans.

Fausse piste

La série nous a embarqués, sciemment, sur une fausse piste. Le sujet principal n’est pas la cohabitation entre les hubots et les humains. Le thème sous-jacent est celui de la mort. La mort inéluctable des êtres humains et, bien entendu, le rôle que peuvent jouer les robots face à ce problème.

L’un des personnages, Lennart, se voit proposé, dans l’un des épisodes précédents, un clone virtuel. Il est alors soigné pour une crise cardiaque dans un hôpital. La scène passe relativement inaperçue alors qu’elle est essentielle. Les hubots sont en effet bien loin d’être une simple minorité de plus que les hommes ont du mal à accepter. Ou dont ils s’entichent exagérément.

Avenir immortel

Les hubots tels que Lars Lundström les a imaginés ne sont rien d’autre que l’avenir immortel d’une humanité mortelle. En deux mots, la perspective envisagée est celle d’une copie parfaite du corps d’un homme dans lequel est installé son clone numérique, c'est-à-dire son âme. La vocation des hubots est donc bien de remplacer les humains. Pas pour se substituer à eux mais bien pour rendre leur existence, d’une certaine façon, éternelle.

Ce sujet, s’il est original par son mode de traitement, ne l’est pas du tout en matière de science-fiction et, même, de tentatives commerciales. Ainsi, le site Lifenaut propose-t-il à ses visiteurs «un fichier de l’esprit» qui permet d’introduire un ensemble d’éléments biographiques (photos, vidéos, documents), de les organiser dans le temps et l’espace et de créer un  avatar informatique capable d’interagir en tenant compte des idées, des valeurs, des croyances et du caractère de l’individu représenté. Un film en a été déjà été tiré : 2B: The era of flesh is over (l’ère de la chair est terminée).


Béa - Arte

Clones réels

L’originalité de Real Humans est de donner un corps à ces clones virtuels. Ils deviennent ainsi des clones tout court. Mais Lars Lundström brouille habilement les pistes avec sa galerie de hubots à des stades très différents d’humanisation. Par ailleurs, une seule d’entre eux, Béa, est le clone d’une personne décédée, la mère de Léo et la femme de David Eischer, le Frankenstein de l’histoire.

La révélation de ce projet d’immortalité au cœur de Real Humans n’efface pas tous les autres aspects des relations entre humains et robots. Il permet de donner, enfin, sa véritable cohérence à l’intrigue. Ne supportant pas la disparition de sa femme, David Eischer a perfectionné la technique qu’il avait développée pour «libérer» les hubots ordinaires. Il en a créé un clone presque parfait dans le corps d’un hubot copie conforme de l’original humain.

Trois classes de hubots

La saison 2, en cours de tournage et la saison 3, en cours d’écriture, vont pouvoir développer et préciser ce thème. Avec pas moins de trois catégories de hubots en présence. Ceux qui resteront au stade d’appareils de confort à l’apparence humaine. Ceux qui auront été libérés grâce au programme de David Eischer. Et, enfin, les hubots clones d’humains décédés. Tout cela au milieu des humains à 100%...

Une matière dramatique très riche donc qui promet de nous tenir en haleine. A la question de la définition de l’humanité, que posent crûment les relations que les hommes peuvent entretenir avec des machines, s’ajoutera celle d’une nouvelle définition de la mort. Les êtres humains accepteront-ils plus facilement, ou trop facilement, de mourir s’ils savent qu’ils renaîtront via leur clone? Quelle relation entretenir avec le clone de la personne aimée ou d’un enfant? Quels rapports entre les hubots libérés et les hubots clones?

Succès inattendu

Avec cette première saison, Lars Lundström a indéniablement créé une trame très fertile. Il a été le premier surpris par le bon accueil de Real Humans en France, nous apprend le site Toutelatélé, et il a même organisé une fête sur le tournage de la saison 2 pour célébrer ce succès.

Nul doute que cette série restera dans la mémoire de ceux qui l’ont suivie. En raison de son scénario mais également de la qualité des images et de la mise en scène. Et, aussi, de la performance remarquable de l’ensemble des acteurs. Sans parler du rythme lancinant à la suédoise qui rompt avec le clipage des séries américaines.

Rendez-vous… pour la saison 2 dont la programmation n’est pas encore, semble-t-il, annoncée par Arte.    

M.A.

Episode 9 :

Episode 10 :

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